"J’admire l’inventivité de la firme Apple, et travaillant pour Goss International, je manque probablement d’objectivité, mais cette analyse selon laquelle la presse imprimée n’a pas d’avenir est une idée erronée. Supposer que la fin de l’encre sur le papier est “enfin” arrivée signifie que la communication électronique est forcément une solution alternative plus respectueuse de l’environnement. Ce raisonnement faux devrait être soumis à un débat plus rigoureux. Le papier est une matière facilement recyclable. Une machine à imprimer fonctionne généralement entre 10 et 20 ans, voire davantage. A l’opposé, l’impact environnemental de ces appareils électroniques qui envahissent nos décharges à un rythme effréné d’une part et de l’électricité nécessaire à leur fonctionnement a tendance à être négligé".
"L’idée selon laquelle chacun aura accès à des contenus journalistiques grâce à un support électronique est une idée intéressante en théorie, mais en pratique nous n’en sommes pas encore à ce stade. Compatibilité, formatage et fiabilité de la distribution des informations peuvent être des obstacles importants. Une simple analyse économique renforce encore davantage ce raisonnement. La suppression de la presse écrite pourrait rendre l’information accessible uniquement à ceux qui ont les moyens d’investir dans des supports électroniques relativement onéreux, rapidement obsolètes et nécessitant donc de nouveaux investissements. Une grande partie de la population des pays développés, et une partie encore plus considérable des pays en voie de développement qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas suivre l’évolution technologique en seront exclues. De leur côté, les annonceurs – c’est à dire ceux qui historiquement font vivre la presse – seraient susceptibles de placer leur argent ailleurs en réponse à cette segmentation et à une chute conséquente du lectorat".
"En comparaison, la presse écrite est facilement accessible physiquement et financièrement. Gra?ce a? de constantes innovations, l’impression de la presse est aujourd’hui peu coûteuse et ce fait a largement contribué à améliorer sa valeur, tout particulièrement pour les annonceurs. La presse est un produit de valeur. Comme pour tout produit, le défi consiste à monnayer cette valeur afin que sa production et sa qualité soient durables. Il semble peu probable qu’un modèle basé sur l’information électronique des lecteurs puisse y parvenir".
"L’industrie journalistique devrait plutôt établir un équilibre entre les attentes et les besoins de leurs deux sources de revenus – les lecteurs et les annonceurs – et réfléchir aux moyens de les développer. Accroître, et non restreindre, la gamme des médias rentables et les possibilité de diffusion est bien plus prometteur comme démarche. La pressepapier est en constante évolution. Elle reste un moyen de communication qui a fait ses preuves et grâce auquel lecteurs et annonceurs trouvent leur intérêt. Je suis certain que ces qualités permettent de garantir une place essentielle à l’imprimé parmi les autres médias pendant encore de très nombreuses années."