Négocier, “tirer” les prix est devenu comme un sport national dans le secteur des arts et industries graphiques. Le donneur d’ordre avec son prestataire, le prestataire avec son fournisseur. Et le fournisseur, au fait, avec qui ?
Avec son client, pardi ! Car si une négociation est envisageable, voire partie intégrante naturelle du processus d’achat, elle n’est qu’un système de vases communicants. Et vouloir emprunter à la grande distribution ses manières dignes du grand banditisme n’est certainement pas une bonne idée. Tôt ou tard, on en paie les conséquences.
Car, réfléchissez un instant, à qui profite le crime ? En d’autres termes, où le maillon faible va-t-il se situer ? Où ce processus pervers de pression sur les prix s’arrêtera-t-il et qui en paiera le prix fort? Les petites et moyennes entreprises, bien sûr.
Vous ne me croyez pas ? Poursuivez votre réflexion : compte tenu de leur consommation, les grosses structures seront celles qui tireront le meilleur avantage des rabais consentis par les fournisseurs, notamment de consommables. Normal.
Par conséquent, si vous, modeste PME, vous battez sur les prix et participez à cette vaste opération qui consiste à pousser ces damnés fournisseurs dans leurs derniers retranchements, à rogner sur leurs marges au point de les faire parfois disparaître, ce sont vos gros concurrents que vous avantagez. Et, corollaire, c’est tout le tissu industriel de base que vous aidez aimablement à faire disparaître.
Il faut être conscient que, de toute façon, le fournisseur fait et fera toujours payer aux plus faibles - vous, sans doute - ce qu’il est obligé de consentir aux gros acteurs du secteur. Gros acteurs à qui, finalement, en participant à cette pression sur les prix, vous aurez donné un sacré coup de main !
PS : bien entendu, il fallait lire mon prédédent éditorial sur l’initiative environnementale des imprimeurs de Haute-Garonne, comme l’on dit, “au second degré”... Pardon à ceux qui ont un instant cru que j’étais soudain devenu un monstre anti-écologique !
J'ai lu avec intérêt votre éditorial du 4 juin 2002 concernant les prix «tirés». En effet les clients, et je ne parlerai que du secteur que je fréquente au quotidien, à savoir la photogravure et le flashage, ont désormais la redoutable habitude non pas de solliciter des diminutions de prix, mais de les exiger. Si le prestataire ne s'exécute pas, gare à lui, toutes les menaces et les pressions sont utilisées. Parfois certains pour emporter la décision promettent d'augmenter le volume de leurs commandes arguant que le prix diminuera mais que l'on pourra toujours se rattraper sur la masse. Las, sitôt obtenus la ristourne, ils s'empressent d'oublier leurs promesses, et des exemples comme ceux-ci tous les acteurs de la profession pourront vous en donner à foison. Et que dire de certains clients, même de gros éditeurs, qui sans vergogne reportent sur leurs prestataires des charges de travail qui normalement devraient leur incomber (toujours ça de gagné). Les employés des rédactions qui probablement sont en sous-nombre n'ont plus le temps de bien préparer les éléments qu'ils communiquent, ce qui fait que les retards s'accumulent mais que les délais eux ne changent pas et que les pressions en «bouclage» arrivent au seuil de l'intolérable.
Et que dire des photos numériques, il faut voir les «daubes» qu'on nous demande d'améliorer pour ne pas à avoir à payer un scan et bien entendu avec à la clé contestation sur les corrections d'auteur, d'ailleurs à propos des corrections d'auteur, la tendance est à les nier et à les refuser le prix de la page se faisant net.
Et bien entendu tout le secteur souffre.
Mais il y a aussi une conséquence et vous ne l'évoquez pas, car il y a encore plus faible que le fournisseur au bout de la chaîne. Vous posez la question, je vous donne ce qu'il me semble être la réponse : il y a les employés de ces derniers. Depuis maintenant presque une décennie, les salaires des employés des photogravures-PAO ne font que stagner dans le meilleur des cas, régresser dans le pire. Les jeunes qui arrivent dans le métier se voient proposer des taux horaires ridicules, alors que les tâches à accomplir et que les connaissances requises sont inversement proportionnelles. Les clients ont des exigences de plus en plus «pointues» que ce soient en chromie ou en photomontage, les logiciels quoiqu'on en dise deviennent des usines à gaz, qui plus est il faut en maîtriser plusieurs (X.Press, Illustrator, Photoshop, ArtPro) pour ne citer que les plus connus. Tout ceci pour dire le découragement des employés de la profession qui quand ils revendiquent se voient opposés à leurs demandes toutes les situations décrites dans votre éditorial. Je crains qu'à terme il ne se passe dans le métier ce que l'on a pu constater déjà dans le secteur de l'impression, une désaffection et une difficulté à recruter. Mais bien sûr dans quelques temps on «découvrira» l'étendue des dégâts et on se lamentera, mais entre temps tout un pan de connaissances aura disparu. Comme dans la chanson «c'est ça la France».
Mais non...
Par sylvie, salariée étranglée le 06-06-2002
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...avec ses salariés, peuchère !
Dans de nombreuses PME du secteur des arts graphiques, les salaires sont complètement gelés depuis des années, le pouvoir d'achat des salariés baisse avec constance et régularité... c'est aussi simple que ça !