Du plomb au pixel : le musée de l'Imprimerie de Lyon prépare sa réouverture en 2027

Le musée de l'Imprimerie et de la Communication graphique de Lyon engage le chantier le plus important réalisé dans ses murs depuis son ouverture en 1964. Accessibilité, bâtiment Renaissance, déplacement de 32 000 objets et refonte du parcours permanent composent un programme qui dépasse la rénovation immobilière. Pour les professionnels des industries graphiques, la réouverture annoncée au printemps 2027 pose surtout une question : comment raconter désormais plusieurs siècles de production imprimée, de la composition au plomb à la photocomposition et au design graphique ?

À Lyon, la rénovation du musée de l'Imprimerie ne concerne pas seulement un établissement culturel fermé pendant plusieurs mois. Elle touche aussi à la manière dont une industrie conserve ses machines, ses matrices, ses caractères, ses imprimés et, surtout, la mémoire des procédés qui les ont produits.

Rendre accessible un bâtiment Renaissance sans effacer son histoire

La première difficulté tient dans les murs. Le musée occupe l'Hôtel de la Couronne, ensemble dont l'origine remonte à la fin du 15e siècle et qui accueillit les services municipaux lyonnais à partir de 1604. Le site se trouve dans le secteur de Lyon inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1998.

Cette implantation donne au musée une identité particulière, mais elle impose des contraintes techniques. Avant la fermeture du 1er juin 2025, seule une partie du rez de chaussée, où se trouve notamment l'atelier de typographie, était accessible aux personnes en fauteuil. Le chantier doit donc introduire les équipements nécessaires à l'accessibilité dans un édifice ancien comprenant galeries, cour, escalier à vis, fenêtres à meneaux et éléments classés.

Pour le visiteur, le bénéfice est direct : l'accès aux collections ne doit plus dépendre de la configuration historique des circulations. Pour le maître d'ouvrage, l'équation est moins simple. Chaque intervention doit composer avec la conservation architecturale du bâtiment.

Une enveloppe de 5,4 M€ est citée pour la restauration programmée par la Ville de Lyon, avec une participation de l'État au titre des monuments historiques.

Déplacer 32 000 objets, un chantier de collections avant le chantier muséal

Une presse, une casse typographique ou un ensemble de bois gravés ne se déplacent pas comme une série d'affiches encadrées. La rénovation impose donc une opération moins visible que les travaux dans le bâtiment : la manutention et la protection d'environ 32 000 objets.

La difficulté vient de l'hétérogénéité des collections. Le musée conserve des livres, caractères typographiques, matrices, presses, documents publicitaires, emballages, archives scientifiques, objets anciens et productions graphiques contemporaines.

Cette diversité impose des méthodes de manipulation adaptées au poids, au format, aux matériaux et à l'état de conservation de chaque pièce. Une machine d'impression et un document sur papier posent des problèmes différents de conditionnement, de déplacement et de stockage.

Mais ce déménagement présente aussi un intérêt documentaire. Sortir les collections oblige à les inventorier, les localiser et repenser leur place dans le futur parcours. Pour un musée consacré aux techniques graphiques, le chantier devient ainsi un travail sur la chaîne de production de l'exposition elle même : sélectionner, documenter, déplacer, conserver puis remettre en situation.

De Gutenberg au numérique, comment raconter une chaîne graphique devenue immense ?

Le précédent parcours permanent, repensé en 2014, était organisé en neuf sections. Il partait des origines de l'imprimerie avant 1450 et allait jusqu'à la société de l'information après 1950.

La nouvelle muséographie doit reprendre une matière qui s'est considérablement élargie depuis la création du musée. À l'histoire du livre et de la typographie se sont ajoutés l'estampe, la photographie, l'impression couleur, la publicité, les imprimés administratifs, l'emballage, le design d'information, le graphisme éditorial et les usages numériques.

Pour les professionnels de l'imprimerie, cette évolution est loin d'être anecdotique. Elle raconte le passage d'un métier organisé autour de la composition et de la presse à un ensemble beaucoup plus vaste, associant création, prépresse, reproduction de l'image, impression, finition et communication.

Le fonds consacré à René Higonnet et Louis Moyroud constitue un bon exemple. Les deux inventeurs déposent à Lyon, en juillet 1944, les brevets liés à la photocomposition. Le musée conserve leurs archives scientifiques et commerciales ainsi que leur documentation technique.

La Lumitype Photon matérialise cette rupture industrielle. Son disque de 600 g remplace une partie de l'appareillage reposant jusque là sur des quantités importantes de caractères en plomb. Derrière cet objet relativement compact se lit un changement de modèle : la composition commence à se détacher de la matière typographique.

