Maury Imprimeur : pourquoi l'UNIIC appelle à repenser l'outil industriel français

Après l'ouverture des procédures concernant Maury Imprimeur et plusieurs sociétés du groupe, l'UNIIC prend position. Le syndicat professionnel pointe la contraction des volumes de périodiques. Et pose ouvertement la question d'un regroupement des capacités industrielles.

Le placement de Maury Imprimeur en redressement judiciaire ouvre un sujet plus large que la situation financière d'un imprimeur : combien de capacités industrielles le marché français de la presse et des périodiques peut il encore alimenter ?

Derrière Maury, l'équation économique des rotatives

Le communiqué publié par l'UNIIC le 16 septembre 2026 apporte surtout un nouvel élément au dossier. L'organisation professionnelle relie les difficultés rencontrées par Maury à la contraction des volumes de périodiques, notamment des hebdomadaires.

Cette question touche directement au modèle économique d'une imprimerie rotative.

Une rotative offset, ses périphériques, ses équipements de façonnage et l'organisation logistique associée constituent un outil industriel dimensionné pour traiter des volumes importants dans des délais courts. Les coûts fixes sont élevés. Le taux d'utilisation des équipements devient donc déterminant dans le coût de revient.

Lorsque les tirages diminuent, le problème ne consiste pas uniquement à imprimer moins de tonnes de papier. Il faut continuer à financer les bâtiments, les équipements, la maintenance, les équipes et une partie des consommations nécessaires au fonctionnement de l'outil.

Autrement dit, une rotative qui tourne moins ne coûte pas proportionnellement moins cher.

Le sujet devient collectif lorsque plusieurs imprimeurs se partagent un marché dont les volumes diminuent. La concurrence ne porte alors plus uniquement sur les prix, les délais ou la qualité. Elle porte également sur le remplissage des capacités.

La consolidation du rotativisme entre dans le débat

C'est ici que la prise de position de l'UNIIC change la lecture du dossier Maury.

L'organisation professionnelle considère qu'une consolidation de cette branche industrielle devient nécessaire. Elle évoque explicitement une stratégie de regroupement destinée à répondre à la diminution de la valeur disponible sur ces marchés.

Le terme mérite attention.

Une consolidation peut recouvrir différentes réalités industrielles : spécialisation des sites, transferts de productions, mutualisation de certains moyens, rapprochements entre entreprises ou réduction des capacités.

Mais la question est désormais posée publiquement par l'organisation patronale.

Les intérêts industriels se rejoignent donc sur un point, maintenir un outil suffisamment chargé pour rester économiquement exploitable, mais suffisamment dimensionné pour conserver de la souplesse.

Les éditeurs sont directement concernés par l'outil industriel

Le dossier dépasse les murs des imprimeries.

Maury Imprimeur et Roto France Impression assurent chaque semaine l'impression de 36 hebdomadaires nationaux. Maury produit également des livres, catalogues et autres imprimés. Cette diversité donne une idée de la place occupée par ces outils dans la chaîne graphique française.

La baisse des volumes apporte un bénéfice immédiat aux donneurs d'ordre lorsqu'elle permet d'ajuster les quantités imprimées aux ventes réelles et de limiter les invendus. Mais elle fragilise parallèlement l'économie des équipements conçus pour la grande série.

C'est tout le paradoxe du marché.

Chaque éditeur cherche logiquement à réduire ses coûts, ses stocks et ses invendus. Chaque imprimeur doit, de son côté, conserver suffisamment de volumes pour amortir son outil. À mesure que le marché se contracte, cette équation devient plus difficile à résoudre entreprise par entreprise.

Une réduction du nombre d'outils peut améliorer leur taux d'occupation. Elle pose en retour des questions de disponibilité des capacités lors des pointes, de redondance industrielle en cas d'incident et de dépendance des éditeurs envers un nombre plus limité de fournisseurs.

Manchecourt devient un cas d'école pour l'imprimerie de presse

La procédure concernant Maury Imprimeur sera donc observée bien au delà du Loiret.

Elle intervient après plusieurs années de restructuration du groupe et alors que le marché de la presse imprimée poursuit sa transformation. Maury Imprimeur affichait un chiffre d'affaires de 53 millions d'euros en 2025, contre 69,3 millions d'euros en 2022, selon les comptes cités par Livres Hebdo. L'entreprise enregistrait une perte nette de 3,78 millions d'euros en 2025.

Ces données replacent la question industrielle au centre du dossier. Une restructuration interne ne suffit pas nécessairement lorsque la contraction touche simultanément plusieurs acteurs et plusieurs catégories d'imprimés.

C'est précisément ce que la déclaration de l'UNIIC ajoute au débat. Le dossier n'est plus uniquement celui du redressement d'une entreprise. Il pose la question du dimensionnement de toute une capacité de production.

Nous publions ci dessous la prise de position de Pascal Bovero, délégué général de l'UNIIC.

Derrière le redressement judiciaire chez Maury (site de Manchecourt), des enjeux collectifs

Le secteur des industries graphiques a connu et connaitra sans doute des turbulences qui reflètent aussi pour partie le décrochage général de notre économie, comme l'atteste les dernières prévisions de l'INSEE. Le secteur industriel qui est le nôtre sait, par gros temps, faire montre d'une capacité de résistance due à l'implication sans relâche de ses dirigeants et de son personnel.

La déclaration de cessation de paiement ou dépôt de bilan qui intervient dans des cas spécifiques répond en premier lieu à une obligation légale et en second lieu à une volonté de redresser l'entreprise, dans un contexte tendu en termes de trésorerie et d'activité. Il s'agit donc d'un acte de gestion responsable. L'unité de Manchecourt du groupe Maury Imprimeur et non "le groupe Maury" comme certains supports ont souhaité le relayer, a choisi cette voie pour faire face à la baisse drastique de volumétrie périodiques affectant notamment le secteur des hebdos.

La haute volumétrie en tirage signifie que ce segment d'activité repose essentiellement sur des technologies industrielles lourdes (rotatives et finitions industrielles) pour garantir aux éditeurs réactivité, vitesse, optimisation des coûts et une qualité constante. Aussi, le dirigeant du groupe Maury Imprimeur a-t-il souhaité assurer la pérennité du site de Manchecourt en garantissant la continuité du service à ses clients, en se plaçant sous la protection du tribunal des affaires économiques, comme d'autres de ses confrères de taille moins conséquente.

Afin de dissiper tout malentendu, l'unité Roto France Impression à Lognes positionnée aussi sur le secteur des périodiques à haute valeur ajoutée a été placée en procédure de sauvegarde, ce qui signifie par nature qu'elle n'est nullement en cessation de paiement. Nous sommes conscients que cette restructuration de la branche appelle une consolidation et donc, à terme, une stratégie de regroupement devenue nécessaire, pour enrayer la dilution de valeur que rencontrent les acteurs industriels du secteur qui adressent ces marchés.
Dans ce contexte, l'UNIIC se tient plus que jamais aux cotés de ses adhérents qui travaillent à organiser ce sursaut collectif.

Pascal Bovero, Délégué général de l'UNIIC

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