Interview JP Gérault (i2S) - le tandem numérisation-print est un accélérateur de la numérisation du savoir

Sur le marché de la numérisation du savoir, la société française i2S s'est taillée une réputation internationale de premier plan. Interview du président d'i2S, Jean Pierre Gérault.

L'actualité est chargée en ce début d'année pour i2S, groupe international français, leader sur les marchés de la vision numérique, de l'optronique et du traitement de l'image et membre de Polinum, plateforme collaborative de recherche et développement pour la numérisation et la valorisation des fonds patrimoniaux, industriels et informationnels, regroupant 8 partenaires français, publics et privés. 

Au moment où la société commercialise son nouveau logiciel Limb, Jean-Pierre Gérault, son président nous a accordé une interview exclusive dans laquelle il nous présente cette nouveauté tout en faisant le point sur la stratégie de sa société.

Jean-Pierre Gérault, pouvez-vous nous présenter i2S ?

Jean-Pierre Gérault : i2S a deux métiers, métier de la vision numérique qui est à l'origine de l'entreprise, qui consiste à faire des automates de capture et traitement d'image dans le sport, dans le médical, dans l'industrie et le deuxième métier que l'on a lancé en 2000 qui est DigiBook, à savoir des scanners pour le monde des archives et des bibliothèques.

Dans un univers très international, votre société se distingue par sa nationalité française 

Jean-Pierre Gérault : effectivement, i2S est une société française qui fait aujourd'hui 14 millions d'euros de chiffre d'affaires, qui est côtée sur Alternext et qui emploie 90 salariés, dont 65 en France et 25 aux Etats-Unis.


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Justement, vous avez racheté en 2011 le numéro 1 mondial des scanners automatiques, à savoir la société Kirtas. Où en est le rapprochement u an plus tard ?

Jean-Pierre Gérault : nous avons racheté Kirtas en mars 2011 et depuis lors le rapprochement a porté sur deux axes. Sur la R&D puisque l'ensemble des logiciels que nous lançons a été développé par les deux sociétés. Sur le marketing avec la fusion des réseaux, la convergence des hommes et la formation des équipes notamment.

Qu'apporte aujourd'hui Kirtas à i2S au terme de cette année de rapprochement ?

Jean-Pierre Gérault : Kirtas nous a tout d'abord apporté des éléments dans la recherche et développement avec une vision complémentaire à celle qui était la nôtre dans Polinum. Ce que ce rapprochement nous a surtout apporté, c'est l'ouverture du marché américain pour i2S, la possibilité de rentrer sur les grands chantiers prospectifs, comme ceux des bibliotèques numériques américaines où Kirtas est vu comme une PME américaine innovante, avec un track record sur l'opération Microsoft qui est tout à fait audible. Cet accès au marché américain, nous ne l'aurions jamais eu sans le rachat de Kirtas. 

Etant désormais "bi-national", quelle différence constatez-vous aujourd'hui entre l'Europe et les Etats-Unis dans l'approche relative à la numérisation des données et dans leur utilisation ?

Jean-Pierre Gérault : si on veut être schématique, on peut dire qu'en Europe, les chantiers sont menés par les grandes bibliotèques nationales, en France, en Norvège ou en Espagne par exemple. C'est très différent des Etats-Unis, où les grands acteurs du changement sont les bibliotèques universitaires, Stanford, Harvard, MIT, avec une optique totalement différente, qui est comment on partage un contenu numérique, pour le bien des étudiants et des professeurs. C'est une approche pédagogique du partage du savoir très différente. Si on veut faire une troisième différence, ce sont les pays émergents qui sont plus portés par la numérisation des archives, état civil, cadastre, qui représente pour eux une modernisation de leurs processus administratifs.


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La démarche américaine consistant à numériser et à partager le savoir est-elle un enjeux purement culturel ou également un enjeux de compétitivité ?

Jean-Pierre Gérault : c'est clairement vécu aux Etats-Unis comme un enjeux de compétitivité. On parle beaucoup d'ailleurs de la concurrence qu'il peut y avoir entre les bibliotèques et universités au niveau international. C'est clair que les américains se positionnent bien sur cette tranche là. Pour eux, les bibliothèques doivent apporter une contribution dans cette concurrence entre universités et c'est bien l'axe que sous-tend leur action. C'était déjà le cas quand elle ont démarré leur démarche de numérisation de livres avec Google en 2004... 

Vous lancez une nouvelle suite logicielle, Limb. C'est un lancement européen ou mondial ?

Jean-Pierre Gérault : oui, c'est un lancement mondial qui a eu lieu en deux étapes, une première fin avril en Europe suivie en ce mois de juin par l'Amérique du Nord et l'Amérique du  Sud. Limb est une suite de logiciels qui permet de passer de l'étape de la numérisation du contenu jusque à sa diffusion sur internet, en intégrant de façon extrèmement fluide tous les processus de traitement, qu'il s'agisse d'OCR, d'enrichissement via des metadonnées, avec une originalité : avoir en son coeur un moteur de recherches à facettes intégrant des modules sémantiques qui permettent une facilité de la requête, une plus grande pertinence et une plus grande rapidité.

C'est donc une solution destinée aux opérateurs qui numérisent et indexent les documents.

Jean-Pierre Gérault : tout à fait. C'est aussi bien destiné aux détenteurs de fonds, bibilotèques et archives, que pour les prestataires de service qui disposent d'un outil de traitement de l'image jusqu'à sa diffusion totalement fluidifié. 

Avec une diffusion sur internet au travers de votre technologie Yoolib...

Jean Pierre Gérault : nous disposons d'une bibliothèque numérique en ligne, elle aussi issue de Polinum, dotée d'un moteur de recherche Exalid, qui permet la recherche et la consultation de documents multimedia, texte, image, vidéo, musique.

Quand on parle numérisation de données, la grande question qui se pose concerne le modèle économique sous-tendant cette démarche, notamment au niveau des bibliothèques et des archives. 

Jean-Pierre Gérault : les modèles économiques ont du mal à émerger, mais n'oublions pas que la musique a mis 10 ans à se stabiliser sur internet, pour trouver ses nouvelles marques. On peut penser que l'écrit lui aussi trouvera ses marques progressivement, avec les problématiques de droits d'auteur. C'est une véritable révolution qui est en cours. Je ne suis pas inquiet sur ces modèles économiques car l'exigence économique et la contrainte des budgets, font que l'on demande désormais aux bibliotèques et archives de trouver des modèles de rémunération, notamment sous forme d'abonnement.

Quel rapprochement voyez vous entre la numérisation des données et le secteur de l'imprimerie. 

Jean-Pierre Gérault : ce rapprochement existe depuis longtemps au travers de la réimpression de livres, de fac-similé, mais on voit qu'il se cristallise de façon plus précise. Aujourd'hui, on numérise plus d'images, de photos, avec des possibilités d'applications extrèmement diverses, dans les fonds photographiques par exemple. La réimpression de fonds photographiques dispose de modèles économiques éprouvés. Ce rapprochement est certainement un facteur accélérateur de la numérisation du savoir. 

 

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