Dans un marché que l’on dit morose, voire en difficulté, FOT Imprimeurs vient de réaliser un investissement lourd de 9,6 M€ comment expliquez-vous cette stratégie ?
L’avenir du média imprimé nullement hypothéqué pour autant, est soumis depuis quelques années à des aléas conjoncturels. La crise sans précédent vécue dans le feuille à feuille, à laquelle s’ajoute pour la première fois un recul en volume du marché de la rotative sont les signes de cette morosité. Notre profession doit évoluer, le marché change, changeons notre façon de voir ! En ce qui concerne cet investissement, il entre parfaitement dans la stratégie de l’entreprise. Notre objectif est de tirer de plus en plus notre marché vers le haut de gamme et le luxe. La qualité qui a toujours été inscrite dans notre ligne de conduite est la première réponse aux attentes de ce marché, ainsi que la spécialisation, la sophistication des réalisations et les possibilités infinies proposées aux clients. En étant les premier à s’équiper de la dernière rotative Sunday 2000, nous nous donnons les moyens de notre ambition. Réaliser un investissement lourd dans un marché en stagnation n’est pas une décision qu’on prend à la légère, mais elle nous a semblé indispensable. Pour que les entreprises survivent dans notre domaine d’activité, je suis convaincu qu’elles doivent coller au plus près à l’évolution technologique.
Votre entreprise semble tirer son épingle du jeu, quels sont les facteurs de cette réussite ?
Je ne me poserai pas en donneur de leçons. La santé de notre entreprise est la conjonction de différents facteurs. Comme je l’expliquais précédemment, nous avons misé sur un outil de production toujours à niveau, voire précurseur, sans jamais perdre de vue qu’être dans le prix du marché ne se justifie que si l’on est aussi dans son prix de revient. Mais au-delà de l’outil de production, c’est aussi l’Homme que nous avons mis au cœur de notre réflexion. Nos équipes sont des « amoureux » de leur métier et c’est une force extraordinaire. Vous ajoutez à cela une politique commerciale au même niveau, avec une écoute réelle et intelligente des attentes de la clientèle, une rigueur dans le contrôle qualité, et dans la gestion et voilà quelques-uns des ingrédients de notre recette. Il y a aussi chez FOT une « âme », un état d’esprit qui font la différence. La fierté d’avoir un passé, une histoire a donné à l’entreprise une « couleur » qui lui est propre.
L’univers de l’industrie graphique en France présente un paysage contrasté faisant se conjuguer grands groupes et TPE, méthodes artisanales et haute technologie… comment, en tant que professionnel voyez-vous le marché dans les années à venir ?
Difficile de voir le marché de demain, il traverse aujourd’hui un cap difficile avec une stagnation du chiffre d’affaires sur les huit dernières années (sur une base de 100 en 1994, nous étions en 2002 à 100,2), un recul du tonnage imprimé, un durcissement de la concurrence, une érosion des marges et une augmentation des défaillances. La dégradation du marché publicitaire, la chute générale des investissements en matière de communication ont « détérioré » l’industrie graphique. Mais nous restons malgré tout un secteur dynamique de l’économie.* J’imagine que le paysage de demain verra des marchés « phagocytés » par des grands groupes, et une politique accrue de regroupements et de rapprochements. L’outil de production est aujourd’hui en « surcapacité » chez de nombreux opérateurs de la branche, il ne s’agira plus seulement d'accroître les capacités de production, mais de rationaliser les coûts de fabrication. La rentabilité d’exploitation de notre secteur est insuffisante. L’intégration pleine des coûts de services innovants dans une politique de prix rénovée, reflétant le changement de nature de la prestation imprimée, est l’une des solutions pour faire face à cette dilution de la valeur ajoutée. Je crois à la nécessité des positionnements spécifiques de niches et surtout à une réflexion à long terme qui englobe nos différents partenaires : du donneur d’ordre au banquier. Il faut se dire que le marché change et que nous devons prendre ces changements en compte dans nos stratégies. Ce qui est notable c’est qu’aujourd’hui nombre de dirigeants reconnaissent ne pas savoir comment évoluera leur affaire dans les trois ans (73 % d’entre eux selon une récente étude). Ce chiffre donne la mesure du manque de visibilité que les dirigeants ont concernant l'évolution de l'activité. Il y a trois ans, les deux tiers des professionnels interrogés avaient des projets nettement mieux définis : rachat d'une entreprise, rapprochement avec une entreprise existante, voire cession. Avec 9 % de chiffre d'affaires à l'export, la capacité exportatrice des imprimeurs français est aussi une piste intéressante.