Rencontre avec Lourmel : enjeux sociaux, prévoyance et responsabilité de la filière graphique

Yann Quéré, directeur général de Lourmel

Depuis 1953, Lourmel accompagne les industries des arts graphiques dans la protection sociale. Yann Quéré qui dirige l'organisme et Sophie Sitchougoff, directrice de la communication, m'ont présenté l'histoire et les rôles parfois méconnus de Lourmel.

Afin de découvrir le groupe Lourmel, je me rends dans leurs bureaux situés à Paris au bout de la rue Lourmel prés de Balard, entre les stations de métro Boucicaut sur la 8 et Charles Michel sur la 10. Je suis accueilli par Yann Quéré, le directeur général, et Sophie Sitchougoff, directrice de la communication. Une ambiance un peu surannée, et détendue dans des locaux dont les murs témoignent de la longue histoire de la filière graphique en France.

Yann Quéré, homme jovial et volontiers ouvert, me précise l'origine du nom Lourmel. Comme toutes les institutions paritaires de l'époque, elles ont pris souvent le nom des rues de leur siège social. Lourmel est l'exemple typique du dialogue social à la française à l'époque de la reconstruction dans la France de l'après-guerre. Créée en 1953, c'est une initiative paritaire patrons-syndicats ouvriers qui, à l'époque, devait améliorer une retraite bien modeste et améliorer la couverture risque maladie et décès des cadres et employés.

En 2001, cette retraite complémentaire Lourmel fusionne avec Agirc-Arrco. Cela permet aujourd'hui d'assurer la retraite complémentaire des 123 000 anciens salariés de la branche pour 45 000 cotisants à ce jour des 4 700 entreprises cotisantes. Ces chiffres permettent d'expliquer la nécessité de réformer l'âge de la retraite.

Ainsi, Lourmel se consacre presque exclusivement à la prévoyance, à l'aide sociale et aux frais médicaux (mutuelles).

La prévoyance, "une meilleure prestation de couverture que les autres caisses"

La prévoyance permet de verser les salaires en cas de maladie, handicap et décès au cours de la vie professionnelle.
Il fut longtemps l'acteur obligé de la branche professionnelle, mais la réforme 2013 ouvre le marché de la prévoyance à d'autres acteurs. Ce qui n'a pas l'air d'effrayer notre directeur qui affiche une sérénité sur la fidélité des entreprises du secteur graphique. "Nous avons une meilleure prestation de couverture que les autres caisses ! Et puis nos administrateurs sont du métier, il y a une écoute et une proximité des enjeux."

Et des décisions collectives dans le sens des entreprises cotisantes ! Ainsi, n'ont-ils pas hésité à accepter le gel des taux de cotisations pendant 11 ans, pour ne pas entraver davantage les entreprises en pleine crise existentielle ! Une décision qui a coûté 8 millions d'euros aux réserves de l'institution. Et ce qui explique la hausse récente des taux, pour remettre à niveau les recettes avec les dépenses.

Lourmel, c'est aussi l'aide sociale aux salariés…

Une des autres actions de Lourmel – et très méconnue des entreprises – est l'aide sociale aux salariés en difficulté. 
2, 5 millions d'euros y sont consacrés pour des actions collectives avec d'autres organismes et des actions individuelles, travailleurs en difficulté économique, surendettement, perte d'autonomie de conjoint, financement de séjour de répit pour les monoparents stressés, etc.
Sophie Sitchougoff regrette la faible mobilisation des entrepreneurs sur cette possibilité qu'offre Lourmel à leurs salariés en difficulté.

… et également la couverture santé

Il en est de même pour l'offre de mutuelle de Lourmel, les frais de santé, secteur très concurrencé. Encore trop peu d'entreprises font appel à Lourmel pour leurs mutuelles. Et c'est dommage, car l'établissement a une réelle compétence des risques santé de la branche. 
Beaucoup d'entrepreneurs délèguent à leurs comptables le soin de choisir leur prestataire dans ce domaine ; et seuls six "vendeurs Lourmel" couvrent les 4500 entreprises du secteur pour proposer ce service.

Lourmel, un marqueur de la spécificité de la filière graphique

Lourmel développe une politique très affirmée dans la RSE, la responsabilité sociale et économique. Et leur expertise peut être utile pour l'entrepreneur, avant qu'il ne soit contraint de subir les obligations dans ce domaine. Les institutions paritaires sont très régulées, l'État étant jaloux de ses prérogatives en matière de réglementation et d'incitation dans l'attitude économiquement, écologiquement et socialement responsable des entreprises.

La philosophie des valeurs de la filière graphique, très à la pointe en matière de protection sociale avec sa convention collective, est intégrée à l'ADN de Lourmel. Et l'écoute des salariés pour traiter les dossiers sensibles concernant les salariés en difficulté est optimale.

Lourmel fait partie des marqueurs de la spécificité de la filière graphique, au même titre que les écoles et centres de formation.
Gageons que l'adhésion des entreprises du secteur à ces marqueurs permettra à la filière de survivre aux mutations technologiques. Imprimer, c'est fixer l'écrit. Et l'écrit qui dure grâce au papier est une garantie d'une bonne démocratie et de nos valeurs menacées par l'économie numérique.

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