La situation de l'Imprimerie Nationale française discutée au Sénat

Le 25 Mars dernier, Marie-Claude BEAUDEAU, sénatrice du Val d'Oise (en médaillon), a posé une question orale au ministre délégué à l'industrie, concernant la situation très préoccupante de l'imprimerie publique française.

GraphiLine vous restranscrit in extenso, le texte de la question et la réponse de M. Loos. Mme Marie-Claude BEAUDEAU. – Depuis plus de trois cent cinquante ans, l'Imprimerie nationale est un pôle d'excellence au service de la Nation. Conservatoire unique au monde de l'imprimerie traditionnelle, elle est aussi une entreprise nationale moderne et performante, deuxième de la filière graphique du pays, disposant de la maîtrise des technologies les plus modernes et de salariés hautement qualifiés. Aujourd'hui, pourtant, on peut sérieusement s'inquiéter pour sa pérennité. Un plan social concernant 300 salariés serait en préparation. Ces menaces résultent des choix de gestion qui ne datent pas de l'arrivée de votre gouvernement, mais que vous aggravez aujourd'hui. Nous sommes devant la perspective d'un démantèlement et d'une privatisation par compartiments. France Télécom a annoncé qu'il retirerait la plus grande partie du marché de l'annuaire à l'Imprimerie nationale pour le confier à des entreprises étrangères espagnole et américaine, dont le groupe Donneley. Cette décision, qui amputerait le chiffre d'affaires de l'Imprimerie nationale de 30 % d'ici 2005, est irresponsable, quand l'État demeure l'actionnaire majoritaire de France Télécom, qui siège au conseil d'administration de l'Imprimerie nationale. Cette logique de déclin tient aussi aux choix des ministères, y compris le vôtre, de confier toujours plus leurs commandes d'impression au secteur marchand. C'est même le cas pour les sujets qui nécessitent pourtant son savoir-faire en matière de confidentialité ! Ces coupes dans le carnet de commande, en plus des pratiques de mauvais payeur de l'État – est-il vrai que les ministères doivent plus de cinquante millions d'euros à l'Imprimerie nationale ? – entraînent les déficits au nom desquels on restructure ! L'usine de Douai serait frappée de plein fouet par la fin de l'impression de l'annuaire. Cent emplois seraient menacés à court terme, comme l'a dénoncé notre collègue député M. Hage. Pour l'usine de Bondoufle, dans l'Essonne, la direction a décidé un regroupement avec la filiale Istra, située à Strasbourg, dans un centre de profit unique, préfiguration, d'une filialisation de l'ensemble, en vue de sa privatisation. Les murs de l'usine sont déjà vendus. À quoi ont servi les produits de cette vente et de celle de l'annexe de l'usine de Paris ? La direction prévoit la vente et la fermeture de l'usine et du siège historiques situés à Paris. N'a-t-elle pas confié à la banque privée néerlandaise I.N.G. et à la filiale de Bouygues, S.A.R.I., l'étude de la valorisation des terrains situés dans une zone de très forte spécialisation immobilière ? La direction justifie cette opération par le besoin de liquidités mais aussi par la trop grande taille des locaux, ce qui après de la fermeture de l'annexe Ménard, reflète bien une stratégie du déclin. Je me souviens que c'était le manque de surface pour de nouvelles machines qui avait servi de prétexte à une précédente tentative de délocalisation ! La direction affirme étudier deux pistes pour l'avenir des activités industrielles de Paris : soit leur répartition entre Bondoufle et Douai, soit une délocalisation, d'abord évoquée à Bobigny maintenant à l'étude à Choisy-le-Roi dans le Val- de-Marne. On y trouverait une partie des activités industrielles, deux cents emplois ouvriers et un musée de l'imprimerie traditionnelle. Le démantèlement du site de Paris ne prélude-t-il pas à celui du groupe tout entier ? Deux cents des cinq cents ouvriers seraient concernés par un plan social, les départs en retraite ne sont plus remplacés, des services ont été fermés ou le seront bientôt, comme l'impression des enveloppes, désormais sous-traitée au privé. Monsieur le Ministre, quelles sont les intentions exactes du gouvernement vis-à-vis de l'Imprimerie nationale ? M. LOOS, ministre délégué. – La loi du 31 décembre 1993 institue, au profit de l'Imprimerie nationale, un monopole légal pour l'impression des documents de sécurité, notamment des titres de sécurité. Il ne représente néanmoins qu'une faible part des activités de l'Imprimerie, qui réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires dans des domaines ouverts à la concurrence et donc soumis au droit commun. Les industries graphiques appartiennent à un secteur fortement concurrentiel, qui exige une adaptation constante. C'est dans ce contexte difficile, et pour faire face à la réduction progressive de la charge industrielle liée à la perte du marché de l'annuaire à l'horizon 2005, que l'Imprimerie nationale réfléchit, en pleine concertation avec ses salariés, à l'évolution de ses métiers et de son organisation commerciale et industrielle. Le constat a été fait de l'inadéquation du site de Paris, qui réunit le siège de la société et un centre de production. Or, cet élément du patrimoine de la société est susceptible de fournir des moyens supplémentaires pour le développement de celle- ci. Le redéploiement des activités industrielles ne signifie nullement leur arrêt, mais s'inscrit dans la nécessaire optimisation de l'organisation. La délocalisation à Choisy-le-Roi constitue à ce jour une des options à l'étude. Soucieux de préserver le patrimoine typographique dont l'Imprimerie nationale est le dépositaire, j'ai donné toutes les instructions pour assurer sa conservation. D'ores et déjà, un plan de formation est à l'étude, avec l'aide du ministère de la Culture, pour transmettre le savoir-faire des ouvriers typographes. La société doit également être en mesure de nouer des partenariats dans certains de ses métiers. L'État reste soucieux de l'avenir de la société et confiant dans sa capacité à mener son redressement. Mme Marie-Claude BEAUDEAU. – Cette réponse est à la fois limitée, imprécise et dangereuse. Nos interrogations demeurent sur les voies et moyens de défendre ce précieux patrimoine. S'agissant des travaux retirés à l'Imprimerie nationale, est-il normal que ce soient les salariés de cette entreprise qui supportent les conséquences de la gestion désastreuse de France Télécom depuis l'ouverture de son capital ? Est-il normal que les retraités doivent se charger, bénévolement, d'une partie des missions traditionnelles ? Il faut rendre à l'Imprimerie nationale ses marchés publics naturels, y compris les annuaires, à moins que vous n'ayez déjà en tête de privatiser les pages jaunes. Il faut développer des activités qui échappent à la loi du marché et répondent à de vrais besoins – comme l'impression des manuels scolaires. Supprimer le site de Paris reviendrait à démanteler le groupe.

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