[a.ñ.l] : l'avenir dans les livres anciens…

Qui peut le plus, peut le moins. Parti de la digitalisation d'archives et d'ouvrages anciens pour l'impression à l'exemplaire, l'atelier parisien [a.ñ.l] a eu l'idée de développer sur cette activité première, pionnière et exigeante, un concept d'offre de services beaucoup plus large : la numérisation à façon.

[a.ñ.l] numérise les livres. Sans les désarticuler, sans les désassembler. A la main, page par page. Ce petit atelier parisien, qui appartient au groupe Phénix – lire plus loin – s'en est fait la spécialité.

L'opération est réalisée sur des scanners spécialement adaptés et rares. Ils font penser aux vieux bancs photographiques il n'y a pas si longtemps encore en service chez la plupart des photograveurs : on pose le document sur un plateau inférieur. On l'éclaire avec de puissants halogènes et on le photographie au travers d'un système optique le plus souvent vertical qui fait penser à une chambre photographique de grande taille. On a seulement remplacé ici, sur les scanners de [a.ñ.l], la surface sensible conventionnelle – un film argentique – par une barrette de CCD qui numérise l'information.

Jérôme Toret et sa très jeune équipe – la moyenne d'âge ne doit pas dépasser 25 ans de beaucoup – ont optimisés ces scanners. Au prix de réglages très personnalisés. Nous avons fait avec des outils peu adaptés à ce besoin très particulier qu'est la digitalisation, page par page, de livres anciens, des produits vendables. Sans faire aucun logiciel, simplement en améliorant sans cesse le tour de main qui est le nôtre et en perfectionnant, sans fin, notre manière de travailler.

Il y a donc l'outil et il y a la manière. Le premier a inspiré et favorisé l'éclosion de la seconde.

L'outil et la manière

L'outil, un Xerox DigiBook 5600 – le groupe Phénix possède trois scanners de ce type – laisse une grande place au savoir-faire et incite en permanence l'opérateur à intervenir, à régler manuellement l'analyse pour apprécier et maîtriser la diffraction de la lumière toujours différente d'un papier à un autre, parfois d'une page à une autre. On est loin du pousse-bouton des gros scanners à plat !

Ici on travaille sous lumière polarisée afin de digitaliser un volume d'informations plus important et obtenir ainsi, plus tard, à l'impression, un meilleur rendu en impression ; on recrée le contraste encre/support qui peut avoir disparu, ou même des passages entiers qui ont disparu mangés par l'acide du papier ou… les souris !

Les impressions sont ensuite réalisées sur les équipements de sortie numérique qui conviennent le mieux. Dont des DocuTech.

La Bn et l'Observatoire pour clients

Numériser, c'est donc pérenniser mais ce serait une gageure sans un travail de préparation préalable des plus sérieux.

Les clients qui viennent consulter [a.ñ.l] ne sont jamais des clients simples. Quand ils poussent la porte du 275 boulevard Voltaire, ces bibliothécaires, collectionneurs et archivistes dans l'âme apportent avec eux des problématiques confuses que dominent souvent les a priori, l'émotionnel et l'irrationnel.



En premier lieu : correctement définir le cahier des charges avec le client.

Il s'agit d'être méthodique, confie Jérôme Toret qui accueille quotidiennement ces visiteurs. Et, tout d'abord les recevoir, les écouter exposer leurs besoins et les difficultés qu'ils rencontrent. Car difficultés il y a. Ils ont le plus souvent tenté d'y répondre par eux mêmes mais pour finalement compliquer le dossier et prendre du retard sur l'échéancier qu'ils s'étaient fixé. C'est dans cet état d'esprit qu'ils poussent notre porte, désarmés, désabusés, perdus! Nous tentons alors de redéfinir avec eux leurs besoins en vue de les aider à dresser, éventuellement s'ils décident de faire appel à nous, un cahier des charges cohérent et réaliste. Après seulement, nous pouvons penser à numériser….

