Imprimerie : bien gérer la mise en route d'une nouvelle machine

Abandonner en peu de temps un type de machine pour en adopter un nouveau pose de vrais problèmes à l'organisation et à la productivité de l'entreprise. Les solutions existent pourtant. Aujourd'hui, l'exemple de l'imprimerie Rosay-Busson avec Pascal Jarry (en médaillon).

L'imprimerie Rosay-Busson est située à La Plaine-Saint-Denis, à l'ombre du Stade de France. Autant dire que l'on a l'esprit sportif dans cette entreprise que dirige Jean-Raoul Rosay - le président du Sicogif et membre d'Imprimerie-OnLine - et qui a pris le temps de mesurer les risques et de s'y préparer. Le groupe Rosay-Busson réalise 100 millions de francs de chiffre d'affaires avec près de 100 personnes. Le cas Rosay-Busson Jean-Raoul Rosay a récemment entrepris d'uniformiser son parc machines avec des presses au format 70x102 et de rechercher, notamment dans le cadre de l'application de la loi sur l'aménagement et la réduction du travail, un matériel aussi productif que possible. Aujourd'hui, les décisions ont été prises et l'entreprise se trouve impliquée, en ce moment même, dans un processus de mise en place des matériels commandés, processus qui a débuté voici trois mois. A la fin de l'année, au plus tard au début de la prochaine, Rosay-Busson aura réceptionné et mis en service quatre nouvelles presses offset Mitsubishi de dernière génération. Un investissement de plus de 30 millions si l'on compte également l'acquisition d'un CtP, investissement "accompagnateur" logique dans ce cas de figure. Ainsi, en moins d'un an, le renouvellement aura été total puisque que les nouvelles presses - un matériel très performant - ne se contentent pas d'ajouter à la productivité de l'entreprise. Elles viennent se substituer totalement à un parc de cinq machines au bord de l'obsolescence : trois Akiyama en 70x102 et deux Miller en 65x98 et en 52x72.


La première des quatres presses Mitsubishi commandées par Rosay-Busson : aucun droit à l'erreur !
La première Mitsubishi, une 5 couleurs, a été livrée en mai dernier. En ce moment même, Rosay-Busson réceptionne la seconde, une 5 couleurs à retiration. Les deux plus productives - 16 000 tours/mn contre, tout de même, 15 000 tours aux deux premières - arriveront à La Plaine-Saint Denis respectivement, en octobre et en décembre prochains. Ces sont deux Diamond 5 couleurs, la première à retiration et la seconde avec groupe vernis acrylique en ligne. Envisager plusieurs scénarios... C'était impératif : l'irruption de ces quatre très beaux équipements dans l'entreprise ne devait poser aucun problème susceptible de perturber la production. Rosay-Busson a adopté le travail en trois équipes pour tout son atelier. De plus, il est le grand spécialiste des affiches de presse - nous y reviendrons un jour prochain - et compte, dans ses donneurs d'ordres, beaucoup de clients prestigieux de la pharmacie, de la parfumerie et des cosmétiques, du luxe, de la banque et de la presse. Des clients qu'il était interdit de moins bien servir ne serait-ce que quelques fois... Une gestion du risque s'imposait. Comment ? "D’abord par une réflexion préalable dès la signature de la commande à Mitsubishi" répond Pascal Jarry, bras droit de Jean-Raoul Rosay. "Environ six mois avant l'arrivée de la première machine, nous avions déjà envisagé plusieurs scénarios possibles. Ces scénarios, nous les avons ensuite éliminés au fur et à mesure que nous avancions dans le temps. Pour, en fait, arriver à la solution à laquelle nous n’avions pas immédiatement pensé et qui s’est avérée être la meilleure". ... en impliquant le personnel Dès l'origine de la procédure, le personnel a été impliqué dans la démarche, principalement par le biais du comité d'entreprise. Le meilleur moyen de ne pas se créer de freins inutiles et d'accélérer, au contraire, l'adhésion de tous au projet.


Le personnel doit participer activement au projet
Finalement, à quelques semaines de la réception de la première machine, deux scénarios se trouvaient en concurrence, étant établi que la presse à remplacer devait être définitivement arrêtée pendant l'installation de la nouvelle, soit cinq semaines complètes, démontage, montage et mise en route compris. Travailler le samedi et le dimanche ? Le premier scénario consistait à pallier le manque à produire en répartissant la charge de travail sur les autres machines du parc tous les jours, y compris le samedi ET le dimanche. "Sur le plan industriel, c'est une bonne solution" convient Pascal Jarry. "Cependant, elle implique des démarches administratives spéciales. Finalement, avec l'accord du CE, nous avons préféré la seconde hypothèse : cinq samedis de travail en plus pour tous les ateliers de l’usine, y compris le façonnage". Et cela a apparemment bien fonctionné. "Nous avons pu faire face au manque dû à l’arrêt de l'ancienne machine et nous avons perdu en tout et pour tout moins de 35 heures de production sur ces cinq semaines alors que nous avions raisonnablement prévu une perte de 50 heures !" Depuis, la deuxième machine a été livrée. Elle est actuellement en cours d'installation, dans des conditions identiques et selon le même processus organisationnel. Chacun avoue appréhender cette deuxième phase plus calmement encore. Les marques sont prises, y compris, pour les installateurs de Mitsubishi. Le CtP ? Le prévoir avant ! A la faveur du même flux d'investissements, Jean-Raoul Rosay avait commandé un CtP FlatRite 8000 à Screen. Son intégration en a fait un élément du processus général d'organisation. "Nous avons estimé qu'il serait plus judicieux d'avoir réussi l'implantation de la gravure directe dans l'entreprise avant de penser mettre en route une presse" confie Pascal Jarry. "Grâce au CtP, nous allons gagner 20 % de production sur les machines parce que les plaques produites sur CtP participent à de meilleurs calages". Finalement, le CtP, arrivé le 19 mars et opérationnel avant l'arrivée de la nouvelle presse, a été un élément important du succès de toute l'opération. Sa productivité a été telle qu'il n'a pas été utile d'instaurer trois équipes de travail dans les ateliers, pendant les cinq semaines d'intervalles, mais seulement deux. L'ouverture le dimanche ne s'imposait vraiment plus. Informer les clients Est-ce vraiment utile de mettre ses clients dans la confidence lorsqu'une telle opération s'apprête à être déclenchée chez un de leurs prestataires ? Ou faut-il se montrer discret ? "Ils n'ignorent pas que de telles procédures sont rarement faciles à gérer" commente Pascal Jarry. "Nous les avions tenus au courant, bien entendu, et leur réaction a été très positive. Ils ont été agréablement surpris de constater que le fait de rentrer une machine ne changeait rien au bon fonctionnement de l’entreprise". Le coût Il s'agit essentiellement de salaires versés au personnel. Les taux horaires pratiqués ont, très logiquement, été calculés sur la base d'heures supplémentaires. Soit, pour les cinq samedis concernés et pour ce poste, un surcoût global de 300 KF. Le simple fait d'ouvrir l'usine le samedi revenait à 60 KF.
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