Interview de Muriel Paris, auteur du Petit Manuel de Composition Typographique

Ce petit manuel a pour but de donner des bases théoriques et pratiques aux étudiants en design graphique. Rencontre avec l'auteur.

Conçu comme un guide pour expliquer pas à pas une discipline complexe, il renoue avec la tradition des ouvrages pédagogiques et permet d'appréhender l'outil informatique tout en maintenant un lien constant avec l'histoire et l'esthétique de la typographie. J'apprenais en outre qu'il faisait 82 pages, 130 francs et qu'il avait été publié par l'auteur. Par la suite et grâce à une curiosité "aiguisée", j'appris que l'auteur était née le 12 octobre 1965, qu'elle avait son diplôme de l'ENSAD (section identité visuelle - mention très bien), une maîtrise et un DEA d'esthétique à Paris Sorbonne (mention très bien ... encore !) et qu'elle avait passé un an à l'Atelier National de Création Typographique. J'appris aussi qu'elle enseignait (la typographie, bien sûr), donnait des conférences, collaborait avec les plus importantes revues et que ses travaux avaient été publiés tant dans l'excellent ouvrage collectif Typographie, du plomb au numérique que dans l'European Design annual Print 98 ou encore dans le dernier et rare livre sur le design français, édité par des américains, New graphic design : Paris.... sorti fin 99...(attention, le livre n'est pas que sur Muriel, mais sur les meilleurs graphistes Parisiens...). Alors quand il fallut faire son interview et malgré son extrême gentillesse et sa simplicité, je pensais que j'allais m'effacer un peu, moi et mes questions rasantes et que j'allais lui demander de faire ce travail à ma place. De se poser les questions auxquelles elle aimerait répondre. Elle accepta...Ainsi, à toi Muriel ! Depuis la fin de mes études, je m'investis dans des projets d'édition, ou des projets concernant le graphisme, en parallèle à mes activités de commande ou de professeur. Je n'aime pas le travail dans sa définition classique. J'ai choisi de pratiquer ce métier comme un mode de vie, un mode de relation aux autres. La pratique, l'enseignement et l'écriture se rejoignent pour former un tout ; je me réfugie dans l'un lorsque je suis fatiguée de l'autre, cela m'évite - enfin je l'espère - de radoter. Bref, j'ai toujours essayé de faire naître des projets : après avoir collaboré de longues et fructueuses années avec la revue "Signes", j'ai essayé de proposer différents projets à des éditeurs. Nous sommes très pauvres en matière d'édition et par manque de références, de connaissances de notre propre histoire, nos discussions, souvent, ne "volent pas bien haut" et les idées n'avancent pas bien vite. Je n'ai pas de complexe vis-à-vis de la création des autres pays comme la Suisse, la Hollande, l'Angleterre, mais leur exemple est important pour moi (je résiste au symptôme français : être à la fois hyper prétentieux – notre histoire, notre culture ! – et à la fois très complexés – la reconnaissance ne peut venir que d'ailleurs.) Après quelques réussites (ma collaboration avec les éditions Allia pour la première publication des écrits de Jan Tschichold, le grand typographe allemand, pionnier du Modernisme dans sa jeunesse et défenseur de la grande tradition du livre dans son âge mûr) et quelques échecs, j'ai décidé de me mettre au travail seule et de demander une aide au Ministère de la Culture. J'ai eu le tiers de la somme demandée et j'ai publié ce manuel (le projet de départ comportait la publication de plusieurs ouvrages). Il s'agit d'un petit ouvrage pédagogique qui reprend mes connaissances en la matière. C'est le genre de livre que j'aurais aimé trouvé lorsque j'étais à l'école. Cela fait gagner du temps, tout simplement. Ce n'est pas évident de trouver de l'information claire sur le sujet. J'ai, à la fois, fait le tour des théories et règles existantes pour en faire la synthèse, et proposer mes propres choix. La présentation est évidemment fondamentale : penser l'écriture et la mise en page en même temps est un grand atout pour ce genre d'ouvrages, l'un se nourrit de l'autre ; comme on dit, la forme, c'est le fond qui remonte à la surface...J'ai travaillé toute la maquette en collaboration avec une de mes anciennes étudiantes, son avis m'était précieux, elle était mon cobaye ! Je ne veux surtout pas donner de trucs, je veux simplifier l'apprentissage d'une discipline très complexe et fournir des références qui permettront au graphiste de se décider par lui-même. Je le répète car c'est important : pour moi tout est lié. Je ne me sentirais pas crédible dans mes textes si je ne pratiquais pas ce métier et le fait de m'intéresser à l'histoire et à la théorie me pousse à une grande exigence dans ma pratique. L'écriture impose une discipline stricte, la mise en mots n'est pas toujours aisée. Je passe aussi beaucoup de temps sur mes projets graphiques, je veux le temps de la réflexion pour faire naître des formes nouvelles et avancer à chaque fois. Je ne suis pas prestataire de service : je veux que les commanditaires me choisissent comme je les choisis. Je ne suis pas du tout du genre à créer dans le conflit, je recherche la collaboration, la complicité. Je suis très influencée par les expériences des avant-gardes du début du siècle, les dadaïstes, constructivistes, créateurs multidisciplinaires qui voulaient recréer un autre cadre de vie, en se positionnant comme des acteurs responsables de la parole qu'ils prenaient par leur production dans l'espace public. Cela également, je l'ai vu dans les livres…

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