Appel à l'union patronale dans l'imprimerie française : l'intégrale de la déclaration de Paris du président Dulac (Sicogif)

GraphiLine rediffuse in extenso le texte de la déclaration de Paris faite ce matin par François Dulac, le président du Sicogif et appelant à l'union patronale entre les trois organisations professionnelles du secteur : la FICG, le GMI et le SICOGIF.

"L’imprimerie a subi de plein fouet les effets douloureux de la plus longue crise que l’économie et le secteur de la publicité aient connue dans les dernières décennies. Cette crise, née sensiblement avec le nouveau siècle, a touché toutes les entreprises du secteur : les petites comme les grandes, la feuille comme la rotative. Face à cette situation, la profession n’a pas toujours fait les bons choix. En effet, face à des problèmes de marché, elle a recherché, avec le concours de fabricants de matériel opportunistes, des solutions techniques. Ce qui revient à dire qu’elle a aggravé la situation en cherchant à l’améliorer. Après bientôt cinq ans de crise économique, que constatons-nous aujourd’hui ? En dépit des annonces optimistes du Gouvernement, la demande n’est pas sur le chemin de retrouver le niveau de rêve du début des années 90. L’Europe et la France ne disposent pas de la même capacité de réaction que les Etats-Unis et encore moins de la capacité d’explosion de l’Asie et de la Chine notamment. Depuis 2002, le résultat net global de l’imprimerie en France est devenu négatif. A fin 2003, la branche a perdu par rapport à 2000 10% de son chiffre d’affaires, 13% de ses entreprises et 18.000 emplois. Ce recul est énorme et il faudrait un sursaut économique considérable, que la France ne semble pas en mesure d’effectuer, pour pouvoir retrouver les chiffres antérieurs. Cela veut dire qu’aujourd’hui à chaque fois qu’un imprimeur augmente son volume d’affaires c’est qu’il a pris du travail à un autre ou qu’il a développé de nouveaux services. Cela devrait conduire la profession à des études drastiques et une modération déterminée en ce qui concerne les investissements. En effet, derrière cette crise économique dont l’imprimerie se remet mal, un autre problème, technique celui-là et propre à notre profession, existe et se développe chaque jour, sans qu’il soit possible d’en mesurer les avancées et les conséquences. Je veux parler des nouveaux médias et de la prise du pouvoir par la communication électronique. Par un curieux hasard, ce phénomène a franchi une étape décisive à peu près à la même date, en 1995, que la venue de la crise, avec l’arrivée de logiciels de recherche efficaces et complets sur Internet. A partir de ce moment, la situation commence à se transformer tout d’abord dans la tête des utilisateurs potentiels ensuite dans la pratique. L’e-mail explose, le fichier numérique se nettoie, se sécurise et se multiplie. Le noyau dur de la communication passe sans faire de bruit du papier à l’électronique. L’imprimerie, qui était alors à son plus haut niveau dans une situation de monopole ne s’est pas aperçue qu’elle avait désormais un concurrent, petit bien sûr mais qui allait gagner des parts de marché rapidement. Les spécialistes estiment aujourd’hui à 300 milliards par an environ le nombre de pages transmises sur le Web et à plus de 1 000 milliards ce même nombre en 2020. Ceci n’aura pas pour effet de faire disparaître l’imprimé mais d’en modifier l’utilisation et d’en limiter probablement la production. Dans de nombreux cas, l’imprimerie, au lieu d’occuper la position centrale, deviendra le satellite de la communication électronique. Cette position ne sera pas forcément mauvaise, l’imprimé conservant tous ses atouts d’universalité et d’efficacité à bon marché, simplement elle sera complètement différente et l’imprimeur devra adapter sa stratégie à cette nouvelle situation. Il n’est donc pas question de mort du papier, simplement la croissance de la consommation du papier pourrait diminuer et il va devenir indispensable pour l’imprimerie de collaborer avec les autres médias. Un des premiers effets de ce changement de position de l’imprimerie dans la chaîne de la communication, au-delà de l’utilisation des fichiers et de la maîtrise des flux numériques, va être le développement de l’impression numérique. En effet, quoi de plus naturel à partir d’éléments numériques que d’avoir recours, sauf cas particuliers, à l’impression numérique. Bien sûr le procédé a encore des progrès à faire, mais en matière de qualité c’est déjà en train de se faire et en matière de vitesse de production ça avance vite. Attention de ne pas faire référence à des