"Non à l'exploitation du travail gratuit" la lettre ouverte à Axelle Lemaire

La lettre a déjà été signée par 2500 créatifs en moins de 48 heures.

Le 26 mai, Axelle Lemaire, la secrétaire d’État chargée du Numérique, déclarait aux dirigeants d'une société de communication parisienne qui est basée sur le perverted crowdsourcing, qu’elle avait un “rôle d’exemplarité à jouer”...

Évidemment, cette déclaration a indigné bon nombre de professionnels de la communication. Et pour ne pas en rester là, une lettre ouverte adressée à Axelle Lemaire, à Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, et à François Rebsamen, ministre du Travail, de l’Emploi et du Dialogue social, a été publiée sur internet, hier. Depuis, la lettre a déjà été signée par plus de 2 500 créatifs indépendants, d'agences et étudiants.

Non à l'exploitation du #travailgratuit comme modèle de réussite en France

Madame la secrétaire d'État, Madame et Monsieur les ministres,

(...)

Sous couvert d'une dynamique start-up qui a les faveurs de la presse, l’ensemble des sociétés fonctionnant sur le principe du perverted crowdsourcing construisent leur offre commerciale sur les épaules d'une main d’œuvre qu'ils ne payent pas. (…)

Le principe en est simple, mais pas moins délétère : à chaque client soumettant un projet en quelques consignes, ces plates-formes promettent des dizaines - sinon des centaines - de travaux réalisés sur mesure et livrés par autant d'intervenants. Le donneur d'ordre y fera librement son choix, quitte à exiger un nombre indéfini de retouches et modifications, puis seul le gagnant ou le tiercé de tête sera rémunéré à vil prix, tandis que la société intermédiaire elle, fera sa marge à chaque projet grâce à tous ces travaux gratuits qu'elle aura bel et bien vantés dans son offre.

Ceci n'est pas le principe d'un appel d'offre, dans lequel des prestataires sont sélectionnés et rémunérés pour livrer des consultations, et pas des travaux finis. Ni celui d'un concours, respectant une législation particulière ici balayée.

Ceci n'est pas un modèle collaboratif, ou crowdsourcing, dans lequel les volontés se rassemblent pour développer bénévolement des projets libres qui profiteront à tous.

Ceci n'est pas une prestation créative de qualité, qui implique nécessairement une étroite relation entre le client et l'expert chargé de transmettre ses valeurs, son histoire, son message.

Ceci n'est un exemple pour personne.

Nous sommes des entrepreneurs. Nous créons nos emplois, et des emplois pour nos collaborateurs. Nous vivons chaque jour avec la concurrence, fût-elle à bas coût. Nous l'avons acceptée et jouons son jeu. Mais ce jeu implique des règles. (…)

Nous sommes ouverts à la modernité. Nous en sommes même les étendards (...). Mais toute évolution n'est pas un progrès, et c'est parce que nous sommes le progrès que nous sommes légitimes à dénoncer ceux qui se cachent derrière une modernité de façade. (...) Ceux qui promeuvent la quantité, qui vendent de la création au kilo( ...). Ceux enfin qui excusent leurs pratiques par le simple fait qu'ils "n'obligent personne", comme si cela suffisait à tout justifier ou à prouver les bienfaits de leur démarche (...)

Car ne nous y trompons pas, cette tendance au travail non rémunéré n'est pas limitée au secteur de l'image, elle se répand dans tout le tertiaire. (...)

Aussi, Mesdames, Monsieur, nous souhaitons par cette lettre demander au gouvernement de clarifier sa position par rapport à ce modèle d'entreprise.

Nous souhaitons aussi qu'un contrôle renforcé soit mis en place autour de ces sociétés sur la base du droit actuel, notamment en terme de travail clandestin.

Nous souhaitons enfin que soit ouvert un groupe de travail visant à réfléchir avec vous à des mesures qui permettraient d'encadrer et de limiter plus efficacement l'exploitation du labeur non rémunéré, tant sur un plan éthique et qualitatif que légal.

(...)

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