L’imprimerie française en 2001 (vol.2) : les marchés s’infléchissent

Dans un clin d’oeil - complet - à l’année écoulée, Gilles Gautier (en médaillon), responsable économique de la Ficg, insiste sur le fait que si la conjoncture se montre toujours favorable à la filière graphique, elle est insuffisante pour que l’activité générée profite à tous ses acteurs.

L’année qui s’achèvera dans moins de trois mois, aura singulièrement manqué de consistance. Elle s’est contentée, pourrait-on dire, de prolonger la précédente, sous les effets des aléas de la nouvelle économie, des chutes boursières à répétition et de la rupture, très importante et non prévue, du marché publicitaire. Il faut bien réaliser que, cette année, la croissance de ce dernier marché, habituellement voisine de + 5 %, sera vraisemblablement négative ! Le volume d’affaires, c’est constaté de toutes parts, est insuffisant. Notamment pour un parc de rotatives qui a vu ses capacités de production augmenter de 40 % en cinq ans ! Quant à la filière, en général, elle ne peut que déplorer son manque de tonus avec une progression de seulement 1,5 % au premier trimestre, comparé aux trois premiers mois de 2000. Le second est meilleur - + 2,4 % - qu’un an auparavant. Il cache mal, cependant, une baisse en volumes (653 KT produites au deuxième trimestre contre 658 KT au premier). Le marché est en régression. Ses cinq segments - continu, publicité, VPC, presse magazine et livres - ont totalisé 1,311 million de tonnes entre le 1er janvier et le 30 juin derniers. C’est davantage que le 1,285 million de tonnes du premier semestre 2000 uniquement grâce à la presse magazine (554 KT au lieu de 509) et à l’édition (116 au lieu de 111). Néanmoins, le rythme s’essoufle. La croissance était de 4 % sur l’année 2000. Au premier semestre 20001, elle est de 2 % seulement. Cette évolution est à présent quantifiable grâce à un nouvel outil de mesure de la conjoncture mis au point par la Ficg et le ministère de l’Industrie. Les données obtenues sont d’une très grande crédibilité compte tenu que l’échantillonnage est riche de 150 entreprises, lesquelles représentent elles-mêmes 80 % du volume imprimé produit en France. C’est comme si une grosse unité du secteur avait fermé ses portes pendant un an ! Une production de 3,319 millions de tonnes en 1999 (+ 5,9 %), puis de 3,314 en 2000 (+ 3,6 %) et, enfin, selon les estimations, de 3,380 cette année (+ 2,0 %) : un fait est certain, l’inflexion attendue dans la production d’imprimés est là. “Nous savions qu’elle arriverait” commente Gilles Gautier, “nous l’attendions mais elle s’est produite plus tôt que prévu ! En niveau, la croissance des volumes a été de 115 000 tonnes au lieu de 180 000 tonnes un an auparavant. C’est comme si une grosse unité du secteur avait fermé ses portes pendant un an !”. Des rotativistes trop franco/français Et cela s’explique. En 2000, les gros volumes voient leur valorisation fondre. Autrement dit, ceux qui font la croissance de la filière sont, eux-mêmes, en perte de vitesse. Tandis que les imprimés commerciaux administratifs progressent en volume de près de 12 %, le continu régresse de près de 7 %. Avec des chutes records dans les calendriers, reproductions et cartes postales (- 25,7 %), les annuaires (- 8,0 %) et, dans une certaine mesure, les catalogues de VPC (- 4,2 %). C’est dire combien la question qui se pose aux rotativistes français est d’importance. Elle se pose en termes de prix et de surcapacité. A moins que l’attitude franco-française largement adoptée par notre branche industrielle ne suffise à obérer, à elle-seule, les résultats. L’étude que la Ficg a entreprise avec le ministère de l’Industrie, et qui porte sur l’évolution du marché des rotatives, apportera sans doute bientôt des réponses. La valeur s'érode L’une des grandes caractéristiques de l’époque examinée réside également dans la (relative) paupérisation de l’activité. Le marché est bel et bien en (modeste) expansion, mais la valeur s’érode. Les comparaisons sont parlantes : de 1994 à 2000, alors que le produit intérieur brut (PIB) croît de 3 %, que le volume d’imprimés produits en France augmente de 4,2 % au cours de la même période, le chiffre d’affaires qu’ils procurent aux professionnels français de l’imprimé n’augmente que de 1 %. Rapporté à l’année, ce taux passe même en dessous de cette barre. La conclusion est simple à tirer : la conjoncture a beau être favorable à l’activité de la filière, elle s’avère d’ores et déjà insuffisante pour que puisse se faire la nécessaire redistribution des richesses produites et pour pérenniser bon nombre d’entreprises.

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