La conjoncture déprimante qui nous entoure doit conforter les acteurs des médias dans leur devoir de clarté et d’utilité vis-à-vis de ceux qui les lisent ou qui les écoutent. C’est vrai en période faste, c’est vital en dépression...
Informer est un lourd privilège qui souffre difficilement les entorses de type commercial. Mais il y a au moins aussi grave.
Nous sommes nombreux à croire - à tort - que l’information doit être riche. Plus on fournira d’informations, plus le lecteur sera satisfait. Ou, du moins, il le pensera.
En fait, c’est, globalement, une erreur sinon une tromperie. Le rôle d’un journaliste, surtout dans des domaines spécialisés comme les nôtres, est de clarifier, de donner le recul nécessaire à appréhender les concepts nouveaux qui se bousculent. Il consiste aussi à trier les pseudoinformations, inutiles voire nuisibles, des vraies, celles qui sont utiles. C'est aussi le rôle des experts, consultants et autres conférenciers-vedettes.
A la révolution technologique qui fait déferler, depuis au moins dix ans, d’incessantes vagues de nouveautés sur le secteur, vient s’ajouter aujourd’hui un train des affaires chaotiques.
Tout ce que nous entendons sur les dépôts de bilan, les plans sociaux pléthoriques, les rachats gargantuesques, est vérifiable dans l'imprimerie.
Les cycles sont bousculés. Les repères ont disparu. Dans ce décor changeant et illogique, l’abondance d’information, la précision aussi avec laquelle elle est donnée dans ses moindres détails, atteint l’inverse de l’effet recherché : elle submerge, elle noie, elle aveugle. Alors que tous nous avons besoin d’oxygène, tous nous avons besoin de voir loin.
Une des grandes aventures de ce siècle restera, sans aucune doute, le bien informer.