Quels sont les concepts à voir ?

Tout d'abord, la Drupa 2000 sera, en termes de technologie, essentiellement une suite logique aux principes mis en place par la Drupa 1995.

Ce sera l'occasion pour le visiteur de constater que l'heure n'est plus au débat philosophique - numérique ou pas numérique ? - mais que les choix sont faits : tous les fournisseurs déclinent aujourd'hui avec plus ou moins de génie et plus ou moins de bonheur le procédé numérique qui s'est imposé voici cinq ans. Et on ne boudera pas son plaisir même si l'on arpente les travées avec, de temps à autre, un vague sentiment de déjà vu. Les outils d'impression numérique, on le constatera, ont bien évolué. Les presses numériques, devenues aussi fiables que votre imprimante de bureau –ou presque-, composent aujourd'hui de véritables gammes, par marché ou format. Leurs utilisateurs ne font plus office de pionniers, à l'image des premiers clients de ces technologies, et ils occupent de moins en moins la Une des magazines spécialisés. C'est qu'ils ont été suivi par bien d'autres utilisateurs : en termes d'impression numérique, on est déjà entré dans le domaine du lieu commun. Même constatation en ce qui concerne les CtP, ou Computer to Plate, dont plus personne ne discute la légitimité. Ils commencent, eux aussi, vraiment à se banaliser dans les ateliers alors qu'ils défrayaient la chronique voici encore deux ans. Après être longtemps demeurés figés sur l'offset grand format, leurs gammes s'élargissent considérablement afin de couvrir tous les besoins des utilisateurs quelle que soit leur taille d'entreprise. Les CtP font enfin une incursion remarquée en flexographie, seul procédé à afficher aujourd'hui une progression annuelle record à deux chiffres, impression numérique exceptée. Le seul challenger au CtP : le Computer to Press, autrement dit la gravure directe sur machine offset. Heidelberg et MAN Roland présenteront ces technologies. Mais il est un domaine technologique qui mérite, à lui seul, que l'on se décide à faire le déplacement de Düsseldorf : c'est celui du transfert d'informations, de l'archivage intelligent et de la gestion centralisée de la production, en un mot tout ce qui tient à la cohésion du flux de production numérique. Cette approche inclut, bien évidemment, l'utilisation de réseaux et, notamment, l'Internet. C'est sur ce terrain que se tiendra l'essentiel de la problématique des Arts Graphiques des cinq ou six prochaines années. Cela ne fait plus aucun doute. Il faut y voir deux raisons essentielles : l'intérêt de l'impression numérique, sa clé de voûte, son nœud gordien en quelque sorte, ce n'est pas la presse numérique elle–même, qu'il s'agisse d'une Indigo, d'une Xeikon ou d'une Quickmaster DI mais tout ce qui précède ; autrement dit : le flux de production. Ceux qui réussiront dans leur activité ces prochaines années seront ceux qui auront compris que, désormais, le flux de production prévaut sur l'outil de sortie lui-même. Le "software", c'est-à-dire, l'intelligence qui pilote ou habite les outils de production est désormais plus capitale à maîtriser que le "hardware". Or, jusqu'à présent, les magazines spécialisés trop proches des fournisseurs – et les professionnels de l'imprimerie avec eux – se sont davantage attachés à détailler et à louer la machine qu'à éclairer sur la nécessité de disposer, en amont de cette machine, d'une véritable intelligence. Voilà pour la première raison. La seconde raison tient à l'aspect sociétal du numérique. La définition même du flux numérique a changé et cette définition dépasse très largement la limite stricte de l'entreprise graphique. En effet, les possibilités et les opportunités offertes aux utilisateurs non professionnels font et feront que ces derniers s'approprient et s'approprieront chaque jour davantage les technologies numériques pour concevoir leur communication. Ce ne sont pas quelques retours en arrière d'éditeurs déçus par l'intégration qui remettront en cause cette tendance très lourde et irréversible de notre société. Principale conséquence de ce constat : le flux numérique commence désormais chez le donneur d'ordre – et non plus chez le professionnel des Arts Graphiques - et il s'achèvera bientôt chez le façonnier voire chez le routeur ou le distributeur du produit. D'où l'absolu nécessité pour tous les acteurs de la chaîne graphique de disposer d'un langage commun et d'œuvrer, ensemble, à des flux de travail cohérents et efficaces. Les relations sur supports numériques et par réseaux vont s'intensifier et se multiplier avec l'extérieur, c'est-à-dire notamment avec le donneur d'ordre. Ce dernier sera amené à utiliser des technologies professionnelles – même si elles ont été simplifiées d'approche depuis cinq ans. Il devra livrer des fichiers sécurisés et correctement réalisés mais, en retour, il voudra aussi corriger les épreuves sur écran à partir d'une interrogation directe de la base de données mise à sa disposition par son imprimeur. Pour l'imprimeur, cette approche est capitale et ne pas la respecter pourra se traduire pour lui par la perte de toute l'efficacité qu'il aura patiemment construite en interne depuis deux ou trois ans. C'est d'ores et déjà le débat central dans lequel tout professionnel des Arts Graphiques doit entrer sans équivoque, qu'il fasse déboucher son flux de production sur une simple imprimante, un copieur connecté, une flasheuse, un CtP ou une presse digitale. L'outil de sortie n'est pas le vrai débat. Ce dernier, on l'aura donc compris, est désormais ailleurs ! Sachant cela, qui visiter à la Drupa ?

Plus d'articles sur les chaînes :

Réagir à cet article :
Ajouter un commentaire...