L'intérêt du nouveau parcours sera donc de montrer des ruptures sans isoler les procédés. Pour comprendre l'offset, la photocomposition ou le numérique, encore faut il savoir ce qu'ils ont remplacé.

Machines, matrices et imprimés racontent aussi l'histoire industrielle de la couleur

Le musée ne conserve pas seulement des livres remarquables. Ses collections permettent de suivre les techniques utilisées pour produire l'image imprimée.

Une place importante est consacrée à la lithographie et à la chromolithographie. Au 19e siècle, ces procédés accompagnent la diffusion des images en couleur dans les imprimés commerciaux, publicitaires et populaires. Les collections comprennent notamment des travaux de ville en chromolithographie provenant d'imprimeries régionales.

Ce patrimoine intéresse directement les métiers actuels de l'impression et de l'emballage. Une étiquette, une affiche, une réclame ou un imprimé commercial ancien montrent déjà des questions qui restent familières dans un atelier : restitution de la couleur, repérage, reproductibilité, choix du support et coût de production.

Les collections comprennent également des bois gravés ayant servi à imprimer des bibles lyonnaises du 16e au 18e siècle, des matrices, des machines, des presses ainsi que du matériel typographique du 20e siècle.

L'atelier installé dans le musée en 1988 prolonge cette approche par le geste. Casses, caractères en plomb, vignettes et presses à épreuves permettent de ne pas réduire l'histoire de l'imprimerie à des documents placés sous vitrine.

C'est un avantage pour la compréhension technique. La contrepartie est muséographique : une machine arrêtée explique rarement seule comment fonctionnait un atelier. La médiation, les démonstrations et la manipulation restent nécessaires pour relier l'objet au procédé.

Pendant les travaux, le musée teste une autre manière de montrer le graphisme

La fermeture ne signifie pas l'arrêt de la programmation. Le musée a choisi de déplacer une partie de ses activités hors de la rue de la Poulaillerie.

Entre le printemps et l'automne 2025, des textes tirés du Journal du dehors d'Annie Ernaux ont été présentés dans les rues de Lyon. L'exposition Le musée ambulant. Lectures de Miyazaki a circulé dans les mairies d'arrondissement du 11 juin 2025 à août 2026. Des projets graphiques réalisés avec des adolescents ont également été présentés au Collège Graphique.

L'affiche, l'édition, le caractère, l'illustration et une bonne partie du design graphique sont nés pour circuler. Les montrer dans la ville remet donc certains objets dans un contexte proche de leur fonction initiale.

Mais cette formule a aussi ses limites. Une exposition hors les murs ne remplace ni l'accès aux machines, ni les rapprochements entre documents, ni la lecture chronologique d'une collection permanente.

Elle permet en revanche au musée de conserver une présence publique pendant la fermeture et d'expérimenter des formats qui pourront nourrir sa programmation après 2027.

Un changement de musée autant qu'un changement de parcours

La transformation intervient plus de 60 ans après l'ouverture au public du musée de l'Imprimerie, le 18 décembre 1964. L'établissement était alors fortement lié à l'histoire du livre et à l'activité des imprimeurs lyonnais.

Son périmètre s'est depuis déplacé. Le changement de dénomination intervenu auparavant avec l'ajout de la Communication graphique traduisait déjà cet élargissement. Les informations disponibles évoquent désormais un nouveau changement de nom lié au projet de 2027, sans préciser la future appellation.

Ce point dépasse la question de l'identité visuelle. Nommer un musée revient aussi à définir ce qu'il collecte et ce qu'il raconte.

L'enjeu concerne particulièrement les professionnels des arts graphiques. Entre le caractère mobile, la lithographie, la photocomposition, l'informatique, le design éditorial et l'emballage, les frontières du secteur n'ont cessé de bouger.

La future appellation donnera donc une indication sur la manière dont l'établissement entend réunir ces différents métiers dans un même récit.

Et après 2027 ?

La réouverture annoncée au printemps 2027 donnera une première réponse sur la manière dont un musée historique peut présenter une industrie dont les outils changent sans cesse.

Mais un autre chantier se profile déjà. Après la presse typographique, la photocomposition et l'informatique, il faudra documenter les mutations plus récentes de la chaîne graphique, les flux numériques, l'automatisation, les nouveaux modes de production et l'évolution des supports.

Un musée de l'imprimerie travaille forcément avec un léger paradoxe : au moment où une technologie entre dans les collections, les ateliers sont souvent déjà passés à la suivante. C'est aussi ce décalage qui rend ce patrimoine utile. Il permet de comprendre que, derrière chaque rupture technique, les mêmes questions reviennent : comment composer, reproduire, imprimer, diffuser et conserver une information visuelle ?

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