normes anciennes du numérique pour décréter que l’offset ne court aucun risque. En effet il est probable que nous allons assister dans les dix ans à venir à un virement de bord de l’offset vers le numérique comme nous avons assisté dans les années 60 au passage de la typographie vers l’offset. Nous avons peu de temps devant nous et on peut craindre que les imprimeurs ne prennent pas cette menace suffisamment au sérieux et ne montrent pas rapidement suffisamment d’intérêt pour les nouvelles technologies numériques. En effet la courbe des mises en service de systèmes d’impression numérique va grimper fortement dans les prochaines années et dans cinq ans la situation aura déjà beaucoup changée. De plus cette évolution rapide risque d’avoir pour effet de voir arriver sur le marché de nouveaux « imprimeurs » moins frileux face aux nouvelles technologies. Ce phénomène est déjà perceptible avec des transferts de marché déjà acquis par de nouveaux intervenants. Voilà un tableau succinct des nouveaux changements qui attendent notre profession dans un avenir proche. Les entreprises vont devoir prendre ces virages à haut risque et vont avoir besoin de syndicats professionnels très efficaces. C’est pourquoi il me semble absolument indispensable de rendre la représentation patronale plus présente et plus efficace. Je crois ne pas être le seul à avoir ce point de vue. Il existe actuellement, plus ou moins confusément, l’idée dominante que la profession, à peine sortie de ses précédentes transformations, va devoir en aborder de nouvelles encore plus difficiles, et que face à ces périls l’heure n’est plus aux disputes et aux choix partisans mais à une union de tous vers un seul but : le maintien d’une profession que nous aimons. Pour la représentation patronale, être plus présente et plus efficace, cela veut dire, à mon avis, communiquer en permanence sur notre métier, cela veut dire défendre et développer notre image professionnelle à tous les instants. Le mauvais coup que le Gouvernement va porter à l’imprimé à travers l’éco-taxe en cours de préparation pour 2005 est l’exemple parfait de l’insuffisance de communication de la profession. Entendre répéter une fois de plus de manière parfaitement démagogique et cette fois par un ministre ou ses proches collaborateurs que l’imprimé détériore la planète alors qu’il contribue régulièrement à développer la forêt, source d’oxygène (en France de 20 000 à 30 000 hectares de plus chaque année) est absolument lamentable. Il s’agit d’une contre-vérité répandue mais stupide contre laquelle nous aurions dû lutter plus tôt. Au surplus, la chaîne producteurs de papier-imprimeurs est assez performante en France, puisque 50% environ de la consommation française se fait en papier recyclé, ce qui est assez bon mais pas assez connu. Entendre dire que l’imprimerie pollue la société, alors qu’il s’agit du plus ancien, du plus noble et du plus important vecteur de connaissance, de culture et de liberté, est une honte pure et simple. Gutenberg doit se retourner dans sa tombe. Nous aurions dû faire en sorte plus tôt que les hauts fonctionnaires parisiens sachent que la ménagère de moins de cinquante ans, dont le pouvoir d’achat ne s’emballe pas ces temps-ci, est très satisfaite de consulter les prospectus qu’elle trouve dans sa boîte à lettres pour mieux organiser ses achats et mieux consommer. C’est l’insuffisance de notre présence, de notre communication, la faiblesse de l’image de notre profession qui ont permis l’instauration de pareils discours sans aucun fondement. Une représentation patronale plus efficace c’est évidemment de parler d’une seule voix auprès des pouvoirs publics. Il faut être présent au ministère de l’Industrie à chaque fois qu’une décision réglementaire française ou européenne risque de nous concerner. Il faut alerter les élus et l’opinion à chaque fois que se prépare à entrer dans l’Union Européenne un ou plusieurs pays qui vont disposer de la même monnaie que nous mais avec des charges cinq à dix fois inférieures. Bref, il faut être présent sur le coup. Commentaire récent d’un député de bonne volonté : « l’imprimerie, c’est normal que vous n’obteniez rien, on n’entend jamais parler de vous ». C’est exactement à cela qu’il faut mettre un terme. Au-delà des pouvoirs publics, une représentation patronale unie serait plus forte auprès de l’environnement économique de la profession : circuits financiers, constructeurs de matériel, papetiers. Voilà l’ensemble des raisons qui m’amènent aujourd’hui à vous parler d’union patronale."

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