Interview de René Anélot sur l’accord national portant sur la formation professionnelle tout au long de la vie

Le président de la Commission Paritaire Nationale présente l'accord signé et répond aux remarques faites à son sujet par le GMI et publié dans nos colonnes.

Antoine Gaillard - M. René ANELOT vous êtes président de la Commission paritaire depuis septembre 1996. Pouvez-vous nous expliquer la portée de cet accord ?

René Anélot - Animer une commission paritaire est une responsabilité importante dans la mesure où les accords signés avec les partenaires sociaux s’imposent à tous une fois qu’ils ont été étendus. Ainsi en a-t-il été de tous les accords paritaires que nous avons signés depuis de longues années, tels l’accord portant sur la classification des emplois, l’accord portant sur le capital temps de formation, l’accord portant sur le régime prévoyance de la CARPILIG, les accords sur les minima salariaux… Le rôle de la branche est donc déterminant pour les petites entreprises qui n’ont pas de structure interne pour négocier des accords et qui attendent de la Commission paritaire un cadrage suffisamment précis pour pouvoir le mettre en application au quotidien. S’il est un domaine consensuel, c’est bien celui de la formation. Aucun développement économique ne peut se concevoir sans un élargissement des compétences et une polyvalence accrue que nous vivons tous les jours dans nos entreprises pressées de toutes parts par une production au plus juste qui désorganise nos petites structures. C’est dans ce contexte qu’a été signé, le 12 octobre dernier, l’accord national sur la formation professionnelle tout au long de la vie.

A la tête d’une entreprise de 20 salariés, je suis confronté, comme l’ensemble de mes confrères, à une mutation technologique importante qui en quelques années a modifié nos pratiques, engendré des recoupements de fonctions et une réorganisation qui, si elle n’avait été faite, aurait exposé mon entreprise à de graves difficultés. Mais cette révolution n’aurait pu être menée à bien sans la cohésion d’une équipe et l’implication des salariés de mon entreprise qui se sentent responsables de la pérennité de leur emploi. Pour cela, il ne suffit pas d’appliquer un mode d’emploi livré avec les outils, si perfectionnés soient-ils, mais il faut être doté d’un socle de compétences seul apte à faire face à toutes les situations et tous les aléas de la production. Qui aurait pu penser, il y a quelques années, que le CTP s’imposerait y compris dans les petites entreprises avec les conséquences que le flux numérique commence à avoir sur certains emplois ? Qui aurait pu penser que la finition deviendrait si déterminante de notre valeur ajoutée ? Qui aurait pu parier sur l’interpénétration des outils entre imprimeurs et clients qui fait qu’aujourd’hui nous recevons tout et n’importe quoi en terme de fichiers et que nous devons contrôler systématiquement les éléments que nous avons à transformer ? C’est à partir de ce constat qui relève plus d’une révolution des pratiques que d’une mutation lente que nous avons voulu construire l’accord national sur la formation professionnelle qui a été signé par l’ensemble des organisations syndicales de salariés et par l’immense majorité des organisations patronales représentant 9/10e du tissu économique de la branche.

AG - Pouvez-vous nous en dire plus sur cet accord afin de mesurer comment il va s’appliquer dans les entreprises et comment les salariés pourront en bénéficier ?

René Anélot - En premier lieu, il me faut vous rappeler que rien ne serait possible sans l’outil essentiel qu’est l’OPCA-CGM et son réseau de chargés de mission. Ceux-ci nous aident en effet quotidiennement dans la construction et le financement de nos actions de formation dont les petites entreprises ont pu bénéficier ces dernières années. J’y ai moi-même pris une large part lorsque j’ai assumé le mandat de président de l’OPCA-CGM en insistant pour que les prises en charge au profit des entreprises comptant moins de 10 salariés soient particulièrement souples et se traduisent par un retour sur investissement exemplaire. En effet, alors que la contribution moyenne au plan de formation des entreprises de moins de 10 salariés est de 306 euros, la prise en charge moyenne des actions de formation a été cinq à six fois supérieure à cette somme en 2003.

