Loi anti-Amazon, une fausse bonne-idée pour sauver le livre papier ?

La loi votée à l'unanimité par les députés, rendant impossible le cumul de la remise de 5% sur le prix de vente d'un livre, avec la gratuité de ses frais de port pour la vente en ligne, ne lasse pas d'interroger sur son efficacité.

Aurélie Filippetti a-t-elle bien fait de proposer cette loi dite "loi anti-Amazon", qui in fine, empêchera le libraire en ligne de cumuler la gratuité des frais de port, avec le rabais de 5% autorisé sur la vente de livres ?

Rien n'est moins sûr car si ce texte déposé par l'UMP et amendé par le gouvernement a aussitôt été accueilli par des applaudissements par le Syndicat National de la Librairie française (SLF), il semble méconnaître la réalité de la situation actuelle et des attentes des consommateurs.

Qu'on le veuille ou non, 70% des ventes d'Amazon concernent des ventes de fond de catalogue, et non des nouveautés, l'apanage des libraires. En parallèle, des zones de chalandise entières ne disposent plus de librairies ou de points de presse, éloignant le livre de ses clients potentiels, une situation pour partie due... à la concurrence opérée par la vente en ligne.

Dans ce contexte, renchérir le prix du livre de 5% ou de ses frais de transport, poussera t-il des clients achetant par internet à aller en librairie, notamment ceux qui n'en ont pas à proximité de chez eux ?

La possibilité d'effectuer un rabais de 5% sur le prix d'un livre est-elle un réel encouragement à l'achat ?

La diffusion du livre papier est-elle vraiment freinée par Amazon ?  

Dans ce dossier, il semble que les élus aient adopté un texte qui passe à côté de l'essentiel, à savoir la concurrence déloyale d'Amazon menée aux libraires, pour des raisons fiscales. Du fait de son implantation au Luxembourg, le géant américain ne déclare en effet que 7% de son chiffre d'affaires réalisé en France...

En parallèle, Amazon qui s'est fait un champion de la "vente" de livres numériques, se garde bien de dire qu'il n'accorde que le droit pour se clients, de lire un fichier numérique, qu'ils ne possèdent pas, et que ses inextricables conditions générales de vente, lui permettent à tout moment de supprimer un "livre" payé par un client, de son Kindle...

Dans ce cadre, la députée EELV Isabelle Attard, a fait une proposition de loi pleine de bon sens. Elle consisterait à accorder à la réelle vente de fichiers numériques un taux de TVA réduit, mais affecterait aux systèmes fermés, type Amazon et Apple, une TVA à 19.6%, arguant du fait qu'il ne s'agit pas de vente, mais d'une simple prestation de service. 

Une situation qui rééquilibrerait la balance en faveur des libraires, du livre papier et des lecteurs, mais qui ne répond toutefois pas à une question que ces derniers doivent se poser : quelle valeur ajoutée apporter à ses clients, quand on dispose d'une surface de vente limitée, un bail commercial onéreux, surtout en centre ville, et que son principal concurrent, Amazon, se distingue par un accès 24h/24 et un catalogue gigantesque, pour un délai de livraison d'une semaine...

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