CtP (vol 4) - Un véritable outsider : le CtcP

Les effets de mode font que les débats tournent inlassablement - allez savoir pourquoi ? - autour des technologies argentiques, thermiques voire photopolymères (nos précédents volets). Il existe une quatrième voie : la gravure directe sur plaques offset conventionnelles (CtcP).

J’ai pu récemment avoir une longue discussion avec un imprimeur normand, Benoît Duquesne. Il dirige l’Imprimerie Tonnelier, à Condé-sur-Noireau dans le Calvados, et il vient de décider d’investir dans un CtP 8 poses UV-Setter fabriqué par un fournisseur allemand que vous connaissez peut-être : basysPrint. Benoît Duquesne accusera réception de son CtP – ou plutôt : de son CtcP - au début du mois de juin car, auparavant, sa machine aura été la vedette du stand basysPrint au prochain TPG, à Paris. Il est vrai que si environ 130 UV-Setter sont déjà en service dans le monde, c’est de la première installation française qu’il s’agira. Et cela mérite une certaine mise en valeur de l’événement.

Source lumineuse conventionnelle

Bien, mais jusqu’à présent rien de vraiment exceptionnel. La gravure directe de plaques CtP est devenu monnaie courante dans notre pays et qu’il s’agisse du premier basysPrint n’y changerait rien si la technologie utilisée n’était pas si radicalement différente des autres systèmes déjà en place. Dans le cas de basysPrint, cette technologie est, en effet, tout simplement celle de la copie sur plaques offset conventionnelles appliquée à l’imposition et à la gravure directe. D’où l’appellation de "Computer to Conventional Plates " ou CtcP. La source lumineuse adoptée par cette technologie est tout simplement ce bleu visible bien connu des utilisateurs de châssis, avec une longueur d’onde comprise entre 360 et 450 nanomètres.

Plaques conventionnelles plus économiques

En admettant que ce soit possible et surtout viable, n’est-ce pas une technologie un peu rétrograde, tout de même ? Benoît Duquesne m’a certifié que, avant d’arrêter son choix, il a véritablement battu le rappel et pris le temps de tester tous les CtP visiblement aptes à répondre à ses besoins. L’approche de basysPrint, sa relative discrétion si on compare son image à celle, plus tonitruante, des grands ténors de cette technologie, la certitude d’obtenir la qualité désirée et surtout le fait de pouvoir utiliser des plaques offset conventionnelles presque deux fois moins chères que les plaques CtP argentiques ou thermiques (35 francs le mètre carré au lieu de 65 francs environ) ont fait le reste. Le prix d’achat du système lui-même est très sensiblement équivalent à celui d’un CtP thermique mais, pour cette entreprise qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 65 millions de francs sur les marchés pharmaceutiques et cosmétiques, qui emploie 120 personnes et qui consomme 80 plaques/jour, l’économie prévue avec l’UV-Setter au poste " consommation de plaques " est de l’ordre du demi million de francs par an. Rien que ça !

Un fournisseur (plus) petit mais efficace

Faisons d’abord connaissance avec cette firme allemande, très peu connue – compte tenu que les magazines spécialisés s’évertuent à ne parler que des fournisseurs qui " savent " communiquer – mais que les plus perspicaces d’entre vous auront peut-être remarquée lors de la dernière Drupa. Il faut dire que basysPrint – qui s’écrit toujours avec un petit " b " - n’est pas de la taille de ses glorieux concurrents. Cette société de la région de Hambourg, qui aura 100 ans d’existence en 2014, emploie 80 personnes seulement à travers le monde. Son chiffre d’affaires est de 20 millions de DM environ, soit quelque 66 millions de francs. Son offre comporte, outre une petite gamme de CtcP que nous allons détailler, des systèmes d’épreuvages et de flux de production. Et cela marche : 70 % de ses ventes sont réalisées à l’export. Il est un fait que l’idée d’utiliser des plaques offset conventionnelles sur des systèmes de gravure direct n’a pas du tout fait recette chez les grands fournisseurs de l’imprimerie. Si bien que, aujourd’hui, basysPrint demeure le seul à proposer des solutions de ce type.

Système à plat manuel ou automatique

Au cœur du système : ce que basysPrint a baptisé le Digital Screen Imaging, ou DSI, et qui a été développé en partenariat avec Texas Instruments. Comment cela marche-t-il ?

Au coeur du système de gravure de plaques basysPrint : le Digital Screen Imaging (doc. basysPrint)

Sans trop entrer dans les détails, contentons-nous de voir la base du système : la source UV émet un rayon qu’elle dirige sur un composant appelé Digital Micromirror Device,ou DMD. Il s’agit d’un élément composé d’un million de miroirs microscopiques qui sont, en fait, autant de pixels ou de points. Chacun de ces micromiroirs est contrôlé électroniquement de telle façon qu’il peut refléter ou non, selon ce que le process exige, la source lumineuse. Il va donc créer, ou non, c’est selon, un point sur le support. Il faut également savoir que l’UV-Setter est un système à plat, entièrement manuel ou automatique, au choix, et qui s’utilise en lumière jaune. Quant à sa productivité, elle n’a rien de commun avec les systèmes thermiques ou argentiques puisqu’elle elle est directement liée à la surface à insoler. Moins cette surface est grande, plus rapide sera le process. L’UV-Setter utilise des plaques offset conventionnelles. Peu chères, elles présentent aussi l’avantage de ne pas devoir être cuites en cas de tirages longs. La grande majorité des plaques offset conventionnelles commercialisées aujourd’hui sont acceptées par le système. Négatives ou positives. Des exemples : les Agfa N61, N71, P 51, P61 et N81 ; les Fuji FNS-E,VNN et VPU ; les KPG Winner, Virage et Vitesse mais aussi des plaques que l’on ne trouve pas toujours en France ou qui sont liées à des procédés d’impression rares : Plurimetal, Toray (plaques waterless), Mitsubishi, Technova, Cityplate et IBF.

Un point de 10 microns

L’UV-Setter peut imposer un grand nombre de formats, depuis les plus petits jusqu’au format 820 x 1120 mm. Reste la qualité. Est-on certain d’obtenir une qualité suffisante sur un tel système ? Il semble que oui. Le point produit sur la plaque fait entre 10 et 28 microns, selon la résolution choisie, et les linéatures habituelles tout à fait compatibles. Par exemple : à 1500 dpi, avec une trame de 200 lpi et une échelle de 256 gris, le pixel a une taille de 17 microns.

L'UV-Setter 710 8 poses : c'est cet équipement que réceptionnera l'imprimerie Tonnellier en juin prochain (doc. basysPrint)

La gamme de systèmes UV-Setter est composé de quatre modèles. Du plus petit au plus grand : UV-Setter 57 (4 poses), UV-Setter 57-Z (4 poses presse), UV-Setter 710 (8 poses) et UV-Setter 1116 (16 poses). Je n’en dirai pas davantage. Pour compléter votre information, visitez le site de basysPrint. Il est très bien fait.

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