A chaque contrat, [a.ñ.l] sème ainsi ses petits cailloux blancs. Les témoins de ces ouvrages, tous très divers, s'amoncellent sur les étagères de l'atelier et on en trouve partout : c'est un modeste catalogue d'art au format 85x133 et datant de 1848 devenu précieux par la rareté de ses informations ; un catalogue de cadres, dont l'original remonte à 1950, riche de 240 planches admirables et que, compte tenu des impératifs posés par sa mise en consultation, il a fallu faire tenir dans un fichier de 400 Ko seulement, une véritable prouesse ; un ouvrage sacré en hébreu à reconstituer en partie étant donné son mauvais état de conservation ou, au contraire, cet émouvant Atlas du voyage de La Pérouse réalisé de sa main. L'Observatoire de Paris, la Bibliothèque nationale figurent, bien entendu, parmi les clients de [a.ñ.l].

Néanmoins, la préoccupation de [a.ñ.l] et de son groupe, le groupe Phénix, ne s'arrête pas là.

Produire à l'unité, oui, mais à un coût achetable

Le groupe Phénix, auquel appartient [a.ñ.l], a trois grandes activités : la vente de livres à l'unité sur internet - librissimo.com - avec une antenne à Lyon ; l'édition (Phénix édition) ; la numérisation et la fabrication de livres anciens. C'est [a.ñ.l].

Librissimo.com est à l'origine de tout. Il s'agissait de réaliser pour la vente sur Internet des livres à un exemplaire en exploitant les catalogues de la Bibliothèque municipale de Lyon, de celle de Troyes, de l'Institut de France... Mais pour Librissimo.com, qui constitue ainsi d'ores et déjà la bibliothèque virtuelle la plus importante au monde avec bientôt un million d'ouvrages disponibles à son catalogue, il s'agissait avant tout de réaliser ces livres à l'unité ou en un nombre très restreint d'exemplaires mais à un coût achetable. Cette préoccupation est rapidement devenue le leitmotiv de toutes les entités du groupe.

En fait, confirme Jérôme Toret, nous mettons toute notre énergie à préparer et à prédéfinir le cahier des charges de l'ouvrage à réaliser de façon à ce qu'il puisse l'être de la manière la plus économique possible. Pour ce faire le process a été totalement revu. Nous n'avons rien laissé de côté, depuis la préparation des fichiers jusqu'à l'impression. Nous avons corrigé nos habitudes, redressé des concepts devenus déviants, etc.


La jeune équipe d' anl : la fraîcheur de l'innovation numérique

Tout cela dans un unique but : mettre au point un livre apte à être directement imprimé à la volée, sans réglage ni intervention, jusqu'au façonnage.

Nous y sommes parvenus au prix d'une grande discipline professionnelle collective, déclare encore Jérôme Toret. Nous avons défini un process fluide, précis et standard auquel nous nous référons toujours et qui nous permet d'aboutir, dans des conditions prédéterminées bien précises et qui ne changent pas, à un livre standard lui aussi, produit que nous appelons produit A.

Résultat : [a.ñ.l] est apte à produire un livre A sans dépasser un prix de vente TTC de 1 franc la page. Au delà de 10 exemplaires, un tarif dégressif est même possible !

Numériser absolument tout à la demande

Dans de telles conditions, malgré la jeunesse de la structure - [a.ñ.l] n'a que quels mois d'existence avec un chiffre d'affaires multiplié par dix en quatre mois pour atteindre 200 KF – on vient voir Jérôme Toret pour bénéficier du savoir-faire mis à réveiller de vieux ouvrages centenaires ou des livres à compte d'auteur.

<i>Par la force des choses, nous nous sommes ainsi mis mis au service de tout projet de numérisation quel qu'il soit, affirme Jérôme Toret. Tous les défis sont relevables.

Texte sur papier, disquette Word, images numériques ou non..., de cette grande mixité, de cette grande coexistence de documents qui caractérisent le tournant technologique actuel, [a.ñ.l] peut composer un produit numérique cohérent. Et économiquement achetable.

La numérisation à façon est née.

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