Le Courrier Picard abandonne le statut de Scop pour éviter la faillite

Le modèle de coopérative ouvrière de production trouve ses limites en période de crise économique.

Le 6 avril dernier, le dernier quotidien français à statut de Scop (société coopérative ouvrière de production), a définitivement tiré un trait sur une aventure débutée en 1944 avec Maurice Catelas, et directement issue des idéaux de la Libération.

Par 179 voix contre 5, les salariés actionnaires (journalistes, employés et ouvriers de l'imprimerie) ont renoncé à recapitaliser leur entreprise et à remettre en cause certains de leurs droits.

Ce renoncement - déchirement - trouve sa cause dans l'incapacité de chacun d'entre eux de trouver les 20 000 euros indispensables pour assurer la survie de leur entreprise, dans un contexte ou cette somme n'aurait sans doute rapidement pas suffi, face à un passif de 2 millions d'euros.

Ce vote, qui ouvre la voie à une prise de contrôle du quotidien par un groupe de presse établi - Rossel ou Hersant sont les plus cités - souligne la précarité de ce type d'organisation en période de crise, pour des sociétés à forte intensité capitalistique.

Si, en période de développement, le statut de Scop permet aux entreprises une stabilité de l'actionnariat et un engagement maximum des salariés, il n'en va pas de même en période trouble.

Devant la faible surface financière des actionnaires, les banques se font en effet tirer l'oreille pour accorder des prêts de trésorerie à des entreprises industrielles dont les besoins en fonds de roulement ou les besoins d'investissement sont particulièrement élevés (notamment les presses d'imprimerie), précipitant de facto leurs difficultés.

L'exemple récent de la fonderie Pamco, qui aura tenu 18 mois à peine sous forme de Scop, est là d'ailleurs pour le démontrer, raison qui pousse actuellement bon nombre de donneurs d'ordres à se méfier de fournisseurs structurellement fragiles.

Une situation d'autant plus difficile qu'elle remet en cause un modèle de capitalisme à visage humain, utopiste diront certains, dont l'objectif clairement annoncé est de partager équitablement les fruits du travail entre chacun des collaborateurs de l'entreprise.

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