La Sainte Mondialisation libérale commence à montrer ses limites. Le Grand Initiateur américain lui-même n’en respecte plus les règles ! Il tourne le dos au libéralisme bienfaiteur pour revenir à un égoisme keynésien du plus mauvais goût.
La guerre économique menace entre l’Europe et l’Amérique. Et les entreprises vont en faire les frais. Celles du secteur graphique sont au premier rang.
Le mal est fait et bien fait. Cette vague de dépôts de bilans, parce qu’elle secoue le secteur industriel du pays depuis près d’un an, touche peu ou prou toutes les entreprises graphiques. Je constate avec amertume que des hommes et des femmes que j’estime vraiment y sont de plus en plus nombreux.
J’apprécie en eux la probité, l’honnêteté, le respect du collaborateur et le grand professionnalisme. Ils avaient toutes les qualités pour réussir. Ils ne devraient pas figurer, logiquement, dans cette cohorte sanitaire. J’en suis très triste d’autant que le “pipe”, comme on dit, est très fourni en catastrophes annoncées d’entreprises. Et que cela vaudra jusqu’à plus soif...
Est-il encore possible d’éviter ces fourches caudines modernes ? Dans la plupart des cas, non. Le processus a été engagé trop loin. Les éléments économiques incontrôlables, y compris par les politiques, sont trop nombreux. La messe est dite.
Par contre, il est sans doute possible de négocier au mieux cette période critique de l’entreprise en la préparant à l’après - redressement judiciaire. En discutant avec mes amis, j’ai acquis un certain nombre de certitudes et identifié deux ou trois pistes dignes d’être creusées.
La première est qu’il faut avoir conscience d’une réalité : le tissu formé par les entreprisesarts graphiques en France fait penser à “une bande de gaulois tapageurs, individualistes et totalement insouciants”, comme me le confiait récemment l’un de mes correspondants. Une bande de gaulois remuants, oui, face aux deux grands blocs imposants et sans aucun état d’âme - c’est une qualité paraît-il - que sont les fournisseurs, d’une part , et aussi, d’autre part, les clients.
Car si la concentration joue, c’est connu, chez les papetiers, les fabricants de machines et, comme nous l’avons encore vu récemment, chez les fournisseurs d’encres, de films et de plaques, elle est vérifiable aussi chez les donneurs d’ordres aujourd’hui. Ces derniers ont acquis, en nombre grandissant, un poids financier sans aucune comparaison avec la plupart des imprimeries. Ils ont aussi ces détestables comportements d’achat empruntés à la grande distribution. Il faut donc se méfier des chemins sur lesquels ces grands comptes veulent vous emmener. Des chemins où, pour profiter d’une référence à-priori flatteuse, on doit produire à perte, ou presque.
Deuxième piste : dépasser la barre des 15 millions d’euros de chiffre d’affaires (100 MF). En dessous, désormais, en 2002, l’entreprise n’a plus aucune chance de se développer. A moins, bien entendu, de disposer de fonds propres importants hérités d’un oncle d’Amérique. Le conseil est donc de rechercher les partenariats : ne restez plus isolé; adossez-vous à un partenaire qui soit apte à vous apporter un complément non pas tant de produits mais de services.
Comme on me le confiait encore : “l’imprimerie est un métier de service et de logistique, et uniquement cela”.
Enfin, dernière piste, revenez à certains fondamentaux de fonctionnement et de gestion. Demandez un acompte, par exemple, à votre client lorsqu’il vous passe commande. Pour quelles raisons, la profession a-t-elle abandonné ce sain comportement que les clients acceptent, sans broncher, d’autres corporations ? Je n’ose répondre. Aux grandes organisations syndicales patronales, peut-être, de “s’entendre” - oh, le vilain mot ! - sur le retour d’un tel principe. Ce serait déjà beaucoup.