Avant la fin de l’année, en France, la moitié des photograveurs auront disparu. Pour les imprimeurs, ce sera sans doute un sur trois mais, sans aucun doute, un sur deux à fin 2004, sinon à fin 2003.
C’est mon avis mais aussi, malheureusement, l’avis d’un nombre croissant d’observateurs indiscutablement intègres de nos métiers.
Je ne croyais pas si bien dire, voici un an, lorsque j’annonçais une vague de dépôts de bilans et de liquidations judiciaires. Annonce sérieuse, bien sûr, puisque je m’appuyais davantage sur des constats que sur mon instinct. Mais j’aurais tellement désiré avoir tort…
C’est que la vague venait de loin et avait ses causes aux jours insouciants mêmes de la profession, à l’époque des « Trente glorieuses ».
Or, dans l’économie qui est la nôtre, toute période faste engendre et nourrit une autre, de vaches maigres. C’est vrai que nous avons fait en sorte que, finalement, l’économie commande à tout le reste. Pour notre malheur.
En outre, facteur aggravant, la remise en cause des techniques de traitement de l’image et du texte, la nouvelle communicationnumérique ont révélé les insuffisances des chefs d’entreprises et accéléré la débâcle. Le manque de courage des investisseurs, le manque de solidarité des banques ont fait le reste.
Aujourd’hui, les plus grands noms du secteur sont en difficulté. Il est clair qu’ils n’ont pas fait le bon choix. Ou ils sont sur des marchés en totale perdition, minés par les tensions sur les prix ; ou, tenus par des investissements lourds, ils ne peuvent suivre la cadence qu’impriment ces marchés à leurs fournisseurs.
Des chefs d’entreprises se trouvent contraints, malgré une bonne activité, de se mettre sous la protection du redressement judiciaire s’ils veulent conserver l’espoir de perdurer. De plus en plus, nous ressemblons aux Etats-Unis. Et pas uniquement en raison de la floraison des Mac Donalds. Il suffit vraisemblablement de regarder de quoi est constitué le tissu industriel outre-Atlantique pour avoir une idée de ce que pourra être le nôtre dans dix ans. Peut-être.
Travaillant dans le monde graphique en France, voilà plusieurs fois que je lis des articles annonçant les dépots de bilans, mais oû sont les chiffres? Pourriez vous me donner les sources qui vous permettent d'affirmer si fermement une telle crise du secteur?
Remerciant votre dilligence, veuillez agréer, messieurs, mes salutations les plus sincères.
Bravo
Par niber le 03-07-2002
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Bien écrit et bien dit, notre secteur d´activités et vraiment en pleine mutation, le CTP n´est pas près de mourir et la planète ou on imprime moins cher n´est peut-être pas si loin que cela ...
Je créerai peut-être la mienne ( ma planète ), je vairai si j´ai le temps ... elle s´appelerait www.printy.es
Salut, au revoir, ¡ y viva España, l´unique pays au monde - actuel ! - ou on sait si bien vivre !
Bruno CARIAS
histoire et anticipation
Par JCCO le 30-06-2002
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Nous sommes en 2030. Appelons le grand-père Jean et l'enfant Daniel.
« Dis Papi Jean, à l'école, en leçon d'histoire, ils nous ont parlé des arts graphiques, tu sais ce que c'est toi, les arts graphiques? »
« Et bien, moi je ne me rappelle plus très bien mais pour te le faire expliquer je vais t'emmener à la cité des Sciences à La Villette, ils ont préparé une exposition, parce que tu sais il n'y a plus d'arts graphiques en France »
Quelques temps plus tard en compagnie du guide...
