Quand le groupe Autajon fermait l'imprimerie Bopack (72)

L'usine de Bopack dans la Sarthe, fermée en 2012, faisait partie du groupe Bopack France Étiquettes, racheté par le groupe Autajon en 2009.

Gérard Autajon s’est toujours tenu à distance des médias, ayant pour principe de ne jamais parler aux journalistes. Mais depuis quelques jours, son nom fait la une des journaux en France, avec ceux de quelques autres, dans le cadre du scandale des Panama Papers.

Cet industriel, classé à la 401e place des grandes fortunes de France du magazine Challenges avec une fortune estimée à 130 millions d’euros, à la tête du groupe Autajon spécialisé dans l’emballage carton, est suspecté d’avoir caché près de 24 millions au fisc par le biais de sociétés offshores implantées dans des paradis fiscaux.

Selon les journalistes de Cash Investigation, dont le numéro du 5 avril diffusé sur France2 était consacré aux Panama Papers, l’histoire de cette évasion fiscale remonte à 2013, en pleine affaire Cahuzac. Gérard Autajon transfère alors 24 millions d’une banque suisse sur des comptes offshores installés dans des paradis fiscaux.

À l’époque où l’entrepreneur organise cette évasion, le groupe Autajon est en pleine expansion. Il se développe à l’étranger et rachète des usines. En 2004, le groupe Autajon réalisait un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros et employait 1100 salariés. Aujourd’hui, il enregistre un chiffre d’affaires de 550 millions d’euros, soit une croissance de 400 % avec plus de 4 000 salariés et 32 usines de fabrication en Europe et aux États-Unis.

Fermeture de Bopack pour manque de rentabilité

C’est à la même période, à quelques mois près, que le groupe Autajon ferme l’une de ses usines installées dans la Sarthe, l’imprimerie Bopack France Étiquettes, invoquant des difficultés économiques. Cette fermeture provoque la colère des 37 salariés de l’usine qui entament plusieurs semaines de grève. Principaux motifs de contestation : des propositions de reclassement jugées inadaptées et des indemnisations insuffisantes.

L’usine Bopack, fabricant d’étiquettes implanté depuis quarante ans à Bazouges-sur-le-Loir, vendait sa production localement et à des groupes de l’industrie agroalimentaire et pharmaceutique. Avant la lente dégradation économique de l’usine suivie de sa fermeture, l’activité battait son plein sur le site, qui fonctionnait en trois-huit.

Mais le problème intéresse alors peu les politiques, à part un élu écologiste au Sénat, Jean Desessard. Ce dernier interroge le ministre du redressement productif de l’époque Arnaud Montebourg, dans une question orale publiée dans le JO Sénat du 19 juillet 2012, sur l’avenir de l’entreprise Bopack "dont les salariés devraient être licenciés prochainement alors que le groupe Autajon est bénéficiaire."

La conclusion de cet élu écologiste est la suivante : "Il est difficile de ne pas penser que la lente dégradation économique due à des locations abusives de machines non utilisées a été organisée par le groupe Autajon afin de provoquer la faillite de Bopack, qui était, avant son rachat, un concurrent des autres entreprises du groupe. Il s’agit certainement d’une manipulation ayant consisté à racheter une entreprise florissante pour la condamner afin que les autres entreprises du groupe conservent leur place sur le marché." (Publiée dans le JO Sénat du 25/07/2012 - page 2331).

C’est en 2009 que le Groupe Autajon, acteur majeur dans l’étui carton, le coffret et l’étiquette, finalise le rachat du Groupe Bopack, spécialiste de l’étiquette adhésive et du manchon. "Une opportunité inespérée, la continuité du projet de croissance déjà entamé, la meilleure garantie pour l’avenir des salariés", assurait alors la direction.

Interrogé par les journalistes de Cash Investigation, Georges Pipet, un ex-salarié de l’usine Bopack, exprime son désarroi lorsqu’il apprend que Gérard Autajon est suspecté d’avoir dissimulé plus de 20 millions d’euros au fisc : "On n’est pas dans le même monde (…) Le monde de la finance et le monde des travailleurs, c’est un monde différent".

Une dizaine d’anciens salariés aux prud’hommes

À l’heure actuelle, une dizaine d’anciens salariés de Bopack contestent encore leur licenciement pour raisons économiques et ont saisi les prud’hommes. S’ils n’ont pas obtenu gain de cause en première instance, ils ont décidé de faire appel. Une nouvelle décision des prud’hommes est attendue d’ici le mois d’octobre.

