Qui sont les concurrents des industriels français du livre et pourquoi

Positionnement des industriels français des livres noir par rapport à leurs concurrents (voir en-dessous l'autre graphique). © Imprimer en France : l’avenir de la filière livre (Cabinet BL)

30 à 40 % des livres sont importés sur le marché français. Quelles sont les forces et faiblesses des imprimeurs français et quel est leur positionnement stratégique ?

La part des importations de livres est "significative" sur le marché français. 30 à 40 % des livres français proviennent de l’étranger réalisé par une centaine d’industriels étrangers, selon le rapport Imprimer en France : l’avenir de la filière livre présenté en fin 2015.

Financé par l’Union des industries de l’impression et de la communication (l'Uniic) et par l'État via la Direction générale des entreprises (DGE), il analyse la compétitivité des industriels français du livre.

Les livres en noir imprimés dans un rayon de 1500 km autour de Paris

La concurrence n'est pas la même selon les types d'ouvrages. La production de livres en noir et deux couleurs (deux segments qui cumulent 59% du chiffre d'affaires des industriels du livres et qui représentent 58 % des livres importés) s'opère dans un rayon de 1 500 km autour de Paris, en raison du besoin de réactivité. L'Italie commence à se positionner sur ce créneau.

Les livres illustrés couleurs (segment qui représente 34 % du CA et 28 % des importations) subissent la concurrence du monde entier, "mais pour des raisons historiques, l’Italie y conserve une place prépondérante, suivie de l’Espagne".

La bande dessinée (6 %) est produite en France, Belgique et Italie.

Les produits complexes, soit les livres petite enfance, les livres-jouets, les produits mixtes et
complexes (7 % en chiffre d'affaires et 7% en importation), sont fabriqués en Asie, pour des raisons de coûts de main-d'œuvre et notamment en Chine.

L'Italie, en tête des pays importateurs de la France

En Europe, les trois premiers fournisseurs de livres de la France sont l’Italie (27 % des importateurs de livres) pour sa qualité et sa réactivité, l’Espagne (17 %) avec ses prix et sa tradition d’export. Les imprimeurs asiatiques (chinois, singapouriens et malaisiens) se placent au troisième rang des exportateurs de livres sur le territoire (15 %) grâce à des prix avantageux.

Ils sont suivis de la Pologne (11 %) qui ayant de fortes capacités de production cherche de nouveaux marchés.
La part des importations en provenance des pays de l’Est de l’Europe qui représentait 0,93 % en 2009 est passée à 2,36 % en 2013.
Les éditeurs et les imprimeurs auditionnés ont confirmé, qu’il n'y avait aujourd’hui plus d’écarts de prix structurels et significatifs entre la France et les pays limitrophes.
L'Allemagne ne représente que 5 % des pays importateurs et la Belgique 3 %.

La France, un marché intéressant pour l'étranger

La France est un marché particulièrement intéressant. Les imprimeurs étrangers interrogés pour cette étude ont déclaré se positionner sur le marché français pour sa taille (la production éditoriale est importante et variée), sa stabilité (il connaît un "simple effritement", et non un effondrement comme en Espagne ou en Italie), ses délais de paiement des clients et leur solvabilité et pour sa porosité (les éditeurs et leurs services de fabrication s'approvisionnent depuis longtemps à l’étranger).

Depuis 2008, la crise a entraîné une diminution des volumes à imprimer pour ces marchés locaux. Les imprimeurs d’Europe occidentale ont donc prospecté plus activement sur les marchés extérieurs, et notamment en France, en particulier les imprimeurs espagnols et italiens dont les marchés se sont effondré de 15 à 20 %.

Le respect des délais et la qualité de fabrication, les deux points forts des Français

Globalement, les éditeurs sont satisfaits des prestations des industriels français du livre, en particulier concernant la qualité des ouvrages. 

"Ils mettent néanmoins en avant certaines faiblesses qui nuisent à la compétitivité de leur offre : un positionnement prix souvent défavorable et parfois lié à l’obsolescence de certains parcs machines ou au manque de souplesse des organisations, l’incapacité ou le manque d’intérêt des industriels pour traiter les commandes particulières, le faible niveau du service (réactivité à la demande, devisage, suivi de fabrication, créneaux de livraison…)," note le rapport.

D'après les données recueillies auprés des donneurs d'ordre et des caractéristiques des industriels français et étrangers, le rapport a dégagé huit critères pour qualifier le positionnement des industriels français sur les différents segments de fabrications de livres par rapport à leurs concurrents : 

- la compétitivité des prix
- le degré d’intégration au sein des entreprises
- le degré de collaboration avec la filière
- le niveau global en qualité-sécurité-environnement (QSE)
- la qualité globale
- la part à l’export
- les délais
- le niveau général de flexibilité, réactivité, adaptabilité

Notés de 0 (nul) à 5 (fort), ces huit critères ont été présentés dans quatre schémas pour les quatre marchés suivants : la littérature générale (impression en noir), l'impression en couleurs, la quadrichromie (bande dessinée) et les produits complexes.

Impression en noir

Impression en couleurs

Bande dessinée

Produits complexes

Selon le rapport, la France n'est donc leader sur aucun des marchés du livre. L'Europe
limitrophe, suivie des pays d'Europe de l’Est sont ses principaux concurrents sur les trois marchés les plus importants, l'impression en noir (la littérature générale), la quadrichromie et la BD.

L'Asie domine de peu l'Europe limitrophe sur les produits complexes.

Les points forts des imprimeurs français sont le respect des délais et la qualité de fabrication. Hors produits complexes, ils ont un positionnement prix moyen qui constitue un désavantage pour les impressions qui n’exigent pas de délais cours de livraison.

Et si les éditeurs constatent qu'il n'existe plus d’écarts de prix significatifs avec les pays limitrophes, ils trouvent en Europe des prix intéressants, mais aussi des compétences techniques (en particulier dans le secteur de la couleur et pour les produits non standards), des parcs machines plus adaptées à leurs besoins et une qualité de service qui font parfois défaut aux industriels français. La disparition de certaines entreprises françaises emblématiques de la filière a également contribué à la délocalisation de la production.

 

 

 

 

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