Algérie, la presse veut abolir le monopole de l'Etat sur les imprimeries

Depuis quelques mois, un projet qui devrait bouleverser la situation de dépendance de la presse algérienne vis-à-vis des imprimeurs publics est en préparation par deux grands quotidiens, El-Khabar et El-watan.

Les deux journaux ont créé une société, Algérie distribution de presse (ALDP) et importé du matériel d'imprimerie, dont une rotative qui est bloquée par les douanes algériennes pour d'obscures raisons administratives. Ce matériel, qui est au port d'Alger depuis maintenant trois mois, est au centre du débat sur l’autonomie de la presse. " Si dimanche, la situation n’est pas débloquée, nous allons organiser une campagne en expliquant la nature des pressions que nous subissons ", menace Omar Belhouchet, directeur du quotidien francophone El-Watan. " Il est clair que l’ordre vient de beaucoup plus haut et que toutes les administrations auxquelles nous sommes confrontés n’ont aucun lien avec cette histoire ", affirme de son côté Ali Djerri, directeur d’ El-Khabar, le plus gros tirage de la presse arabophone. La situation est d’autant plus inquiétante que l’ensemble de la presse doit déjà faire face à deux nouveaux obstacles. De lourdes sanctions à l’encontre de la presse sont prévues dans une nouvelle mouture du code pénal qui doit être présenté à l'Assemblée, et une réduction des tirages de l’ensemble des titres a été décidée unilatéralement par les imprimeurs publics qui contrôlent le marché, sous prétexte d'une pénurie de papier. Pour mettre fin au monopole de l'État, des patrons de presse ont lancé le projet d’une imprimerie indépendante, au début des années 90. En fin de course, en 1995, seuls El-Khabarq et El-Watan participent à la création d'ALDP. L'entreprise obtient un terrain, octroyé par les pouvoirs publics, au sud d’Alger, à El-Achour. Le montage financier - 280 millions de dinars (environ 3 millions de dollars) - est rapidement bouclé: 40 % de l’investissement est assuré par ALDP, le reste étant couvert par des crédits de l’APSI, l’Agence gouvernementale de promotion et de suivi des investissements. Les tracasseries commencent lorsque le matériel arrive au port d'Alger, en décembre dernier. L'inspection générale des finances (IGF), arrête la procédure de dédouanement, évoquant un dossier de l'APSI qui ne serait pas conforme aux procédures. Par la suite les douanes algériennes exigent une taxe de 40 millions de dinars (environ 400.000 dollars), alors que celle-ci devrait s'élever, selon les éditeurs, à 10 millions de dinars dans le cadre des avantages offerts par l’APSI. Lorsque la société ALDP s’engage à payer la totalité du montant, les douanes algériennes exigent le montage d'un nouveau dossier auprès de l'APSI. " Aujourd’hui, ils n’ont plus d’excuses et seul l’arbitraire explique cette situation ", s’énerve Omar Belhouchet. Les démarches se poursuivent auprès de l'APSI, mais toujours sans résultats. " Ce problème les dépasse. Même les douanes nous ont demandé d’aller voir plus haut ", avoue Ali Djerri, qui a compris qu'au-delà de l'imbroglio administratif, les pouvoirs publics redoutent surtout de perdre un moyen de contrôle efficace sur les journaux indépendants.

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