En portant plainte contre un informaticien russe qu'elle accuse d'avoir piraté l'un de ses logiciels, la société Adobe s'est mis à dos les défenseurs de la liberté d'expression sur les supports numériques.
L'histoire est toute simple et se joue en 5 actes :
Premier acte :
Un informaticien russe de la société ElcomSoft, Dimitri Sklyarov, thésard de l'université de Moscou, découvre une faille dans le logiciel eBook Reader d'Adobe. L'éditeur refuse toute collaboration pour remédier à cette faille.
Deuxième acte :
Un éditeur de logiciels de renom qui prend la mouche, porte plainte et fait interpeller le 16 juillet dernier le russe venu à Los Angelès débattre des lacunes du logiciel d'Adobe, à l'occasion du Def Con.
Troisième Acte :
Dimitri Sklyarov est accusé d'infraction au Digital Millennium Copyright Act, texte qui protège depuis 1998 les droits d'auteur relatifs aux supports numériques. Incarcéré, il encourt une peine de prison de cinq ans et un demi million de dollars d'amende : on ne badine pas avec Adobe...
Quatrième Acte :
Informaticiens, utilisateurs d'Internet et défenseurs des libertés d'expression se liguent, céent un site internet, boycottadobe.com et montent un comité de soutien. Des lignes de code du logiciel sont publiées sur Internet, qui permettent d'en comprendre le fonctionnement. Une collecte de fonds en ligne est organisée pour aider le prisonnier.
Cinquième acte :
Le 23 juillet, totalement dépassé par les événements, Adobe retire sa plainte en catastrophe et demande la remise en liberté du prisonnier.
Plus qu'une simple erreur de jugement, cette mésaventure pourrait coûter fort cher à l'éditeur américain. En n'ayant pas su estimer à temps le pouvoir de la société civile et les conséquences de sa mobilisation, la société a gravement écorné son image de marque et amplifié la communication sur le manque de la fiabilité de son logiciel.
A elle, maintenant, de reconquérir sa population de fidèles, a savoir informaticiens et infographistes.
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