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Editorial du 30-04-2002  Graphorama.com

Difficile de ne pas parler politique en ce moment, n’est-ce pas ? Et, dans les arts graphiques, on ne s’en prive pas : ne sommes-nous pas, chacun à notre niveau, des “véhiculeurs” de culture, des diffuseurs d’idées démocratiques voire universelles ?

Soit, mais parfois j’en doute. Mon récent article sur cet imprimeur charentais, responsable régional du MNR, dont les locaux avaient été incendiés par deux cocktails molotov a provoqué des réactions inattendues chez mes démocrates de lecteurs.

Du genre : ”Pourquoi dites-vous que ce sont des voyous qui ont fait le coup ? Ils ont bien fait. On ne va pas le plaindre, tout de même, ce fasciste !”

Si on ne réfléchit pas trop, cette réaction peut avoir des côtés plutôt sympathiques au premier abord. Mais, finalement, elle est inquiétante pour l’avenir du débat politique en France. Elle peut aussi éclairer d’un jour nouveau la sincérité avec laquelle les manifestations actuelles d’hostilité envers les partis d’extrême-droite sont menées.

Que puis-je vouloir dire par là ? Simplement que :

  • quel que soit le résultat de l’enquête dans l’affaire que je viens de mentionner, des hommes ou des femmes de gauche qui manient des cocktails molotov ne sont pas plus respectables que les hommes ou les femmes d’extrême droite qu’ils visent;
  • lorsqu'on prétend vouloir jouer le jeu de la démocratie, que l'on s'en réclame à hauts cris jusque dans des manifestations patriotiques du plus bel effet place de la Bastille, à Marseille, à Lyon ou à Bordeaux;
  • lorsque l'on a établi et accepté cette règle du jeu démocratique qui veut que chacun puisse voter en toute liberté et en son âme et conscience;
  • lorsqu’on veut être en accord avec soi-même et faire bénéficier l’Autre des mêmes libertés que celles dont on bénéficie

on n’a pas le droit de mettre au banc de la société des concitoyens qui, ce 21 avril, ont choisi Jean-Marie Le Pen. Surtout, on ne leur sert pas des cocktails molotov ! On engage un débat; on écoute (cela vaut aussi pour les journalistes trop prompts à interrompre les membres du FN quand ils les interrogent), on tente de convaincre selon les règles d’un vrai, d’un sain débat démocratique dont on se réclame.

Le respect de l'autre, ce respect, cet amour même dont nous nous réclamons tous depuis une semaine, la main sur le coeur, commence comme cela, là, à notre porte. Devant notre seuil. J’allais ajouter : au volant de notre voiture...

Voyez-vous : je reste persuadé que la violence ne résoud rien. On le voit en Irlande, en Espagne, en Israël. Même en analysant les positions de l’IRA , de l’ETA et autres OLP comme des gestes désespérés, des appels au secours, on se rend compte que, finalement, après des décennies de lutte armée, on ne parvient à aucun résultat. C’est le cul-de sac, l’impasse politique. De grandes souffrances inutiles.

Gandhi avait raison. C'est par l'exemple que l'on peut communiquer et imposer le respect que l’on exige pour soi. Pas par des cris de haine, des grenades ou... des cocktails molotov. Penser le contraire, c’est déjà humainement parlant inacceptable. Pire : c’est inefficace, stratégiquement stérile et stupide.

Ces sinistres anonymes qui, une nuit, ont brisé une vitrine et incendié les locaux d'un entrepreneur, outre qu’ils vont à l’encontre de l’intérêt de la communauté française, bafouent les concepts les plus élémentaires de respect de l’autre, de démocratie et de justice. Ces concepts, ce respect qu’ils réclament - en toute légitimité - pour eux-mêmes.

Ce faisant, ils desservent notre cause de liberté et de fraternité. Ils ne sont pas estimables. Quels qu'ils soient.

Le 5 mai, vous ne participerez peut-être pas au scrutin, vous voterez blanc ou nul. C’est votre droit. N’acceptez que personne ne vous en fasse le reproche.

Mais, si vous avez décidé de voter, votez comme vous vivez  : votez bien.

Charley Sifaoui © www.Graphiline.com



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