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Sarthe
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Rico Bono - 07 Avril 2016
J'ai toujours pensé que votre support était au niveau des rubriques "chiens écrasés" ce papier démontre que c'est encore pire. Comment pouvez-vous mélanger une histoire privée qui ne regarde que Monsieur AUTAJON avec la vie d'une société, ou plutôt d'un groupe de société dont nous pourrions être fiers en tant que Français. Le groupe AUTAJON véhicule une image de très haut de gamme, a un succès non discutable, fait référence dans le domaine de l'étui carton, notre pays ne peut rêver meilleur exemple. Maintenant pour l'aspect privé de l'affaire dont vous vous faites écho en reprenant des informations que naturellement vous n'avez pas contrôlées et qui de toutes façon concerne quelque chose qui n'a et n'a eu aucun effet sur la vie du groupe AUTAJON. Je comprends monsieur AUTAJON de ne pas vouloir parler aux médias quand je vois comment vous vous tromper de débat.
Eric Illand - 08 Avril 2016
Ces assertions sont vraiment un ramassi de......, dirai-je pour rester correct, d'inexactitudes, inepties et aussi mensonge. Pour ne pas échouer dans une basse polémique dont le ton est donné, il faut simplement savoir pour comprendre, comment le développement; entamé par le Papa de l'actuel dirigeant, puis les succès et la réussite de cette entreprise se sont faits, se sont développés, poursuivis et perdurent. La méthode à été la même pour toutes les usines et les sites repris par ces entrepreneurs talentueux, il est de notoriété que cela à très bien fonctionné dans quasiment toutes les acquisitions d'entreprises et, pour assez bien connaître ce secteur d'activité, toutes les entreprises rachetées n'étaient pas au mieux avant les rachats! Pourquoi une recette qui marche et a fait ses preuves, n'aurait elle pas apporté les mêmes résultats dans cette usine?.... Il est très curieux, pour ne pas dire autre chose, de voir un Monsieur "écolo"; enfin élu comme tel, donner un avis économique sur un sujet que manifestement il ne connait pas, ni dans l'aspect stratégique, ni dans la management et encore moins dans les détails!.... On a envie de l'envoyer lutter contre les pesticides avec ses idées savantes. Quand à l'aspect financier, dénoncé par "Lulu" ce n'est pas du journalisme d'investigation, c'est de l'inquisition, de la délation. Au demeurant cela n'intéresse que le fisc, dont elle s'est montrée l'agent zélé et j'oubliais.... faire parler de soi. (du buzz) Il est de triste mémoire que dans un passé peu éloigné ça dénonçait à tout va!.... Quand on se méprend sur l'éthique et qu'on agit avec haine et harcèlement comme il a pu être vu dans cette enquête qui par ailleurs à son côté vacances.... on a envie de suggérer à ces atrabilaires d'aller vendre des paires de chaussures, cela ne fera, éventuellement, mal qu'aux pieds des gogos!..
Stephanie Charriere - 09 Avril 2016
Le Groupe Autajon avait 2 sites sur le même marché puisqu'il faut savoir que le Groupe avant le rachat de Bopack avait déjà un site nommé Autajon Étiquette Loire a quelques dizaines de kilomètres. C'est l'explication la plus probable concernant la fermeture le l'usine Bopack. Les 2 usines n'étaient pas rentables individuellement mais regrouper la production sur un site devenait rentable. Je trouve déplorable les informations communiquées par Cash Investigation et regrette le manque de communication du Groupe Autajon et de Gérard Autajon lui-même. Payer des impôts et déclarer ses revenus en France est une bonne chance quand on connaît le nombre de chômeurs actuellement. Il aurait été plus judicieux de réinvestir cette argent dans son entreprise je pense. Il me semble qu'une stratégie de communication de crise est à mettre en place...
Armelle Sa - 10 Avril 2016
Vu les commentaires, j'ai l'impression qu'on mélange tout. Bien évidemment c'est fantastique que ce groupe français se développe...là n'est pas la question. Le problème c'est quand même que sa richesse personnelle vient bien de quelque part...et qu'en France, on paie ses impôts, c'est la loi. Et quand on est si "talentueux" et vu comme un "exemple" et bien on essaie peut-être de trouver une solution pour une imprimerie en perte de vitesse...au lieu de mettre presque 40 personnes sur le carreau.
Jacques Chabrol - 20 Avril 2016
les fraudeurs et les complices qui les soutiennent en prison dès que possible ,en respectant la loi ne vous déplaise.Merci aux courageux journalistes qui dénoncent tous ces abus !!!
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