L'Uniic place la normalisation au service de la performance graphique

© Uniic

Réuni en France par l'Uniic, le comité international ISO TC 130 a placé la normalisation graphique au coeur des échanges. Loin d'être présentée comme une contrainte, la norme apparaît comme un levier de performance industrielle, de maîtrise colorimétrique et de valorisation des compétences dans les ateliers.

Dans les ateliers, la normalisation colorimétrique se renforce avec l'arrivée de nouveaux standards comme l'ISO 19302. Réuni en France par l'Union nationale des industries de l'impression et de la communication (UNIIC), avec le soutien d'Ambition Graphique et de la Commission de normalisation des technologies et de la communication graphique (CNTCG), le comité technique international ISO TC 130 a rassemblé une soixantaine d'experts autour de l'évolution des normes de l'industrie graphique, du 20 au 24 avril.

Présidé par Pengfei Zhao, le comité ISO TC 130 travaille à l'harmonisation des pratiques d'impression à l'échelle mondiale. L'Uniic a élargi les échanges au-delà du cercle des experts, en associant imprimeurs et donneurs d'ordre lors de conférences et de tables rondes le 22 avril dernier. L'objectif était d'aborder la normalisation sous un angle pragmatique, non comme une contrainte réglementaire, mais comme un levier de pilotage industriel.

Les données au centre du processus

La normalisation modifie en profondeur les méthodes de production. Bruno Barbier, président du groupe Jénome et de l'Uniic, résume cette évolution dans un post LinkedIn : "La normalisation met fin à la subjectivité pour s'appuyer sur la donnée factuelle".

Ce basculement renforce l'industrialisation des ateliers. Les presses ne s'adaptent plus aux fichiers, mais fonctionnent selon des références communes. Bruno Barbier souligne ce renversement : "Ce n'est plus le fichier qui doit dicter le paramétrage d'une presse […] C'est au fichier de se hisser au niveau de l'exigence industrielle".

Cette logique favorise la répétabilité des tirages, un enjeu central dans un contexte de fragmentation des volumes et de multiplication des procédés, de l'offset au jet d'encre.

La couleur comme contrainte industrielle partagée

Pour les marques, la normalisation répond à une contrainte opérationnelle : produire des imprimés cohérents, quel que soit le site ou la technologie utilisée. Publications, emballages ou supports marketing doivent présenter un rendu homogène, indépendamment des conditions de production.

Cette harmonisation s'accompagne de gains de productivité. La maîtrise des processus réduit les temps de calage et la gâche, tout en limitant les litiges. La mise en place de processus normalisés génère en moyenne un gain de marge de 5 %, selon une étude Unic– KEE Consultants–IDEAlliance.

De g. à d., Bruno Barbier, président de l'Uniic, Pascal Bovéro, délégué général de l'Uniic, Pengfei Zhao, président de l'ISO/TC 130, René Anélot, président d'Ambition Graphique, et Meifang Li, secrétaire de l'ISO/TC 130. (Photo Uniic)

Christophe Villar, meilleur Ouvrier de France Technicien de plateforme prépresse 2015 et représentant français au sein de l'ISO TC 130, cité par l'Uniic, rappelle que "l'impression est un procédé industriel et non pas une démarche intuitive ou artistique".

Des standards dominants, mais pas exclusifs

La montée en puissance des normes suscite des interrogations, notamment sur un risque d'uniformisation des rendus. Les acteurs impliqués dans les travaux du TC 130 réfutent cette lecture.

Les productions standardisées concernent la majorité des travaux courants. Les projets spécifiques, liés à des substrats, encres ou exigences particulières, restent possibles et s'intègrent plus efficacement dans une chaîne maîtrisée. Christophe Villar précise : "les produits qui n'entrent pas dans le champ de la chaîne de production normalisée […] seront mieux gérés dans une chaîne normalisée et maîtrisée".

La normalisation comme outil de valorisation des compétences

Au-delà de la technique, la normalisation influence l'organisation des entreprises. Pour Bruno Barbier, la norme "transforme un savoir-faire tacite en compétence reconnue" et participe à la valorisation des métiers de l'imprimerie.

Pour les équipes créatives et marketing, l'existence de référentiels communs offre "moins d'allers-retours, moins d'incertitude", note Bruno Barbier, qui y voit un facteur de fluidification des échanges entre imprimeurs et donneurs d'ordre.

Dans un environnement où les supports se multiplient, la standardisation de la couleur renforce la fiabilité de l'imprimé, en garantissant une restitution cohérente des identités visuelles. "La normalisation n'est pas une simple contrainte technique, c'est un formidable levier de création de valeur et de différenciation" résume le président de l'Uniic.

Plus d'articles sur le thème