Entretien avec Marie-Christine BRONNER, Responsable Développement Durable appliqué aux achats pour le Groupe Crédit Agricole SA
Afin de mieux comprendre les attentes et la stratégie des grands donneurs d’ordre sur le thème du Développement Durable appliqué à leurs achats papier et au choix de leurs imprimeurs, nous avons échangé avec Marie-Christine Bronner, responsable Développement Durable appliqué aux achats pour le Groupe Crédit Agricole SA. Cet entretien nous permet de comprendre que le slogan « le Crédit Agricole s’engage pour un monde plus vert» concerne également la Chaîne Graphique !
Bonjour Marie-Christine Bronner. Avant d’occuper vos fonctions actuelles, vous avez été pendant de nombreuses années responsable de communication, puis responsable des achats « Print » dans le Groupe Crédit Agricole SA, ce qui vous donne une sensibilité toute particulière aux problématiques de l’impression.
Oui, d’ailleurs, c’est grâce au papier que je me suis intéressé au Développement Durable. Toutes les informations reçues, parfois contradictoires, sur le papier, m’ont amené à me faire ma propre opinion. Suite à mes recherches, le papier recyclé est très environnemental, et nécessite moins d’eau et moins d’énergie à sa fabrication. Cependant, il faut, à la base, de la pâte vierge pour faire du papier recyclé…
Notre stratégie sur le papier dépend de l’usage final du document et de l’image de la communication que l’on souhaite donner. Nous ne voulons surtout pas être rigides et imposer d’imprimer à 100% sur du papier recyclé. Par ailleurs, nous sommes conscients des efforts colossaux réalisés par les papetiers en matière de protection de l’environnement.
Quand utilisez-vous de préférence le papier recyclé ?
En priorité sur des documents à vie courte, où un papier plus « noble » n’apporte aucune valeur ajoutée. Ou pour véhiculer l’image, plus symbolique, du papier recyclé en termes de développement durable. Notre rapport annuel, par exemple, est imprimé à 100% sur du papier recyclé. Nos collaborateurs et nos clients perçoivent le message de façon très positive.
Pour un groupe tel que Crédit Agricole SA, le terme impression ou « print » englobe aussi bien l’impression interne (bureautique), l’éditique et l’impression externe, dite de communication. Quelles sont les mesures prises en termes de développement durable sur chacune de ces filières?
L’autre volet de notre stratégie papier est d’en consommer moins, et nous réalisons des efforts à tous les niveaux.
Selon la filière, les mesures sont différentes. En ce qui concerne les ramettes A4 et les impressions bureautiques, la stratégie passe par l’installation de Multifonctions à la place des imprimantes personnelles, le Recto verso généralisé et la diffusion de bonnes pratiques consistant à imprimer moins, imprimer mieux, optimiser le contenu sur la page pour éviter le papier inutile. D’une manière générale, nous souhaitons, à terme, diminuer de 50% la consommation interne de ramettes.
En ce qui concerne l’éditique, c'est-à-dire principalement les relevés de comptes, nous avons engagé un véritable projet industriel qui passe par une démarche progressive de dématérialisation. Le R°V° n’est pas à l’ordre du jour sur ce type de produits. Nous imprimons sur du 90 grammes laser bobine en très grosses quantités, qui n’est pas disponible facilement et en toute fiabilité sur du recyclé. Nous utilisons donc obligatoirement des papiers certifiés FSC ou PEFC.
Et en ce qui concerne les documents de communications interne ?
Nous utilisons de plus en plus la dématérialisation. Notre volonté est de réduire les quantités pour éviter l’impression de gâchis. Nous nous sommes rendu compte que les collaborateurs y sont très sensibles.
Quelles sont les mesures prises concernant l’impression de documents commerciaux ou de communication destinés à vos clients?
Nous travaillons sur les quantités. En évaluant au mieux le besoin réel, on cherche ainsi à éviter les stocks inutiles et le pilonnage qui en découle.