En outre, chacun sait que la loi du 4 mai 2004 dans son volet formation continue comporte beaucoup d’obligations pour les entreprises sans que les financements qu’on y affecte permettent d’accompagner tous les nouveaux dispositifs inventés par le législateur. Il était donc indispensable de se doter d’un accord paritaire qui encadre les droits et obligations des employeurs et des salariés. Ainsi, si la branche ne s’était pas penchée sur les périodes de professionnalisation, si elle n’avait pas travaillé sur le droit individuel à la formation, si elle n’avait pas consolidé les financements de nos centres de formation, c’est la loi et l’accord national interprofessionnel qui trouveraient à s’appliquer avec des dispositifs inapplicables au secteur en lui faisant en plus perdre tout ce qui fait sa spécificité. C’est pourquoi l’accord du 12 octobre, et ceci n’est pas anodin, commence par établir une liste d’actions reconnues prioritaires par la branche pour éviter toute dérive portant notamment sur la mise en œuvre du droit individuel à la formation. En second lieu, face à la nécessité que nous ressentons tous de promouvoir nos métiers auprès des jeunes, il nous a semblé impératif de prioriser les contrats de professionnalisation et de soutenir nos centres de formation en région alors que le financement de ceux-ci pouvait être menacé indirectement par la réforme issue de la loi. Ainsi, une prise en charge particulièrement attractive de l’OPCA sera mise en place pour ces contrats qui succèdent au contrat de qualification.

Il nous fallait en outre redonner des moyens à l’OPCA pour conduire toutes ces missions alors que la loi nous a enlevé le capital temps formation (CTF) et a complètement réformé l’alternance. Enfin, il nous fallait mutualiser une contribution des entreprises pour leur ouvrir des droits autres que ceux de la formation en traitant directement de leur stratégie sous la forme d’actions collectives.

AG - Vous parlez là des fameux 300 euros que conteste le Groupement des Métiers de l’Imprimerie (GMI) ?

René Anélot - C’est en tant que chef d’entreprise, président de la Commission Nationale Paritaire, que j’ai pris la responsabilité de proposer à la branche de relever le défi visant à associer le développement économique de leur entreprise et la formation de leur personnel. Qui peut se laisser abuser par les propos opportunistes d’une organisation qui essaie d’induire en erreur ses adhérents en laissant à penser que 25 euros par mois pour défendre sa branche et son entreprise serait inacceptable ? Qui peut penser que pérenniser et renforcer le réseau des chargés de mission de l’OPCA qui apportent une aide majeure aux entreprises de petite et moyenne taille n’est pas un objectif pour lequel il vaille la peine de se battre ? Qui peut se laisser abuser par les amalgames qui parlent d’études alors qu’il s’agit de regrouper des petites entreprises pour organiser des actions collectives à destination des dirigeants de celles-ci ? Quel dirigeant peut rester insensible à la nécessité de disposer dans la branche d’un véritable centre de ressources qui accompagne le renforcement des entreprises dans leur logique de proximité territoriale ? Quel dirigeant de TPE, comme c’est mon cas, ne se pose pas la question de la transmission de son entreprise, de son organisation, du passage de témoin et de la pérennité de ce qui a fait l’essentiel de sa vie ?

C’est à l’ensemble de ces questions que la contribution de 300 euros demandée aux entreprises sera affectée. C’est pour construire les réponses collectives dont la branche a besoin qu’il nous faut disposer de moyens pour éviter que s’accentuent la désertification de certains bassins et le déchirement de notre tissu. Se priver de ce dispositif serait faire prendre une lourde responsabilité à la branche qui peut, pour une fois, s’engager sur un autre outil que sur une trousse d’urgence pour les entreprises afin de construire une stratégie de filière qui concerne l’ensemble du monde de la PME et rompre avec la spirale dépressive qui nous menace.

AG - Techniquement, cela signifie-t-il que l’ensemble de l’accord portant sur la formation professionnelle est applicable aux entreprises du secteur ?

René Anélot - Dès à présent, l’accord est applicable aux entreprises adhérant aux organisations signataires (FICG, SICOGIF, CSNP, CSNRBD, FSC) et il le sera dans les prochaines semaines à l’ensemble du secteur après extension par le ministère du Travail comme c’est le cas pour tous les accords paritaires.

Concernant la polémique lancée par le GMI, les propos des dirigeants de cette organisation n’engagent qu’eux-mêmes et répondent à des problématiques internes à ce syndicat qui lui permettent manifestement d’exister par ce biais.

Mais ce n’est pas en sombrant dans la polémique stérile que l’on fera avancer la cause collective qui doit tous nous préoccuper à un moment où la léthargie du marché publicitaire jointe à des pratiques d’achat pernicieuses conduisent nombre d’entreprises à se tourner vers nous en pensant à juste titre que seul un sursaut collectif pourra éviter le déclin industriel qui a frappé d’autres branches.

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