La réédition de Mein Kampf, un dispositif éditorial complexe

1ère édition de Mein Kampf, 1925

En janvier 2016, l'ouvrage antisémite d'Adolf Hitler tombera dans le domaine public. À cette occasion, les éditions Fayard travaillent sur une réédition commentée.

Version critique

Début janvier 2016, le texte d’Hitler Mein Kampf tombera dans le domaine public. En Allemagne et en France (chez Fayard), une réédition est en cours. Dans les deux cas, il s’agira d’une édition critique, accompagnée d’un commentaire approfondi réalisé par des historiens.

En Allemagne, une décision de justice a en effet interdit la publication du texte à l’état brut afin d’empêcher au plan pénal toute "incitation à la haine". Cette version annotée qui sortira en janvier s’emploiera donc à "déconstruire" et mettre en perspective les écrits d’Hitler : comment sont nées ses idées ? Quels étaient ses objectifs ? Que pouvons-nous répondre aujourd’hui à ses mensonges ? etc.

Polémique

Il n’en reste pas moins que dans les deux pays, la réédition du pamphlet suscite une vive polémique parmi les historiens et dans la classe politique.

En France, Jean-Luc Mélenchon a été le premier à ouvrir les hostilités dans une lettre adressée aux éditions Fayard et publiée sur son blog. Il fait part de son "horreur" et de son "opposition totale" à ce projet. « Votre volonté d’une édition critique, avec des commentaires d’historiens ne change rien à mon désaccord. Éditer, c’est diffuser. La simple évocation de votre projet a déjà assuré une publicité inégalée à ce livre criminel », argumente-t-il.

Mais pour Antoine Vitkine, journaliste et écrivain français qui a notamment réalisé pour Arte le documentaire Mein Kampf, c’était écrit, le pamphlet d’Hitler est mythifié à tort. « On en fait une sorte de poison maléfique qui contaminerait qui le touche », explique-t-il dans les colonnes du Figaro. « Or ce n’est ni un mythe ni un poison, mais un texte historique qu’il convient d’étudier en gardant la tête froide. »

Pour l’instant, on ne sait pas encore qui sera chargé de réaliser le travail historique d’accompagnement de l’édition française. Selon le journal Libération, il pourrait s’agir de Florent Brayard, directeur de recherche au CNRS, professeur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et auteur de Auschwitz, enquête sur un complot nazi. En ce qui concerne la traduction, elle a été confiée à Olivier Mannoni, qui a déjà traduit le Journal de Goebbels. Les éditions Fayard prévoient une publication d’ici un an ou deux.

Mein Kampf, un texte légal depuis 1979

Si cette réédition suscite la polémique, Mein Kampf est pourtant déjà facilement disponible en France depuis plus de 40 ans. On le trouve notamment sur internet via des sites comme Price Minister ou Amazon. En 1979, un arrêt de la cour d’appel de Versailles a autorisé sa diffusion à la seule condition que le texte soit précédé de quelques pages d’avertissements au lecteur.

La décision de la cour d’appel de Versailles d’autoriser la vente du livre était fondée sur l’intérêt historique que comportait l’ouvrage. Mais jusqu’à présent, le texte était édité en France dans une seule maison d’édition aux idées proches de l’extrême droite, les Nouvelles éditions latines. Si elle ne fait pas l’unanimité, cette nouvelle édition, accompagnée d’un travail critique approfondi, est donc favorablement accueillie par de nombreux historiens.

Mein Kampf aux Nouvelles éditions latines

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