Notre volonté est de cibler d’avantage nos communications et d’éviter les communications de masse, peu adaptées au profil des destinataires et qui passent trop souvent à la poubelle.
Quelles sont les mesures prises actuellement par CASA en ce qui concerne les supports d’impression, hors papier recyclé?
Tous les papiers doivent être labellisés FSC ou PEFC.
Quelles sont les Influences du critère Développement Durable sur les marchés et fournisseurs d’impression actuels ?
Pour le référencement annuel des imprimeurs et fournisseurs d’impression, un questionnaire complet sur leur démarche développement durable leur est expédié. La marque Imprim’vert à jour est un pré requis minimum. Sans ce label ou un équivalent, un imprimeur n’a aucune chance d’être retenu.
Nous cherchons à connaitre le label et la certification de leurs papiers, la certification FSC PEFC de leur site, leur éventuelle démarche ou certification ISO 14001, les bilans carbone effectués, l’empreinte écologique de leur production.
On se renseigne également sur les consommables et les technologies utilisées (CTP sans chimie ou sans développement par exemple), la recyclabilité de leurs emballages, les efforts réalisés dans les domaines de la logistique et du transport.
Quel est le poids de leurs engagements pour le Développement Durable quant au choix de vos prestataires ?
Les candidats qui répondent à nos appels d’offre sont notés sur une échelle de 0 à 3 selon leur niveau d’implication Développement Durable. Cette note est intégrée dans l’analyse multicritères destinée au choix final et à l’attribution des marchés, au même titre que l’analyse financière, le prix, la qualité.
En outre, plus le référencement porte sur des volumes papier importants, plus le poids du critère « environnement » augmentera dans le choix définitif.
Il est certain que, à prix comparable, l’engagement dans le développement durable fera toujours la différence.
Petite précision, à vous écouter, il semble que le Développement Durable ne concerne pas seulement l’environnement ?
Absolument! Le volet social est également fondamental.
En ce qui concerne l’imprimerie, on s’intéresse principalement aux aspects suivants :
- quel est le traitement des salariés dans l’entreprise
- sont-ils formés régulièrement,
- des mesures sont elles prises pour éviter les accidents de travail et améliorer les conditions de travail ?
Nous sommes très attentifs à éviter toute discrimination et à favoriser l’ouverture :
- L’imprimerie travaille t’elle avec des entreprises du secteur protégé (ESAT ou entreprises adaptées) ?
- Intègre t’elle des salariés en insertion ou issus de quartiers difficiles ?
- Participe-t-elle à la vie associative ?
Ces critères contribuent, au-delà de l’environnement, au Développement Durable.
Quelle est la stratégie de communication liée au Développement Durable ?
Sur les brochures, nous indiquons la mention papier recyclé. Dans la mesure du possible, nous communiquons sur FSC PEFC, quoique la démarche pour obtenir les numéros d’agrément semble un peu longue et peu adaptée à certaines réalisations urgentes.
Nous impliquons nos fournisseurs dans nos démarches au travers d’un challenge appelé Trophée Horizon qui récompensera 3 fournisseurs qui mènent des démarches jugées remarquables en termes de DD. Plusieurs de nos imprimeurs se sont d’ailleurs déclarés candidats dans la catégorie PME.
Quelles pourraient être les futures influences du Développement Durable sur le marché des Industries Graphiques ?
Notre groupe va maintenir, voire accentuer cette démarche: estimation des quantités, type d’emballage, choix du prestataire, etc.
Si le Grenelle de l’Environnement l’exige, et si nous sommes taxés sur nos émissions carbone dans notre chaîne de communication, nous pourrions être amenés à demander l’empreinte carbone des productions auprès de nos imprimeurs.
Nous n’en sommes pas là, mais dans le domaine de l’impression comme ailleurs, le Développement Durable va prendre de plus en plus d’importance dans la stratégie d’achat des entreprises du CAC 40.
Les imprimeurs doivent s’attendre à être de plus en plus sollicités sur ce sujet !
Merci Marie-Christine Bronner.
Patrick Cahuet