Le syndicat suisse Comedia dénonce la faillite de l'imprimerie Weber Berteli

GraphiLine rediffuse le communiqué de presse de Comedia, le syndicat suisse des salariés de la branche.

La procédure de faillite récemment ouverte contre Weber Benteli à Brügg laisse 261 collègues sans travail, victimes de la stratégie hasardeuse suivie par Arques, société allemande d’investissement spéculatif. C’était autrefois la 2e plus grande imprimerie de travaux de ville de Suisse. Non seulement la baisse de salaires acceptée par les salariés n’a pas empêché la faillite, mais va les pénaliser au chômage.

Monsieur Pluchard – propriétaire jusqu’à la mi-2006 de l’imprimerie couleurs Weber à Brügg (Berne) – avait-il déjà un sombre pressentiment en cédant son entreprise à la société d’investissement allemande Arques? Cette année-là, le chiffre d’affaires s’est contracté de plus de 4 millions par rapport à l’exercice précédent. D’autres investissements majeurs ont néanmoins été planifiés. Autrement dit, la direction a fait le pari risqué d’une augmentation des capacités de production.

Arques s’est tout d’abord signalé à Brügg en présentant chaque année un nouveau CEO et en annonçant de riantes perspectives au personnel. Or cette «pensée positive» n’a servi à rien, loin de là : les pertes ont grimpé à 4,6 millions de francs en 2007, et même à 9,5 millions en 2008. La déclaration d’impôt complétée à la fin de 2008 indique même 18,5 millions de dettes! Il n’y a pas d’explication plausible à l’accumulation d’une pareille montagne de dettes en aussi peu de temps – peut-être a-t-il fallu casser les prix pour garder de nombreux mandats. Les investigations du juge de la faillite pourraient apporter une lumière bienvenue dans ce dossier.

Entre 2006 et 2008, l’appareil de production de Brügg n’a pas seulement été remis à neuf. Au début de 2008, l'imprimerie Benteli Hallwag a été racheté à Tamedia – donnant naissance à Weber Benteli. Selon les déclarations du chef des finances Braun, cette acquisition a entraîné un surcroît de charges unique de 3 millions de francs. Benteli Hallwag était-il une si bonne affaire? En réalité, le taux d’utilisation des capacités n’a pas dépassé 70% à Brügg pour l’exercice 2008, tandis que les charges de personnel continuaient de représenter un tiers du chiffre d’affaires.

Bernhard Braun a voulu en outre rassurer comedia, en affirmant qu’Arques avait couvert les dettes de 2007 et 2008. Nous savons aujourd’hui que ce n’était pas le cas.

Sous la conduite du CEO Martin Brawand et du chef des finances Braun, la nouvelle direction n’a pas agi différemment de ses prédécesseurs. Des séminaires de motivation ont été organisés à l’interne, début 2009, afin de répandre l’idée que Weber Benteli allait profiter de la consolidation imminente et inévitable du secteur de l’impression en Suisse. Il suffisait d’un «léger sacrifice» – une baisse de salaire pouvant atteindre 6% – pour garantir les emplois à Brügg. Le personnel a cédé aux pressions massives exercées. Malheureusement, comedia n’a pas réussi à convaincre les intéressés de refuser les coupes salariales, qui auraient dû leur mettre la puce à l’oreille sur l’état réel de l’entreprise.

Le personnel a eu l’impression de vivre un mauvais rêve jusqu’à l’ouverture de la faillite à la fin novembre: des candidats au rachat de l’entreprise se sont vu refuser l’accès aux documents nécessaires, et donc les négociations de vente ont échoué. Les nouveaux propriétaires depuis avril 2009 – les Allemands ValueNet Capitel Partners – avaient visiblement des prétentions trop élevées. Le CEO Brawand a quitté le navire de bonne heure pour rejoindre Ringier. Le naufrage de Brügg laisse 261 personnes sans travail ni perspectives professionnelles. «Grâce» aux baisses des salaires de juin dernier, elles toucheront encore moins d’argent de l’assurance chômage.

Hans-Peter Graf
Comedia
secrétaire central industrie graphique et emballage

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