Exclusif : pour Bernhard Schreier, président d'Heidelberg, "La France reste l'une de nos priorités"

C'est ce que nous a déclaré le président du leader mondial des solutions dédiées au secteur de l'imprimerie lors d'une interview exclusive donnée à notre magazine.

Suite au récent départ surprise de Thomas Doliwa de la présidence d'Heidelberg France, le marché français est-il toujours une priorité pour Heidelberg ? En particulier si l'on se réfère aux croissances enregistrées sur des zones comme la Chine, l'Inde ou l'Europe Centrale et Orientale ?

La France est notre sixième marché en termes de chiffre d'affaires. Et elle le restera sans doute encore longtemps. C'est dire qu'elle est et reste l'une de nos priorités. Nous y avons rencontré des difficultés. Nous les réglons actuellement.

Ces dernières années, Heidelberg France a beaucoup insisté, avec succès, sur l'établissement de nouvelles relations avec ses clients. Notamment avec le programme Heidelberg Community, avec la démarche PrintBuyers et la régionalisation de la force de vente. Que diriez-vous aux imprimeurs français pour les rassurer aujourd'hui, quant à d'éventuelles nouvelles réorganisations de la filiale française ?

La meilleure preuve de notre implication dans la relation clients, c'est le fait que nous allons continuer à développer ce qui a été mis en place à ce niveau. Le service de fidélisation de clientèle Heidelberg Community va ainsi s'étendre à d'autres pays. Notre approche marketing vers les donneurs d'ordres continuera. Nous allons notamment réaliser une nouvelle brochure à leur attention, qui mettra en avant les différentes possibilités que peuvent leur offrir les imprimeurs équipés de nos solutions. Plus que jamais, les imprimeurs peuvent compter sur notre présence et notre engagement quotidien à leurs côtés.

La force de vente sera-t-elle touchée par une éventuelle restructuration ?

A priori, je ne le crois pas. Notre priorité numéro 1 est la présence terrain, à savoir le contact et le service client.

Dans les colonnes de l'un de nos confrères britanniques, vous avez déclaré qu'Heidelberg devait devenir "a single source supplier". En bref, que la société serait amenée à développer la commercialisation de produits qu'elle ne fabrique pas. Est-ce à dire qu'à terme, Heidelberg pourrait devenir une entreprise sans usines. A l'instar d'Alcatel ou de Philips ?

Sur notre coeur de métier, à savoir les presses offset feuille, je crois que non. L'une des forces d'Heidelberg sur ce marché réside dans son avance technologique et la parfaite maîtrise de ses process industriels. Externaliser ces opérations, reviendrait à perdre ce know-how. C'est impensable. En revanche, il est clair que partout où l'on croit que d'autres peuvent mieux faire que nous, le numérique et la rotative par exemple, il nous revient de nouer des partenariats gagnants-gagnants qui nous permettent de répondre au mieux aux attentes des imprimeurs.

Depuis quelques semaines, l'euro s'apprécie fortement vis à vis du dollar. Contrairement à ce qu'annonce régulièrement la Réserve Fédérale, il semble que les Etats-Unis aient choisi la stratégie du dumping monétaire pour conforter leur croissance. Quelles conséquences anticipez-vous pour Heidelberg ? Des délocalisations de production en perspective ?

Les trois leaders du marché, Heidelberg, Man-Roland et KBA sont dans la même situation, dans le même bateau. Nous sommes tous les trois confrontés à cette hausse artificielle de nos coûts de fabrication. Les japonnais également dans une moindre mesure. Je ne pense donc pas que cette hausse aura beaucoup de conséquences pour nous. Quant à délocaliser notre productions notamment en Chine, cela ne me semble pas réaliste. L'une des étapes les plus délicates de la fabrication d'une presse d'imprimerie consiste dans son assemblage. De cette opération dépend la qualité finale du produit. Réussir à transférer ce type de savoir-faire nous reviendrait beaucoup plus cher à faire que de continuer à produire en Europe.

En Mai prochain s'ouvre la Drupa à Düsseldorf. Comment y sera représenté Heidelberg ?

Notre présence sera forte sur la Drupa. Nous y disposerons des Hall 1 et 2 et présenterons l'intégralité de nos solutions, en exploitation. Des presses numériques, des presses offset feuille, une rotative 16 pages, du façonnage, le tout organisé autour de notre flux Prinect.

Quelle vision avez vous de votre société à 5 ans ?

D'ici 5 ans, je souhaiterais qu'Heidelberg soit une entreprise plus forte qu'aujourd'hui, qui ait su tisser de nombreux partenariats avec des industriels complémentaires, afin de pouvoir répondre à l'ensemble des besoins des imprimeurs. Une entreprise encore plus présente sur le terrain, dont les commerciaux soient toujours d'excellents techniciens mais également des consultants reconnus pour leur capacité à élaborer, avec nos clients, des solutions complètes, complexes et répondant au mieux à leurs attentes.

Selon vous, quelles sont les priorités qui doivent être celles de l'imprimeur aujourd'hui ?

J'en vois deux majeures. Tout d'abord, une totale automatisation des process de production, de la réception de la commande au façonnage, afin de gagner en productivité et réduire ses coûts. Ensuite, une spécialisation forte sur un segment de marché afin d'y disposer d'une expertise complète et d'une valeur ajoutée incontournable. Je ne crois pas qu'il y ait aujourd'hui dans l'imprimerie de l'avenir à vouloir tout faire. L'avenir, c'est la spécialistation.

Plus d'articles sur les chaînes :

Réagir à cet article :
Ajouter un commentaire...