Maury Imprimeur, premier imprimeur français de presse magazine, est placé en redressement judiciaire. Le tribunal des activités économiques de Paris a parallèlement ouvert une procédure de sauvegarde pour Roto France Impression, installé à Lognes en Seine-et-Marne, Key Graphic à Paris et Maury Holding dont le siège est à Manchecourt au Malesherbois dans le Loiret. L'activité se poursuit sur l'ensemble des sites du groupe, qui emploie environ 680 salariés. Les procédures ouvertes à Paris doivent permettre au groupe de déposer un plan de continuation dans les prochains mois.
Un recul de 15 % des volumes sur le premier semestre
Cette procédure concerne un maillon important de la production de la presse en France. À elles seules, Maury Imprimeur et Roto France Impression impriment 36 hebdomadaires nationaux chaque semaine et emploient près de 500 personnes. Plusieurs millions de livres de poche, catalogues publicitaires, prospectus et magazines de collectivités territoriales sortent également de leurs presses chaque année.
Le recours au tribunal survient après deux années de restructuration et alors que le recul des volumes s'accentue. Selon Maury, le marché de l'imprimerie de labeur a baissé d'environ 15 % au premier semestre 2026, après 8 % en 2025. Maury Imprimeur a réalisé 53 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, contre 59,2 millions en 2024, selon les derniers chiffres publiés.
Deux années de restructuration
En février 2024, Maury avait annoncé la fermeture de l'imprimerie de Malesherbes et le transfert, à une dizaine de kilomètres, de ses productions vers Manchecourt dans le Loiret, transfert achevé en 2025.
Maury expliquait cette concentration de la production par la baisse des volumes et la hausse des coûts, notamment énergétiques. Un PSE portant sur 52 postes avait ensuite été annoncé en juin 2025 avant d'être retoqué.
L'imprimeur met aussi en cause la baisse de la presse imprimée, la numérisation des contenus, la fin de la distribution des prospectus commerciaux dans les boîtes aux lettres et les hausses des coûts du papier et de l'énergie. Il précise avoir financé sa restructuration avec son actionnaire familial, sans aide publique reçue à ce jour.
Maury a également fait appel à Arthur Rozen comme CEO pour piloter cette période de restructuration. Arthur Rozen est spécialisé dans l'accompagnement d'entreprises en difficulté.
Les tensions financières se sont également fait sentir à Manchecourt. Selon La République du Centre, une vingtaine de salariés ont débrayé le 14 septembre sur ce site du Malesherbois dans le Loiret, à l'appel de la CGT. Les salariés en CDI n'avaient reçu que la moitié de leur salaire d'août. Selon Gino Léonard, délégué syndical CGT cité par le quotidien régional, la direction leur a indiqué que le solde serait versé par l'AGS.
"Voulons-nous encore d'une filière Print en France ?"
Pierre-Antoine Laporte place également le débat sur le terrain des capacités françaises d'impression de presse. "Ce n'est pas seulement l'avenir de notre groupe qui se joue aujourd'hui, mais celui de la parution en kiosque d'un grand nombre de titres incontournables de la presse magazine française à quelques mois d'échéances politiques majeures", affirme le président de Maury Imprimeur. Le groupe ajoute que des études montrent que chaque disparition d'un titre de presse fait reculer la participation électorale d'environ 0,3 point.
L'imprimeur demande à ses clients d'honorer leurs engagements financiers et annonce la mise en place d'une nouvelle politique commerciale dans les divisions concernées par les procédures collectives. "Nous avons, plus que jamais, besoin de nos parties prenantes pour nous aider à traverser cette période difficile et réinventer un modèle pérenne", poursuit Pierre-Antoine Laporte.
Et le dirigeant interpelle directement les donneurs d'ordres : "La question que je pose donc aux éditeurs et au secteur de la publicité en général est la suivante : voulons-nous encore d'une filière Print en France ?"








