Qui visiter à la Drupa ?

D'abord les grands fournisseurs. Ils ont pris conscience, en installant les CtP et presses numériques de leurs gammes, que la nécessité de mettre en place des flux numériques cohérents était criante.

Ne serait-ce que pour permettre à leurs produits de donner entière satisfaction. Heidelberg, Agfa, CreoScitex, mais encore Adobe, et bien d'autres éditeurs de "software" de qualité professionnelle, figurent parmi ces fournisseurs. Leur offre commence à fort bien se préciser et à s'enrichir de solutions spécifiques fort intéressantes et apte à apporter des réponses complètes, clés en mains, à l'utilisateur. Ces logiciels pointus, ces solutions particulières, les grands fournisseurs les trouvent parfois auprès de petites sociétés indépendantes, start-up et autres, qui se sont spécialisées dans la conception de produits extrêmement originaux. Certaines de ces entités seront présentes à la Drupa. Il ne faudra pas manquer de les voir. Comme il ne faudra pas manquer d'interroger également les fournisseurs de moyens de télécommunications de niveau professionnel et les spécialistes de la gestion centralisée de production du document. C'est un vaste monde qui commence aujourd'hui à s'organiser et c'est par lui que les nouvelles façons d'imprimer vont prendre vie dans les années à venir. Cette édition 2000 de la Drupa présente enfin le grand intérêt de se dérouler avec, en toile de fond, de formidables manoeuvres stratégiques et capitalistiques auxquelles on s'attendait depuis plusieurs années déjà mais qui tardaient quelque peu à se produire. La machine est à présent en marche : tout le monde, du côté des fournisseurs du secteur mais c'est également vrai chez leurs clients, fusionne avec tout le monde ou du moins travaille avec tout le monde. Les (bonnes) raisons ne manquent pas. Inévitablement touchés par la grâce de la "nouvelle économie", héritage de la mondialisation des échanges, les fournisseurs doivent à la fois contenter leurs clients mais aussi – et surtout - leurs actionnaires. Par tous les moyens. Or, les actionnaires n'ont pas la susceptibilité des grandes familles industrielles d'antan. Milieux bancaires, fonds de pensions, assurances, ce sont de modernes adeptes d'un libre-échangisme débridé au nom duquel tout est permis, ce qui les rend tout à fait disposés à envisager toutes les solutions d'où qu'elles proviennent pourvu qu'elles rapportent et permettent d'accroître leurs bénéfices. Dans les équipes de management, la première des leçons consiste donc à ranger les querelles de marques héritées des précédentes décennies et à envisager, sans aucun état d'esprit, des collaborations, y compris au plus haut niveau, avec leurs plus grands concurrents. Le seul mot d'ordre de cette fin de siècle est la rentabilité, et elle seulement. Pour sacrifier à ce "veau d'or", les fournisseurs des industries graphiques parmi les plus grands oublient leurs querelles et coopèrent pourvu que le partenaire ne soit pas un partenaire direct et important. Le récent divorce de Creo et de Heidelberg le prouve. Pour l'heure, ces collaborations, qui ont longtemps pris la forme des bien connus contrats OEM, intéressent généralement des segments très bien délimités de la recherche et du développement. C'est le cas de la technologie laser, par exemple. On peut aussi distribuer précisément les rôles : l'un conçoit, l'autre construit et commercialise, etc.. Ou vice versa. Mais le mouvement du balancier ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Les rapports croissants entre entreprises et fournisseurs du secteur graphique déboucheront, c'est inévitable et si ce n'est déjà fait, sur de véritables échanges ou cessions de capitaux. Une fois que tous, actionnaires et équipes managériales, auront appris à s'apprécier. Ce type de "grandes manoeuvres" que commencent à connaître les fournisseurs de l'imprimerie aujourd'hui, ont débuté voici déjà une décennie dans le papier. À la différence que les grands acteurs financiers possédaient depuis longtemps déjà la grande majorité des capitaux dans ce domaine, que le papier n'a jamais intéressé les adeptes de la nouvelle économie et que le processus est arrivé à un point tel que les majors, faute de "petits" à absorber, s'entredévorent. On n'en est pas encore à ce point dans l'imprimerie. D'ailleurs, le balancier ira-t-il vraiment aussi loin dans ce sens ? Personne ne peut le dire avec certitude. Au delà des partenariats portant sur des développements de technologie, il est néanmoins possible d'affirmer que la campagne de fusions de type uniquement boursier est déjà entamée et il ne fait aucune doute que de nouvelles opérations seront annoncées dans le flot ininterrompu de conférences de presse qui attendent les journalistes à Düsseldorf. Quoiqu'il en soit, bien appréhender le moteur de ces échanges financiers est important, un nouvel actionnaire majoritaire pouvant, par exemple, à lui seul, fortement influencer la stratégie habituelle d'une entreprise et l'entraîner sur d'autres voies. En être conscient au moment où l'on pénètre sur un stand à Düsseldorf, peut permettre d'éclairer d'un jour tout à fait nouveau les produits dont vous pourrez constater la nature et, par la suite, de deviner quelles gammes on peut en espérer.

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