... « Tu vois Daniel, il y a encore quelques années de celà, il n'y a pas si longtemps, à la fin du XXe siècle, dans les années 1970-1980, on travaillait encore avec des caractères en plomb, bien sûr il fallait que les gens soient rigoureux dans leur ouvrage, mais malgré la rigidité, les bouclages sauf événement exceptionnel, se faisaient toujours à l'heure et ce qui ne gâte rien, dans la bonne humeur. Tu ne vas pas me croire mais il y avait même des rédacteurs-maquettistes capables de « coter » des colonnes entières de texte au « signe » près. Puis est venue la photocomposition informatique, quelle aventure. Et là, ont commencé les ennuis. »
Tout d'abord il faut savoir que depuis quelques années « on était trop cher ». Alors pour y remédier, à l'apparition de la photocompo, l'on s'est dit que puisque le journaliste tapait ses textes et les enregistrait désormais sur une disquette, on pouvait très bien récupérer cette dernière et se contenter « d'enrichir ». Première étape mais qui a vite montré ses limites, le journaliste ne voulant pas se mettre à dos la profession des linotypistes ou autres monotypistes. Une autre solution est alors apparue, pourquoi ne pas utiliser des jeunes femmes rapidement déguisées en dactylos... Et en avant pour la frappe au « kilomètre », avec son cortège de coquilles invraisemblables, glorieuse époque ou l'on passait plus de temps à corriger qu'à saisir. Mais qu'importe, on payait ces gens si peu par rapport aux anciens professionnels. Malgré celà les clients renaclaient déjà, on était encore « trop cher » à la compo. Et petit à petit la photocomposition est morte tuée par ceux qu'elle avait enrichi.
Mais Daniel, pendant ce temps-là et en parallèle, une activité, très lucrative se développait : le montage-incorpo couleur. Nous étions dans le milieu des années 1980 et les prix flambaient, les salaires suivaient et les clients imploraient les ateliers de photogravure de bien vouloir prendre en considération leurs commandes.
Et là Daniel, arrivent les années 1990 et la publication assistée par ordinateur (PAO). C'était l'époque ou l'on découvrait le Macintosh. On allait pouvoir mettre dans les mêmes mains et sous le même toit le texte et l'image et de photogravure on passait à compogravure. Mais hélas le refrain bien connu réapparaissait bien vite « vous êtes trop cher ». Et à partir de cette époque, les entreprises de photogravure ne pouvant plus dégager beaucoup de marge sur leur clientèle se sont mises à rogner sur les salaires et les avantages acquis. Il était bien loin le temps du montage-incorpo.
Tiens Daniel! Je viens de m'apercevoir que j'avais oublié de te parler des imprimeurs, jusque là pour eux, et surtout pour le parc rotatives celà se passait à peu près bien, ils arrivaient même à répercuter les hausses que les fabricants de papier leur imposaient, il est vrai que la plupart du temps ce sont leurs clients qui négociaient ces achats.
Dans les années 2000 toujours le même refrain « vous êtes trop cher » et la profession s'étiolait.
Vers la fin des années 2000, il est apparu à d'aucuns la nécessité de décentraliser le flux de photogravure vers des pays à bas salaire. Exit les scans et les scannéristes, les agences ayant fini de numériser toutes leurs images et les nouvelles se faisant à l'aide d'appareils photos numériques les fichiers, grâce à des taux de compression de plus en plus performants et à l'aide de liaisons satellites transitaient en quelques instants à l'autre bout de la planète. Le prix de revient des détourages, des photomontages et des chromies descendait à un coût dérisoire. les BAT se faisaient à l'aide d'imprimantes numériques et les calages se faisaient CTP.
Et ce qui restait de la photogravure en France a fini de mourir.
Et les imprimeurs? Eux pour le moment leurs activités bien que subissant les assauts d'une clientèle toujours avide de payer moins se maintenaient.
Dans les années 2020, les financiers des groupes de presse et autres se devaient pour justifier leurs appointements reprendre la marche en avant. Comment faire? « Euréka, j'ai trouvé » se dit l'un d'entre eux. Les entreprises de transport aérien disposent désormais de très gros porteurs et sont demandeurs de fret. Pourquoi ne pas décentraliser l'impression de nos titres. Et ce qui semblait une gageure quelques temps auparavant fut mis en place. Les machines tels les trains de laminoirs de la sidérurgie lorraine des années 70 furent démontées et remontées dans des pays « rentables ». Les économies réalisées sur le prix du papier, les charges salariales compensant largement le prix du transport aérien de quelques tonnes d'imprimés.
Et le secteur de l'impression à son tour est mort.
Oui, mais Papi Jean, j'ai entendu ce matin sur France-Info que les entreprises de transport aérien avaient des difficultés de trésorerie parce que leurs clients avaient « tiré les prix ».
Ne t'en fais pas Daniel, dans le flash suivant on nous a annoncé que grâce aux progrès considérables de la conquête spatiale l'on avait découvert une nouvelle planète, dénommée Imprimator, curieusement elle vit tranquillement des arts graphiques, à nouveau les clients vont pouvoir là-haut « tirer les prix » et dégager de la marge.