Edito / Impression de catalogues, pourquoi les capacités de production reculent partout en Europe

L'annonce de Bertelsmann Marketing Services dépasse le cadre d'une fermeture d'usine. Elle illustre l'évolution économique d'un segment historique de l'imprimerie offset qui doit désormais composer avec une demande structurellement orientée à la baisse.

La fermeture annoncée de Vogel Druck de Bertelsmann en Allemagne illustre une évolution engagée depuis plusieurs années dans l'impression commerciale européenne. Face à la baisse des volumes de magazines et de catalogues, les groupes d'imprimerie réorganisent leurs capacités industrielles et réorientent leurs investissements vers des marchés plus dynamiques. Cette évolution pose la question d'une réduction durable des capacités de production dédiées à l'impression de publications.

La baisse des catalogues modifie l'équilibre industriel des imprimeurs

Pendant plusieurs décennies, les catalogues commerciaux constituaient l'un des principaux débouchés des rotatives offset européennes. Les grands distributeurs alimentaient un marché caractérisé par des volumes élevés et une production régulière.

Cette organisation évolue rapidement. La distribution investit davantage dans les supports numériques, les campagnes personnalisées et les canaux en ligne. Les volumes de catalogues diminuent progressivement, tandis que les tirages sont plus courts et les campagnes plus ciblées.

Cette évolution réduit mécaniquement les taux d'utilisation des équipements industriels conçus pour produire plusieurs centaines de milliers d'exemplaires par commande. Lorsque les presses ne fonctionnent plus à leur niveau de charge économique, les coûts fixes deviennent plus difficiles à absorber.

La fermeture programmée de Vogel Druck avant la fin de 2027 s'inscrit dans cette logique. Selon Bertelsmann Marketing Services, la baisse durable des volumes de magazines et de catalogues ne permet plus d'assurer la rentabilité du site.

Les investissements récents ne compensent plus le recul des volumes

Le cas de Vogel Druck montre que la modernisation industrielle ne garantit plus, à elle seule, la pérennité d'une imprimerie spécialisée dans les publications.

Le site de Höchberg avait poursuivi ses investissements ces dernières années. Bertelsmann avait notamment engagé un programme de réduction de son empreinte carbone avec l'utilisation d'électricité renouvelable, la récupération de chaleur sur les rotatives, des encres sans huiles minérales ainsi que plusieurs certifications environnementales.

Ces évolutions améliorent la performance énergétique et répondent aux attentes des donneurs d'ordre. Elles ne créent cependant pas de nouveaux volumes de production lorsque le marché continue de se contracter.

Cette situation rappelle que les investissements industriels répondent aujourd'hui à deux enjeux distincts : améliorer la compétitivité des sites existants et disposer d'un niveau de charge suffisant pour rentabiliser les équipements.

Les groupes européens réorientent leurs investissements

La fermeture de Vogel Druck ne constitue pas un cas isolé. Partout en Europe, les grands acteurs de l'impression commerciale adaptent leur appareil industriel à un marché où les volumes de magazines, catalogues et prospectus poursuivent leur recul.

Le groupe britannique Walstead illustre cette stratégie. Plutôt que de maintenir un réseau de sites sous utilisés, il a multiplié les acquisitions ces dernières années afin de concentrer la production sur un nombre plus limité d'usines. En 2019, Walstead a fermé son site Southernprint de Poole, au Royaume Uni, entraînant la suppression de 179 emplois. En 2024, le groupe a également annoncé l'arrêt d'une rotative sur son site de Peterborough et une réduction des effectifs. L'entreprise explique que les nouveaux contrats ne compensent plus la baisse structurelle des volumes imprimés.

Cette rationalisation se poursuit. Le rachat des activités européennes de LSC Communications en 2018, qui comprenaient six imprimeries en Pologne spécialisées dans les catalogues et magazines, répondait à cette logique. L'objectif n'était pas d'augmenter les capacités de production, mais d'améliorer leur taux d'utilisation dans un marché devenu excédentaire.

Chez Bertelsmann, la fermeture annoncée de Vogel Druck s'inscrit également dans une stratégie de recentrage. Le groupe conserve des capacités importantes avec Mohn Media et GGP Media, tout en abandonnant un site dont la spécialisation sur les magazines et catalogues n'est plus jugée économiquement viable. Cette approche privilégie des unités industrielles plus chargées plutôt qu'un maintien de capacités excédentaires.

Cette évolution traduit un changement de stratégie. Les investissements ne visent plus à augmenter les capacités de production de l'impression commerciale, mais à optimiser les sites conservés et à redéployer les ressources vers des marchés plus dynamiques. L'emballage, les étiquettes, le publipostage personnalisé et les services de communication multicanale concentrent désormais une part croissante des investissements des grands groupes graphiques.

Ces décisions montrent que l'impression de catalogues est entrée dans une phase de consolidation durable. Les acteurs du secteur cherchent moins à produire davantage qu'à adapter leur capacité industrielle à un marché dont les volumes continuent de diminuer.

Une consolidation qui transforme la géographie de l'impression commerciale

La réduction des capacités de production modifie progressivement l'organisation de l'impression commerciale en Europe.

Les imprimeurs qui restent présents sur ce marché disposent généralement d'outils de production plus récents, d'une capacité industrielle importante et d'un portefeuille d'activités diversifié. Cette diversification devient un facteur de résilience lorsque certains segments ralentissent.

À l'inverse, les entreprises très dépendantes des catalogues ou des magazines apparaissent davantage exposées aux fluctuations d'un marché en décroissance.

La fermeture de Vogel Druck concerne environ 280 salariés et constitue un nouvel épisode de cette consolidation industrielle. Elle illustre également la difficulté pour certaines imprimeries historiques de maintenir leur activité malgré des investissements techniques récents et des efforts de modernisation.

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