CreoScitex : état des lieux un an après la fusion (vol 1)

L’état d’esprit et l’impact de l’opération. Peu de nouveaux produits, neuf mois de discrétion et de gestation…

Creo et Scitex ont monopolisé tous leurs efforts pour réussir une fusion qui a fait grand bruit et qui propulse la nouvelle entité aux tous premiers rangs des fournisseurs mondiaux des professionnels du prépresse. L'essentiel du chemin semble avoir été fait mais les douze prochains mois restent décisifs.

Un an après le rachat des activités prépresse de Scitex par Creo Products, l'opération semble entrée dans une phase finale de maturation. En d'autres termes, on aura compris que c'est Scitex qui a dû se mettre à l'heure de Creo et non l'inverse (voir notre éditorial).

Nous sommes prêts confirme Boudewijn Neijens, qui a créé Creo Europe en 1994 et qui occupe le poste de vice-president marketing de la nouvelle entité née de la fusion. Notre rôle est plus clair que jamais "précise-t-il encore. C'est de promouvoir la numérisation complète de l'industrie graphique en démontrant qu'elle se traduit inévitablement, lorsqu'elle est correctement effectuée, par un gain financier, une valeur ajoutée pour l'utilisateur ".

C'est dit avec assurance. L'assurance d'un groupe qui dispose, en effet, de quelque 800 personnes uniquement dédiées à la recherche et au développement. La localisation des trois sites de R&D – Vancouver, Boston et Tel Aviv – autorise la mise en place d'un développement dit par spirale ". Autrement dit, en bénéficiant des fuseaux horaires, il est possible, au prix d'une synchronisation poussée entre les équipes de chercheurs, de ne pas interrompre les travaux et de progresser, ce faisant, de façon spectaculaire. C'est particulièrement vérifié dans le domaine des logiciels.

Avec deux gammes de produits, CreoScitex a composé une nouvelle offre. Un an après, la quasi totalité des produits Creo et des produits Scitex ont été conservés. Le résultat est une gamme relativement solide et homogène mais avec peu d'innovations.

C'est également l'occasion de revenir aux bienfaits de la vente directe. A l'exception de certains produits dont le prix unitaire les rapproche davantage du statut de consommable, CreoScitex privilégiera ses forces commerciales et le contact direct avec l'utilisateur. Cependant, des produits tels que les dos numériques Leaf ou même le Brisque, serveur vedette de la firme, emprunteront largement les réseaux de ventes indirectes.

Une nécessité pour Creo mais aussi pour Scitex ?

Effective en avril 2000, la fusion a occupé tous les esprits de la nouvelle société pendant toute une année et ne cesse pas de le faire. La force de Creo venait de sa spécialisation et de sa culture d'entreprise. Depuis déjà plusieurs années, Scitex se montrait plus hésitant sur sa stratégie, avec une vision moins claire de son avenir. L'opération a donc eu pour but, en interne et en priorité, de recentrer les activités communes et de donner une mission unique à tous les collaborateurs.

La nouvelle direction de CreoScitex Europe

La fusion ne semble pas avoir eu un impact négatif sur les activités du groupe et sur ses résultats. En 2000, avec un exercice clos fin septembre, CreoScitex a réalisé 453 millions de dollars de chiffre d'affaires et dégagé un bénéfice imposable de 42 millions. Avec un tiers du marché mondial du prépresse, sa position est forte.

Le premier trimestre de son exercice 2001 (octobre à décembre 2000) a marqué une progression notable – mais attendue -du chiffre d'affaires à 170,4 millions de dollars contre 54 millions un an auparavant, compte tenu que la fusion s'était opérée entre-temps.

On pouvait craindre, cependant, que Creo n'ait eu les yeux plus gros que le ventre ". Le danger n'est d'ailleurs pas totalement écarté. Creo a dû aller en Bourse lever des capitaux et émettre, on s'en souvient, quelque 530 millions de dollars en actions pour acquérir Scitex. De ce montant, d'ores et déjà, 400 millions de dollars sont à amortir en 3 ans. Un défi.

Pour Creo, cependant il faut le reconnaître, il n'y avait pas d'autre choix qu'une extension de périmètre. La petite entreprise canadienne qui comptait, en Europe, une centaine d'employés à sa création en 1994 et qui réalisait, à cette époque 10 millions de dollars de chiffre d'affaires était passé à un effectif de 1 600 personnes et avait multiplié par sept ses revenus ! Elle croissait rapidement ou elle étouffait !

Nous nous sommes bien rendus compte que nous étions parvenus au terme de notre croissance organique commente Boudewijn Neijens. Nous devions impérativement nous accroître pour gagner en présence sur nos marchés, être moins dépendant des partenaires et mieux assurer la distribution de nos produits sur le plan mondial. La nécessité de racheter Scitex s'est rapidement imposée à nous .

Creo avait cependant déjà fait l'acquisition de très petits concurrents et investi des sommes considérables dans sa diversification vers l'e-business avec PrintCafe. Sa participation dans ce fournisseur de solutions sur Internet business to business est d'ailleurs vitale pour la survie de ce dernier qui ne peut trouver les ressources suffisantes sur sa seule activité. L'année dernière, CreoScitex a ainsi augmenté sa participation dans printCafe de plus de 25 millions de dollars !

Malgré la difficulté que doit représenter le fait d'assumer la fusion, CreoScitex se dit demeurer en permanence en quête de nouveaux rachats. Il est cependant peu probable que ces derniers revêtent l'importance qui avait été celle de la reprise de Scitex. Par le fait d'un simple paraphe, Creo a vu sa taille multipliée par cinq. Une phase de croissance interne et de consolidation de l'acquis s'impose.

Un effort de recherche libéré

Quand Creo et Scitex étaient des sociétés indépendantes sur certains segments de marché, leurs ressources respectives en recherche et développement étaient trop souvent consacrées à répondre à la concurrence qu'elles représentaient l'une pour l'autre. De ce fait, les sujets abordés étaient limités.

A présent explique Boudwijn Neijens, c'est différent. Une grande partie de notre effort de recherche est libéré de cet affrontement technologique permanent. Nous pouvons commencer à utiliser cette ressource pour travailler sur des marchés complémentaires aux arts graphiques ".

Il est vrai que Creo a toujours regretté de ne pas disposer de l'énergie nécessaire pour mettre à profit des idées novatrices dans le domaine du circuit imprimé – activité d'origine de Creo -, dans celui du laser ou encore des écrans plats.

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