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La Tribune fait le pari du presque tout numérique

Le quotidien économique français va devoir démontrer la viabilité d'un modèle économique pratiquement full web.

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La Tribune fait le pari du presque tout numérique

Un quotidien économique en ligne est-il viable ?

Telle est la question que se pose le petit monde de la presse française qui observe avec curiosité et intérêt le nouveau modèle économique mis en oeuvre par le repreneur de la Tribune depuis lundi.

Le 30 janvier, le Tribunal de Commerce a en effet choisi le tandem formé par le groupe de presse régionale France Economique Régions (Objectif Aquitaine, Méridien Mag, Acteurs de l'Economie en Rhône-Alpes...), de Jean-Christophe Tortora et le groupe de media numérique Hi-Media (fotolog.com, jeuxvideo.com...) de Cyril Zimmermann, pour reprendre le titre en redressement judiciaire depuis le 19 décembre 2011.

Leur projet, considéré par les juges comme le plus pertinent, était basé sur le basculement complet du quotidien vers de l'information en ligne, avec le maintien toutefois d'une édition hebdomadaire sur papier.

Ce nouveau départ de la Tribune est la conclusion d'une histoire mouvementée de 27 ans débutée en janvier 1985 par Bruno Bertez, qui souhaitait alors créer un titre concurrent aux Echos, mais avec un positionnement plus financier et moins régional, étant lui même dirigeant alors des titres comme La Vie Française, l'Agefi et le Nouveau Journal.

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C'est justement le Nouveau Journal qui servira de socle à la Tribune.

Contacté, Jean-Michel Quatrepoint, journaliste au Monde, constitue une équipe rédactionnelle en grande majorité issue du quotidien du soir mais aussi des Echos !

La naissance de la Tribune intervient alors que la France se convertit à l'économie de marché, avec Laurent Fabius comme premier ministre et Pierre Bérégovoy à l'économie et que les futures privatisations de Jacques Chirac, un an après, convertiront les Français à la Bourse.

Le lancement du quotidien est un événement et sa ligne éditoriale dépoussière alors le secteur, avec un style frondeur, une vision transversale, alliant finance, industrie et international.

Un positionnement qui poussera d'ailleurs les Echos, quotidien de la famille Beytout remontant à 1908 et plutôt centré sur les PME régionales françaises, à faire sa révolution, avec le succès que l'on connaît.

Dès le lancement de la Tribune, les observateurs se posent cependant la question de la viabilité ou non de deux titres économiques sur un pays comme la France, arguant du fait que l'Allemagne, la Grande Bretagne et l'Italie par exemple, n'en ont qu'un, le Handelsblatt, le Financial Times et Il Sole 24 ore.

De fait, la Tribune connaîtra une exitence cahotique, faite de plus de bas que de hauts, frôlant en permanence les abîmes, rebondissant toujours, une situation finalement précaire, qui aura sans doute été à l'origine d'un esprit de corps peu commun.

Sa diffusion ne parviendra ainsi jamais à rattrapper celle de son grand rival. Son dernier OJD disponible plafonne ainsi à 64000 exemplaires contre 116000 pour les Echos. Dans ce contexte, le titre se révèle être une machine à perdre de l'argent, avec un seul exercice exédentaire, en... 2000.

Les propriétaires se succèdent : 6 en 27 ans !

Deux ans seulement après son lancement, la Tribune est ainsi rachetée par Jean-Louis Servan Schreiber qui revient aux vieilles amours familiales, sa famille ayant créé les Echos avant de les céder à la famille Beytout en 1963. La Tribune est adossée à l'Expansion et devient d' ailleurs la Tribune de l'Expansion. Le groupe investit près de 300 millions de francs dans le titre pour en dynamiser la diffusion, sans succès. 

En 1992, Georges Gohn, un investisseur libanais le rachète et le fusionne avec la Côte Desfossées. Sans succès pour les ventes et la rentabilité.

Souhaitant se constituer un groupe de presse, le magnat du luxe Bernard Arnaud, président de LVMH, qui vient de racheter Investir, entre en scène et reprend la Tribune. La rentabilité ne revient pas, le quotidien continuant de perdre près de 15 millions d'euros par an. Sa prise de contrôle du leader du secteur, les Echos, en 2007 le conduit à céder la Tribune à Alain Weill pour un euro symbolique, avec une belle dot à la clé, 47 millions d'euros, soit 3 ans de survie.

3 ans plus tard justement, ce dernier annonce la cession du quotidien à sa directrice générale, Valérie Descamp, cette fois encore pour l'euro symbolique. Une reprise qui s'effectue dans un contexte économique difficile. A plusieurs reprises, l'édition papier est suspendue au profit de l'édition web, afin de faire des économies. L'idée d'une transition vers un pur modèle internet se développe au sein de la direction de l'entreprise, non sans effrayer la rédaction.

La situation financière se dégrade toutefois inéxorablement et le titre est placé en redressement judiciaire le 19 Décembre dernier.

La mise en place d'un modèle économique majoritairement basé sur le web avec le maintien d'un hebdomadaire papier est désomais le nouveau challenge que devra relever le titre. Un challenge de plus diront les plus optimistes. Un dernier challenge diront les plus pessimistes.

Y a-t-il la place pour deux quotidien économiques en France ? Une question que l'on n'a pas encore fini de se poser...

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