D’abord, un rappel. Ce lundi matin, 11 février, un quotidien gratuit d'information, un tabloïd de 24 pages baptisé Metro, devait sortir des presses de France-Soir. A 300.000 exemplaires. Il était prévu que la distribution soit assurée par des colporteurs. Mais le Comité intersyndical du Livre Parisien CGT, qui tient, autant que les patrons, à ce que les choses se fassent selon des règles conventionnelles précises, a empêché la sortie du journal avec les traditionnels moyens que l’on connaît.
Voici pour l’essentiel du narratif pour le détail duquel vous vous reporterez utilement à vos quotidiens - parisiens - habituels.
Pour ma part, j’ai l’impression d’assister là à la fin d’une époque, avec comme un sursaut final, et au début d’une autre. Voilà déjà bien longtemps, en effet, que la presse parisienne ne joue plus le rôle qui est le sien. La preuve ? La désaffection massive et vérifiée par tous de son lectorat. Le lectorat, il n’y a pas meilleur juge de paix !
Il fut un temps où la presse parisienne caracolait, fièrement, en tête de la diffusion nationale, faisant des envieux dans la presse quotidienne régionale. Elle comptait parmi elle les titres les plus lus de France. Ce n’est plus vrai, et depuis longtemps déjà. La presse parisienne vit quasiment sous perfusion - facile - des pouvoirs publics.
Même des tentatives de positionnements originaux - tel le Libération des premiers jours - ou d’intelligentes démarches de rapprochement du lectorat - comme le fait avec un certain succès et non sans courage Le Parisien - ne peuvent rien y changer : la presse parisienne vit dans sa bulle et l’oxygène s’y fait rare. Quand on se souvient qu’elle a signé, un temps, les meilleures diffusions nationales et que, aujourd’hui, elle a perdu l’essentiel de sa représentativité...
Il ne faut donc pas s’étonner de voir fleurir aujourd’hui des initiatives originales. Elles ont pour qualité principale de ne pas chercher à entrer dans le vieux moule qui consiste à concevoir, à fabriquer et à distribuer avec des règles monolithiques, ancestrales et précises, et uniquement celles-là. Des règles que les syndicalistes défendent avec le même acharnement que leurs patrons, d’ailleurs ! Ces règles sont bonnes ou mauvaises, là n’est pas le débat. Par contre, il est certain qu’elles les tiennent éloignés, les uns comme les autres, des véritables préoccupations du moment. A savoir : identifier la demande du marché et s’organiser pour y répondre.
Peu importe que ce soit Metro ou 20 minutes, ou un autre titre, qui impose le principe du quotidien gratuit sur la place de Paris. L’important c’est cette démarche, déjà couronnée de succès à Stockholm et introduite dans plusieurs autres pays européens et américains, est sur le point d’être initiée chez nous. Elle finira bien par s’imposer et, ce jour là, elle le fera de manière suffisamment durable pour faire voler en éclats l’establishment béat de la presse parisienne que nous connaissons aujourd’hui.