Caractère mis en vente !

Le magazine leader des arts graphiques fait partie d'une impressionnante "charrette" qui inclut toutes les activités de Vivendi dans la presse professionnelle, la presse gratuite et les salons. Jean-Marie Messier, qui nécessite du cash pour devenir le numéro deux mondial de l'édition éducative, les cédera au plus offrant.

Notre excellent confrère n'est certes pas isolé dans cette affaire : c'est, en effet, tout le groupe Tests, numéro un français de la presse informatique - et éditeur de Caractère -, et, au delà, la totalité de son pôle information professionnelle que Vivendi Universal Publishing (VUP), ex-groupe Havas, s'apprête à céder. Avec, en prime, sa presse gratuite et ses salons. En revanche, le pôle de presse générale et économique (groupes Expansion, Express et Etudiant), n'est pas concerné par cette vente. Néanmoins, la logique stratégique de Jean-Marie Messier (J2M) voudrait que ce pôle soit, à court terme, lui-aussi, mis sur le marché. Finalement, pour l'heure, le portefeuille que s'apprête à céder Vivendi avoisine plus du milliard d'euros de chiffre d'affaires. C'est plus ou moins ce que Jean-Marie Messier peut espérer tirer de cette vente. Cela dit, on imagine aisément, au delà des discours officiels, le désappointement des directeurs de divisions, des commerciaux ou des journalistes du groupe concernés à qui, de plus, la nouvelle a été communiquée au tout dernier moment.

Qui sera preneur ?

Compte tenu que Jean-Marie Messier veut envisager cette vente uniquement d'un seul bloc et non par appartements, les candidats potentiels à son rachat ne sont pas légion. Le nom de Berstelmann, c'est bien naturel, est le plus souvent cité. mais le géant allemand éprouve lui-même des problèmes avec ses activités éducatives qu'il s'apprête à restructurer. On évoque également Reed-Elsevier, Wolters-Kluwert et VNU. Reste que l'éditeur néerlandais VNU se trouve sur le point de céder Malmberg, sa branche dédiée aux ouvrages éducatifs. Autres mentionnés : l'américain Mc Graw Hill, IDG et même Lagardère. Le groupe Sud-Ouest, quant à lui, semble intéressé par la reprise des activités de VUP dans la presse gratuite. Prix de vente estimé : 350 millions d'euros. En fait, il semble que la procédure privilégiée consiste à vendre ces différents actifs à des investisseurs qui pourraient, eux, par la suite, réaliser, sans précipitation, des ventes par appartement.

Ce qui sera vendu

Les pôles presse professionnelle et presse gratuite que Vivendi Universal Publishing vient de décider de vendre quasiment aux enchères publiques regroupent à la fois des titres papier et des sites Internet connus voire renommés. La presse professionnelle de VUP comprend :

  • le groupe Tests (Caractère mais aussi 01 Informatique et la quasi totalité des titres informatiques PC du marché français tels que Micro Hebdo, L'Ordinateur individuel...);
  • Le Moniteur;
  • Industrie Service Info (éditeur de L'usine nouvelle);
  • LSA et France Agricole.

Dans ce pôle mis en vente, également, des sites Internet :

  • le portail informatique 01 Net mais aussi;
  • Build-expert (secteur de la construction);
  • Usipass (industrie) et
  • le portail agricole AgriOnline.

Le pôle presse gratuite est constitué de la Comareg, avec son site de petites annonces Bonjour.fr. Enfin, le groupe Exposium, organisateur de salons professionnels, dont TPG et Graphitec, fait partie du même programme de cession.

Les raisons

Pour quelles raisons, Jean-Marie Messier s'apprête-t-il à démanteler un ensemble cohérent de sociétés et de titres fortement implantés sur leurs secteurs respectifs, réputés bons supports de publicité et de petites annonces et que ses prédécesseurs, notamment au travers de CEP-Communication, avaient patiemment assemblé ? Il s'agit d'un changement de stratégie globale. "J2M tourne le dos à l'épicerie pour lui préférer la grande surface" schématisait mardi soir un analyste à Paris. Une appréciation sans doute abrupte mais certainement pas inexacte. Plus immédiatement, Vivendi Universal Publishing, qui réalise déjà la moitié de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis, doit financer une OPA sur l'éditeur américain Houghton Mifflin. L'opération lui coûtera 2,2 milliards de dollars (2,5 milliards d'euros environ) en cash, reprise de dettes comprise. Cela fait, Jean-Marie Messier pourra alors revendiquer la place de numéro deux mondial de l'édition éducative derrière le groupe britannique Pearson. Ce dernier réalise un chiffre d'affaires de 2,8 millions de dollars. Plus loin dans la stratégie de Jean-Marie Messier, il s'agit de déplacer le centre de gravité du groupe VUP des secteurs à marchés étroits et les moins rentables, où il se trouverait, à d'autres beaucoup plus ouverts et prometteurs. Dont les télécommunications et, en matière de presse et d'édition, l'éducation dont le "réservoir" est autrement plus prometteur que celui, plus mature, cultivé par les titres professionnels. Aucune surprise, par conséquent, à ce que Jean-Marie Messier revienne très clairement à une stratégie très terre à terre et qui consiste à conserver des titres sur support papier ou en ligne pourvu qu'ils s'adressent au public le plus large possible. En un mot; pourvu qu'ils soient leaders sur des horizons totalement ouverts et multinationaux. Ce que ne peut valablement lui offrir son pôle professionnel qui, bien que maîtrisant ses marchés, dispose d'une marge de manoeuvre nationale, donc étroite et très limitée.

Le marché de l'éducation

Vivendi Universal Publishing va donc désormais se recentrer sur trois marchés jugés porteurs : les jeux, la santé et l'éducation. Ce dernier aiguise véritablement l'appétit et l'excitation de Jean-Marie Messier. D'autant que la structure de VUP s'y prête. Vivendi Universal Publishing arrive sur le marché américain avec le titre de premier éditeur d'ouvrages scolaires en langues française et espagnole. Il possède Bordas, Nathan et Retz en France, Amaya en Espagne, Atica et Scipione au Brésil et Aique en Argentine. A ces familles de produits, il faut ajouter les collections pour la jeunesse, la formation pour adultes (Nathan, Armand Colin) et les dictionnaires et encyclopédies (Le Robert, Harrap & Chambers, Larousse multimédia). VUP édite également le site Education.com qui se veut "de référence". Pour en assurer le lancement, Jean-Marie Messier avait investi 25 millions de dollars. Compte tenu du potentiel que représente la diffusion de données d'éducation sous forme numérique, le site est dit prometteur. Néanmoins, Education.com n'équilibrera pas ses comptes avant plusieurs années. Ainsi structurée et composée, la branche Education s'imposait déjà, avant rachat de Houghton Mifflin, comme la deuxième activité de VUP avec un chiffre d'affaires de 981 millions d'euros. L'acquisition de l'éditeur américain permettra au groupe de Jean-Marie Messier de doubler ces revenus et d'acquérir une taille de challenger. La bataille avec le britannique Pearson (2,8 milliards de CA) pourra alors commencer pour lui arracher le leadership mondial.

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