A l'occasion de sa venue en France, notamment pour visiter l'imprimerie Iropa (76), la première imprimerie hexagonale certifiée HQE, Yoshiharu Komori président de la société éponyme, a accordé une interview exclusive à GraphiLine.
Antoine Gaillard - Monsieur le Président, dans le cadre de votre venue en France, vous avez tout particulièrement souhaité visiter l'imprimerie Iropa (groupe Firopa). Pourriez-vous nous expliquer les raisons de ce choix ?
Yoshiharu Komori - Au delà du fait que cette imprimerie est l'un de nos très bons clients, la stratégie qu'elle a adoptée dans le domaine de l'environnement, qui a débouché sur une certification HQE unique en France, m'a toujours beaucoup intéressée. Dès la genèse du projet, les équipes de Komori France nous avaient remonté l'information. La mise en oeuvre de ce projet a été suivie de très près au Japon pour deux raisons principales : tout d'abord parce que cette démarche est encore très rare dans les industries graphiques et qu'elle sera amenée à se développer fortement dans les années à venir. Ensuite parce que nos deux sociétés partagent les mêmes valeurs. Notre usine de Tsubuka est ainsi la seule usine du secteur "zero emissions". Je suis donc très fier que la direction de l'imprimerie ait accepté de me recevoir afin de me présenter cette démarche très innovante.

AG - Les certifications environnementales sont de plus en plus nombreuses et coûteuses. Les imprimeries qui les adoptent doivent souvent modifier leurs processus de façon lourde. Les clients sont-ils prêts à payer pour travailler avec des fournisseurs respectueux de l'environnement ?
YK - Je ne sais pas si c'est la bonne façon de voir les choses. Notre société évolue et imprime à notre secteur une évolution parallèle. Quand nous avons décidé de construire notre usine de production de presses d'imprimerie "zero emissions" à Tsubuka, personne ne nous a imposé une telle exigence industrielle. Cet investissement a représenté un surcoût réel que nous avons accepté, car notre vision était que demain, l'industrie se devait de minimiser, autant que faire se peut, son impact environnemental.C'est une question de responsabilité individuelle mais aussi collective. Avoir bâti une usine "zero emission" a-til représenté un handicap pour vendre nos presses offset ? Au regard de nos gains réguliers de parts de marché, je ne le pense pas...
AG - De plus en plus souvent, les donneurs d'ordres décident d'ailleurs de ne travailler qu'avec des imprimeurs respectueux de l'environnement.
YK - Le respect de normes environnementales devient en effet un standard indispensable pour continuer à travailler avec des donneurs d'ordres, c'est un fait. Il faut cesser de voir les réglementations comme des obstacles mais les aborder comme des opportunités. Tel imprimeur, en avance dans ce domaine, va gagner des parts de marché, au détriment de ceux qui ne l'auront pas compris. Chez Komori, cette tendance lourde de la société nous conduit chaque jour à nous remettre en cause. Pour baisser l'impact environnemental de nos presses, nous devons en permanence réduire leur consommation énergétique, améliorer leur productivité et aider à l'optimisation globale de l'atelier d'imprimerie. A ce titre, notre technologie H-UV, en permettant un séchage immédiat des feuilles sans les inconvénients de l'UV traditionnel, permet à un imprimeur de réduire drastiquement le temps de production global des imprimés en baissant sa consommation d'énergie et ses rejets.

AG - Vous avez doté votre société de près de 140 filiales de par le monde, lui assurant un développement exceptionnel à l'export. Quelles sont pour vous les différences majeures entre les imprimeurs nord-américain, japonais et européens ?
YK - En Amérique du Nord, les imprimeurs sont très concentrés sur le productivité et la qualité. Au Japon, l'ordre serait peut être inversé du fait de tirages souvent très courts et d'une très grande culture du papier. En Europe, productivité et qualité vont de pair, mais je suis toujours très étonné par l'aspect développement durable. En Europe, c'est une réalité très marquée. Il n'y a d'ailleurs qu'en Europe que j'ai pu voir une certification relative à la responsabilité sociétale des organisations, en l'espèce, la certification Iso 26000.
AG - Votre société est l'un des leaders mondiaux du marché des presses offset. Comment appréhendez-vous le développement du numérique. En particulier du jet d'encre ?
YK - Le numérique et l'offset sont deux technologies complémentaires qui répondent à des besoins complémentaires des donneurs d'ordres. Jusqu'à présent, Komori a beaucoup oeuvré pour optimiser la technologie offset, par une productivité accrue, une consommation d'énergie moindre, des temps de calage et une gâche fortement réduits. La présentation de notre technologie de séchage instantané H-UV constitue une nouvelle évolution majeure dans la réduction des rejets, l'économie d'énergie et la réduction du temps de production global d'un imprimé. En parallèle à ces optimisation permanentes de l'offset, nous ne pouvons pas ignorer le fort développement du numérique et en particulier du jet d'encre.
AG - Allez vous commercialiser des presses jet d'encre et serez vous présent sur ce marché, lors de la prochaine Drupa ?
YK - "Il va sans dire que Komori sera présent sur ce marché. Nous présenterons nos presses digitales à la prochaine Drupa. De plus, dès le mois de septembre, nous dévoilerons à l'IGAS un partenariat stratégique que nous avons noué dans ce domaine. N'ayez aucun doute: Komori saura se positionner sur ce marché comme il a su le faire dans l'offset!
