Interview : Loïc de la Cochetière, président de l'Imprimerie Nationale française

Lors d'un entretien exclusif à GraphiLine, le président de l'Imprimerie Nationale française annonce la mise en vente officielle de deux unités du groupe et fait le point sur le plan de restructuration en cours.

Antoine Gaillard : Le 8 Juillet dernier, vous avez présenté votre plan de sauvetage de l'IN aux organisations syndicales de l'entreprise. Pouvez-vous nous en rappeler les grandes lignes ?

Loïc Lenoir de la Cochetière : Ce plan de sauvetage, rendu indispensable par la situation très déficitaire de l'entreprise, prévoit la sortie de l'IN d’un certain nombre de marchés et notamment de celui de la rotative offset. En parallèle, l'IN recentre son activité sur son coeur de métier, à savoir les imprimés sécurisés fiduciaires (documents d’identité, documents de voyages, passeports-visas, documents de légitimation –permis de conduire…) et l’impression en Continu/éditique.

En termes d'unités de production, hormis Choisy le Roi (94), en cours de construction, l’IN ne conservera que l’Usine de Douai où seront d’ailleurs rassemblées l’ensemble des productions fiduciaires

AG - Cela signifie donc que les usines d'Evry et de Strasbourg sont à vendre

Effectivement, ces deux usines sont en vente. Cette session, était incontournable, l'IN n'ayant pas vocation à continuer à perdre de l’argent sur un marché concurrentiel de ce type. D’ailleurs, tant la FICG, que le SICOGIF et INTERGRAF (la fédération internationale) ont été informés de nos intentions, et depuis le mois de Juillet, des contacts ont été pris

Parallèlement, chacune des deux entités, Evry et Istra, dispose d’atouts.

Avec 165 salariés, Evry met en oeuvre 3 rotatives 64 pages (une KBA et bientôt deux M4000 Heidelberg dont une en provenance de Douai) et deux 16 pages. L'usine est spécialisée dans les annuaires et les imprimés à forte pagination.

Quant à Istra, à Strasbourg, c'est un acteur déjà ancien sur le marché du catalogue et du mensuel de qualité, avec ses trois 48 pages Man et ses deux 16 pages Rotoman.

AG - Sous quel délai ces sessions devraient-elles intervenir ?

Sans doute d'ici le premier trimestre 2005.

AG - Pouvez-vous déjà dévoiler le nom de groupes intéressés par ces usines ?

Vous imaginez bien qu'à ce stade des négociations, c'est impossible. Je peux toutefois vous révéler qu'il ne s'agit pour l’instant que de groupes déjà installés en France.

AG - Une pétition circule actuellement quant au devenir du patrimoine de l'IN. Lors des dernières journées du Patrimoine, l'atelier des Estampes a d'ailleurs connu une affluence majeure, démontrant l'intérêt qu'il suscite. Que pouvez vous dire actuellement aux professionnels du secteur pour les rassurer à ce sujet ?

Près de 4700 personnes sont en effet venues découvrir cette activité de l'IN. Ce qui illustre, s'il le fallait, la reconnaissance à la fois de sa place incontournable dans le domaine du patrimoine industriel, et de son rôle dans le développement de la connaissance par le Livre.

La gravure de poinçons, la typographie, la lithographie, la taille douce et la phototypie emploient encore 15 personnes rue de la Convention.

A terme, non seulement ce savoir faire ne peut disparaître, non seulement ce patrimoine ne peut être dispersé, mais plus encore, il doit être considérabement mis en valeur et rendu accessible enfin au Grand Public. Une structure juridique particulière devrait donc sous peu l’accueillir, au tour de table de laquelle outre l’Imprimerie Nationale l’on devrait trouver le Ministère de la Culture, celui de l’Education Nationale ainsi que d’autres acteurs majeurs sur le sujet. Je ne vous cache pas que je recherche activement des locaux dans Paris pour l’y installer.

AG - Quelle est votre vision de l'IN à 5 ans ?

A cet horizon, l'Imprimerie Nationale devrait compter entre 450 et 550 salariés, réaliser un chiffre d'affaires d'environ 100 millions d'euros et générer des profits. L'entreprise sera également très présente à l'export.

AG - Avez-vous un exemple d'entreprise auquel vous souhaiteriez que l'IN ressemble à ce terme ?

Chaque entreprise est unique, de par son histoire, sa culture et ses compétences et il est difficile de vouloir calquer un modèle sur un autre.

En outre, nul n’est certain de bien connaître ses éventuelles références.

Néanmoins, si votre question revenait à me demander à quelle réussite industrielle je souhaiterais conduire l'IN, je vous répondrais probablement SETEC, l’imprimerie nationale finlandaise : une entreprise high-tech, reconnue à l'export et considérablement recentrée sur les produits à très forte valeur ajoutée.

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