Pourquoi le concours de dessin lancé par Luc Besson fait polémique

Luc Besson fait-il de l'illustration au rabais ou offre-t-il juste aux professionnels une opportunité de promouvoir leur travail ?

Les résultats du concours mondial de dessin lancé par Luc Besson ont été révélés cette semaine. Vingt candidats ont été sélectionnés ; leurs dessins serviront de modèle pour des costumes apparaissant dans une scène du prochain film du réalisateur, Valérian et la Cité des Mille planètes. Mais de nombreux internautes et professionnels s’élèvent contre le principe même du concours.

"On n’a qu’à embaucher les réalisateurs par tombola…"

Le célèbre dessinateur Joann Sfar, auteur du Chat du rabbin, s’est fendu d’une longue critique sur son compte Facebook : "Non, non et non ! Ce n’est pas comme ça qu’on traite des illustrateurs et des designers ! Quand on veut faire travailler un artiste, on l’engage !"

"Lancer un "concours" avec des "gagnants" pour faire les design d’un film, c’est mélanger opération de com et mépris total des codes élémentaires du travail dans les métiers artistiques. Le quotidien n’a jamais été aussi dur pour les illustrateurs et les designers", argumente le dessinateur.

"Travail au rabais"

Une position partagée par l’illustratrice Marie Meier dans un billet publié sur son blog intitulé "Luc Besson, encore un pilleur de talents".

"Welcome Luc Besson dans le merveilleux club des gens qui prennent les illustrateurs de haut, comme si ça n’était pas un métier, juste un hobby dans lequel on s’amuse à répondre à des concours (…) Ce n’est pas éthique, ce n’est pas correct et ça nous enferme dans un système de plus en plus biaisé, ou l’illustration est un travail au rabais", explique Marie Meier.

Sur Twitter également, de nombreux internautes font part de leur agacement, parfois avec humour.

Point de vue d’un lauréat

Dans un long commentaire publié en réponse au post Facebook de Joann Sfar, Renaud Roche, un des gagnants du concours a souhaité apporter un point de vue plus nuancé sur la question.

Il rappelle notamment que l’appel à la création portait sur une seule séquence du film, "qui doit en compter des centaines, si ce n’est plus", et que les "créations sélectionnées seraient exploitées dans le cadre d’une figuration".

Il précise qu’il n’a consacré qu’une seule journée de travail à ce projet : "un investissement mesuré donc, presque anecdotique, qui ne m’a été imposé par rien d’autre que la perspective enthousiasmante de voir mon concept matérialisé sur grand écran."

Pour cet artiste professionnel, ce concours est avant tout une opportunité de promouvoir son travail. "Lorsqu’on ne dispose pas quotidiennement d’un puissant relais médiatique, on ne crache pas sur une initiative susceptible de mettre en lumière son talent."

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Françoise Chaize - 22 Décembre 2015
Oui, oui, dorénavant, ce serai bien que ses clients le paye en "visibilité". Puisque ça n'a pas l'air de le déranger.
Michel Delon - 22 Décembre 2015
Tiens... ça me fait penser à tous les appels d'offre français... 3 propositions gratuites, avec aucune possibilité de défendre ses choix face au client. Enfin, pour faire des choix, il faudrait qu'il y ait un vrai brief... Pour infos, depuis 10 ans mon chiffre d'affaires a été divisé par 3 alors que je travaille autant (depuis 25 ans). En France, en moyenne, un designer graphiste est vendu le même prix à l'heure que le gars qui fait les vidanges chez Speedy... Et pourtant, nous faisons du conseil en communication, de la synthèse, de la création, de l'exécution, du flashage (le PDF engage la responsabilité du graphiste) et pour certains (en tout cas pour moi) du suivi de fabrication... Allez,comme dit l'autre, «faites-moi quelque chose de joli et ne vous prenez pas la tête!» C'est vrai, nous on est pas des pros, on n'a pas de familles, ni les mêmes charges que tout à chacun, nous, on ne réfléchit pas, on se fait juste plaisir à longueur de journée. Monsieur Besson, ce n'est pas digne de vous.
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