Flux de production (vol 2) : PostScript, Tiff-IT, PDF

PostScript, Tiff-IT, PDF... Les flux dont on parle.

Nous avons défini et passé en revue l'essentiel de ce qu'il fallait savoir pour distinguer un flux de production numérique d'un flux traditionnel ou d'un flux hybride (cf dossier d'octobre). Une étape nécessaire pour nous resituer aujourd'hui. Car nous ne sommes franchement plus traditionnels – le banc photo, s'il n'est pas tout à fait mort, n'est pas loin de disparaître – ni, non plus , totalement numériques. Et avant de se projeter en avant, il fallait ne laisser persister aucune mauvaise interprétation de ce qu'est la réalité de l'imprimeur aujourd'hui quant à son flux de production. Je vous livre d'ailleurs ici un complément d'information. Le flux de production numérique "Direct to Press" représenté dans le volet 1 de cet article reste valable, mais il est possible de l'illustrer également au moyen de la variante "presse numérique " déjà en place sur un certain nombre de sites. Ce sont les solutions du type Indigo ou Xeikon. Parfois avant même d'avoir bien défini en quoi consiste un flux numérique, on peut avoir déjà beaucoup entendu parler du PostScript, du Tiff-IT ou du PDF. Ce sont des flux, on l'aura sans doute deviné, qui s'appuient, totalement ou non, sur un format de page ou de fichier dont on aura fait le choix. Plus rarement, il sera fait mention de flux de production " propriétaires ". Ce terme ambigu date et nous ramène à l'époque où le PostScript s'imposait en standard indiscuté. Face à ce standard, les fournisseurs jouaient presque tous la carte de solutions personnalisées et souvent globales, depuis la saisie des données jusqu'à la flasheuse. Les flux propriétaires prétendaient jouer l'efficacité et la garantie de fonctionnement. C'était, à l'époque, concevable. Les flux restaient simples, orientés vers la production de films. Ce choix stratégique est à présent largement délaissé. Du moins intentionnellement, car de façon cachée, il existe comme des " bouts " de flux propriétaires dans vos ateliers. Exemple : votre flasheuse. Elle accepte sans doute une multiplicité de formats mais il est quasi certain que ces formats sont traduits et convertis à leur arrivée dans la machine en format propriétaire. Ce qui s'explique : un équipement fonctionnera de manière optimale s'il fonctionne avec le langage pour lequel il a été conçu.

PostScript et Tiff-IT

Le PostScript est, à l'heure actuelle, le format généralement adopté. Comme Monsieur Jourdain, vous le pratiquez sans le savoir et il est donc peu utile de revenir sur cette réussite d'Adobe. Il est très répandu et commun. Il n'en reste pas moins qu'il est parvenu au bout de ses possibilités et, surtout, qu'il est imprévisible. Ce défaut a d'ailleurs donné naissance aux deux grands formats modernes que l'on a voulu – à tort – opposer entre eux : Tiff-IT et PDF. Le Tiff-IT nous vient des États-Unis et, plus précisément, de la Digital Distribution of Advertising for Publication (DDAP) qui est à l'origine de cette norme. Cette solution puissante reposait - et repose toujours - sur un format de données qui permet l'échange de ces données avec un souci de sécurité, de fiabilité et de prédictibilité qui n'avait jamais été atteint jusqu'alors. Le fichier Tiff-IT présente l'originalité d'être rastérisé ou rippé. Cette rastérisation est réalisée en amont de l'imprimerie. C'est donc l'émetteur – éditeur ou photograveur – qui s'en charge et, plus exactement, l'opérateur qui manipule le fichier d'origine en haute résolution, juste avant la production de l'épreuve. Après ripping, le fichier Tiff-IT est, en théorie, inviolable. C'est le " film numérique " véritable. Il ne reste plus qu'à le transmettre à son imprimeur par toutes les voies habituelles, depuis le coursier jusqu'au réseau Numéris. L'imprimeur travaillera alors avec un fichier prévisible et qui l'aidera, par conséquent, à une meilleure gestion de ses plannings. Malgré ces qualités évidentes, le Tiff-IT est fort peu répandu en France. Une petite trentaine d'imprimeurs l'a adopté. Ce sont tous des unités de type industriel, avec des flux de production spécialisés. Tiff-IT s'adresse, en effet, naturellement aux installations où prime la productivité. Pour les entités de dimensions plus modestes, il va devenir un allié contraignant et lourd à utiliser. De plus, s'agissant d'un fichier déjà rippé, il est déconseillé de changer de trame sans courir de grands risques de détérioration de la qualité de l'image. Enfin, sur un plan plus politique, le flux Tiff-IT a pour effet de replacer chacun devant ses responsabilités. Et ce n'est pas toujours bien vécu. Surtout par l'éditeur qui ne peut plus invoquer une quelconque responsabilité de l'imprimeur en cas de problème sur le fichier. Quel est l'avenir du Tiff-IT ? Il est incertain. Sa lourdeur d'utilisation, nous l'avons déjà dit, n'en fait pas l'outil rêvé de la très grosse majorité d'imprimeurs. Par ailleurs, les éditeurs ne jouent pas toujours le jeu et, oubliant les protocoles acceptés au départ, se sont rapidement mis à demander des corrections de dernières minutes. Ce qui obligea à trouver des solutions afin de parvenir, tout de même, à violer le Tiff-IT chez l'imprimeur. Ces solutions existeraient donc. Le Tiff-IT ne serait plus inviolable. Or c'était son principal atout et intérêt.

