L'Imprimerie Nationale est en grève

Depuis le 20 novembre, l'Imprimerie nationale est affectée par un mouvement général de grève qui touche les trois sites et 1 400 salariés.

Le mécontentement s'est, tout d'abord, manifesté le 13 novembre sur le site d'Evry – où une rotative 64 pages doit être prochainement livrée par KBA – avant de s'étendre, le 15, à l'usine de Paris pour enfin atteindre Douai vendredi 17 novembre dans l'après-midi. Les revendications sont claires : chaque année, il est procédé à une revalorisation salariale, revalorisation basée sur l'indice Insee du coût de la vie. Pour l'année 2000, cet indice est en progression de 2,2 %. La direction de l'Imprimerie nationale a consenti une première augmentation des salaires de 0,6 % le 1er juillet, puis, en début de mois, autant à la suite d'une grève partielle, ainsi que 0,15 % supplémentaires au titre de la prévoyance, soit une revalorisation globale sur l'année de 1,35 %. Considérant être loin du compte et estimant ne pas parvenir à engager le dialogue social qu'ils escomptaient, les représentations syndicales des salariés du site d'Evry ont déclenché un mouvement de grève avec, pour revendication principale, une augmentation de 500 francs bruts sur leur feuille de paie mensuelle. Cette revendication, reprise par les sites de Paris et de Douai, sert à présent d'assise au large mouvement de grève qui paralyse totalement la production de l'Imprimerie nationale. Il est manifeste que les personnels en grève se sentent oubliés voire dédaignés par leur direction. Les vingt plus gros salaires de l'entreprise ont progressé de 12,7 % en 1999, rappelle amèrement l'un des grévistes que nous sommes allés rencontrer et qui regrette également que la direction profité de la négociation sur la réduction du temps de travail pour remettre en question notre demi-heure de brisure. Les syndicats ont d'ailleurs porté cette remise en question devant les instances Prud'homales. Pour la direction générale, qui s'est exprimée au travers d'une circulaire aux salariés de l'usine d'Evry, ce mouvement social intervient à un moment critique pour l'avenir. Il remet en cause des commandes acquises. Il remet en cause la crédibilité des commerciaux auprès de leurs grands clients. Il remet en cause l'existence même de cette clientèle pour l'année prochaine. Les seuls gagnants de ce conflit sont les concurrents de l'Imprimerie nationale. Depuis 4 ans, il est un fait que le mécontentement social enfle à l'Imprimerie nationale. Il est également vrai que l'entreprise, autrefois quelque peu "préservée", est livrée à la dure loi du secteur privé depuis le milieu des années 90 et qu'elle se cherche. D'année en année, elle accumule les pertes : 64 millions de francs en 1998, 68 autres millions en 1999 (pour un chiffre d'affaires de 1,340 milliard de francs) et, sans aucun doute, bien davantage au terme de l'exercice. Le conflit en cours agit tel un révélateur sur les importantes baisses de charge qui affectent certaines lignes de production (notamment la M 4000 d'Evry). Malgré ces contre-performances, l'Imprimerie nationale a poursuivi une politique de croissance externe, politique qui, si elle a réussi avec Istra, Mizret et i.numérique, a échoué avec SCIA et surtout les trois sites hélio d'Hachette – dont Helio Corbeil - que l'Imprimerie nationale comptait reprendre en partenariat avec le groupe allemand Brochec puis, ce dernier s'étant écarté, avec son compatriote Schlott. Des négociations ont pu être entamées hier matin mais elles n'ont pas abouti. Les revendications des salariés sont extrêmement difficiles à satisfaire au regard des possibilités de l'entreprise, a déclaré le directeur général Michel Darnedu, au sortir de plusieurs heures de discussions. Pour autant, même s'il ne nous est pas possible de négocier au titre de l'année qui s'achève, la direction a voulu faire montre d'un esprit d'ouverture en se déclarant prête à anticiper les négociations pour 2001 et 2002. Une lettre de Jean-Luc Vialla a été remise aux syndicats pour qu'ils en débattent ensuite au sein de leurs organisations et avec la base. Pour le Pdg de l'Imprimerie nationale, le calcul est simple : répondre favorablement à la demande des grévistes – 500,00 francs bruts mensuels supplémentaires – consisterait à alourdir de 14 millions de francs les pertes endémiques de l'entreprise (rappel : 64 MF en 1998, 68 en 1999). La direction ajoute encore : nous sommes à jour pour l'an 2000 si nous nous appuyons sur l'indice Insee hors tabac dont la progression est à ce jour de 1,3 % depuis le 1er janvier 2000. Ce qui a été accordé – ndlr : + 1,35 % - maintient donc le pouvoir d'achat des salariés. Quant aux propositions d'ores et déjà avancées par Jean-Luc Vialla, elles sont encore gardées secrètes. Michel Darnedu assure cependant que la proposition est sérieuse. Elle ne sera pas ridicule. Le message de la direction de l'Imprimerie nationale aux grévistes est donc clair : empressons-nous d'oublier le conflit présent pour préparer avec sérénité le dispositif à mettre en place en 2001 et 2002.

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