Dix ans de technologie Sunday (vol 1) - Les premiers pas

Heidelberg Web Systems célèbre cette année un anniversaire mémorable : celui de l’apparition d’une rotative qui, parce qu’elle a été pensée un dimanche, s’appellera Sunday.

Un texte écrit à Montataire, chez Heidelberg Web : A l’automne 1990, Klaus Lederer demande un cadeau de Noël un peu anticipé. Le président du directoire de Harris Graphics – devenu, par la suite, Heidelberg Web Systems - veut voir la rotative-prototype top secrète de sa société imprimer avant les fêtes. L’équipe technique de Klaus Lederer exaucerera ses désirs. Le tirage inaugural de la première rotative Sunday a lieu en décembre à Dover, dans le New Hampshire.

Débuts humbles mais prometteurs

Dix ans et largement plus d’un milliard de dollars de commandes plus tard, il est clair que leur technologie d’avant-garde a révolutionné les normes de productivité et de qualité de l’impression offset. Dans une décennie caractérisée par la croissance exponentielle des supports électroniques, elle a aussi permis d’accroître considérablement la compétitivité de l’imprimé (face à d’autres procédés comme l’héliogravure, ndlr). Roland Palmatier conserve encore précieusement dans son bureau des cahiers de ce tout premier essai d’impression. Pour ce directeur technique de Heidelberg Web Systems et pour ses collègues de l’équipe de développement de la rotative Sunday, décembre 1990 n’était qu’un nouveau jalon dans une aventure amorcée cinq ans plus tôt et qui se poursuit aujourd’hui. "Avant le blanchet sans gorge" explique Roland Palmatier, "les améliorations techniques dans l’impression sur rotatives avaient toujours été progressives ou évolutives. La technologie Sunday en revanche offrait une plate-forme entièrement nouvelle qui permettait de franchir des étapes révolutionnaires en termes de productivité, de qualité d’impression et d’efficacité. Nous avons su dès le début qu’elle représenterait un développement critique pour la société et le secteur". Si le temps a prouvé la justesse de cette prédiction, la rotative Sunday connaît d’humbles débuts ce premier hiver, sur le site de Montataire. Les premiers essais d’impression sont généralement limités à moins de dix minutes. Les vitesses jamais tentées jusque là sur une rotative créent des problèmes mécaniques imprévus, qu’il s’agisse du verrouillage des plaques ou de niveaux excessifs d’électricité statique. Malgré tout cela, les promesses surpassent largement les contretemps. "Sur la question de la vitesse, nous naviguions manifestement dans des eaux insondées" témoigne Glenn Guaraldi, l’un des premiers ingénieurs affectés au projet de rotative Sunday, "mais quasiment toute la technologie de fond, blanchets sans gorge compris, a bien fonctionné dès le départ".

La rotative du blanchet sans gorge

La Sunday 3000 d’origine est destinée aux applications magazines et catalogues. Deux ans après le test historique de 1990, le premier modèle de production quitte l’usine de Heidelberg pour celle de R.R. Donelley, à Danville, dans le Kentucky. Les chefs de file de ce marché, parmi lesquels Quad Graphics et Quebecor en Amérique du Nord, St. Ives et Artisan Press au Royaume-Uni et Neef & Stumme en Allemagne, ne tardent pas à ajouter leur nom dans les carnets de commandes. Plusieurs avancées technologiques contribuent au succès immédiat de la rotative Sunday, mais aucune autant que le blanchet sans gorge qui va rester comme le symbole cette technologie. Sur une rotative offset traditionnelle, des blanchets plats sont enroulés autour des cylindres, puis leurs deux extrémités fixées dans un canal étroit creusé dans le cylindre : la gorge. La vibration de flexion résultant du passage en gorge, c’est-à-dire de la rencontre des gorges des cylindres opposés, impose un compromis permanent entre la vitesse de la rotative, sa laize et la qualité d’impression, compromis qui bride ces trois facteurs. Heidelberg remplace ces blanchets plats par des blanchets tubulaires que l’on glisse sur le cylindre à partir d’une extrémité. Sans la vibration liée aux gorges pour la freiner, la vitesse maximale de la rotative Sunday 3000 passe directement de 10 à 15 mètres à la seconde. Cette stabilité dynamique signifie également que l’on peut augmenter les laizes sans compromettre qualité ni vitesse. Les imprimeurs qui produisaient habituellement 120 000 cahiers de 16 pages à l’heure sur une rotative deux bandes peuvent désormais plus que doubler cette capacité en sortant 200 000 cahiers de 24 pages, soit près de 5 millions de pages, par heure avec une rotative Sunday de même configuration. Ces imprimeurs réalisent également que la technologie Sunday apporte plus qu’une productivité accrue. L’atténuation des vibrations permet d’éliminer les stries de rebondissement, ce qui améliore la qualité d’impression, même aux plus hautes vitesses. Les blanchets sans gorge, associés aux plieuses sans pointures, réduisent le blanc d’impression, autorisant des coupes plus courtes et une économie de papier allant jusqu’à 6,35 mm par tour de cylindre. Les blanchets tubulaires peuvent même être changés en moins d’une minute, sans casser la bande, épargnant un temps de calage significatif. A une époque où les imprimeurs rotativistes commençaient à se focaliser sur la sortie de meilleurs produits, plus rapidement et au meilleur coût, pour augmenter la compétitivité de leur support par rapport à Internet ou à d’autres médias électroniques, la rotative Sunday se révéla une arme précieuse. "Nous avons établi que la technologie Sunday a réduit le coût réel d’impression jusqu’à 50 % sur certaines applications longues" déclare Roland Palmatier. "Les calages plus rapides permettaient également à la rotative Sunday de rester un choix efficace pour les imprimeurs travaillant sur de plus courts tirages, jusqu’à 12 000 cahiers".

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