Le PDF

Le format de fichier PDF (Portable Document Format) d'Adobe fonctionne en parfaite complémentarité avec Tiff-IT. A la différence que le PDF peut intégrer un fichier Tiff-IT et que l'inverse n'est pas vrai. Tiff-IT est aussi étriqué et vertical que PDF est souple et horizontal. Le format PDF est le successeur du PostScript – une sorte de super PostScript – qu'Adobe a longtemps cherché. On pourrait parler et écrire très longtemps sur ce format qui ne cesse d'évoluer et de s'imposer, qu'on le veuille ou non, comme le nouveau très grand standard de travail dans les arts graphiques. La preuve ? Tous les fournisseurs sans exception s'y intéressent et développent plug-in sur plug-in d'Acrobat – le logiciel qui génère le PDF – lui ajoutant, jour après jour, des fonctionnalités qui en font un outil aujourd'hui extrêmement attractif. CreoScitex et Heidelberg avec le flux de production Prinergy ; Heidelberg encore avec la Delta List, Agfa avec Apogée, etc. : les grands équipementiers sont unanimes. Quoi qu'il en soit, contentons-nous ici de retenir que le rôle de PDF est de permettre au concepteur d'un travail de le transmettre, en toute sécurité, sans se préoccuper de la nature de la plate-forme chargée de le réceptionner. Cette dernière devra simplement posséder le petit bout de logiciel qui lui permettra de le lire (AcrobatReader). L'intégrité du document et de la mise en page est assurée. Ce qui fait, vous l'aurez deviné, de PDF un outil idéal pour la transmission de pages par Internet. C'est vraiment un format conçu pour assurer la transportabilité d'un document vers tous types de médias. C'est le PostScript du nouvel âge. Dans cette euphorie croissante, je vois néanmoins deux points délicats : comme Tiff-IT, bien qu'à un niveau moindre, des responsabilités incombent à tous les niveaux de la chaîne graphique. Chacun a un rôle à jouer. Au concepteur du message d'activer les fonctions de sécurisation, par exemple, s'il désire que son travail soit sécurisé. C'est à lui de le faire et à personne d'autre. Enfin, PDF n'est pas vraiment éditable. Ou alors très difficilement. Que veut dire éditable ? Qu'il vous est possible, à vous imprimeur ou autre prestataire de service, d'entrer dans le fichier et de le modifier "pour les corrections de dernière minute". La version 4.0 d'Acrobat autorise, au travers de certaines fonctionnalités d'entrer dans le texte et de le modifier ou encore de numériser les images. Mais rappelons que toute la valeur du PDF est, non pas d'être ouvert à tous vents, mais de permettre la lecture de la page quelle que soit la plate-forme informatique. Et, dans ce domaine, PDF sera sans doute encore longtemps imbattable.

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