Alors que la production manufacturière européenne a chuté jusqu'à 40 % depuis 2018 et que 200 000 emplois industriels ont disparu l'an dernier, la Confédération européenne de l'industrie papetière (Cepi) souhaite replacer biomasse, circularité et financement de la décarbonation au cœur du débat industriel.
L'organisation professionnelle qui représente les producteurs de pâte et papier en Europe s'appuie sur un rapport confié au cabinet Deloitte. Selon cette analyse intitulée Antwerp Declaration Monitoring Report, l'utilisation de la biomasse et l'efficacité dans la circularité des matériaux constituent des atouts structurels pour l'industrie européenne face aux produits fossiles importés.
Le rapport souligne que la filière forêt-bois, déjà encadrée par des législations nationales, doit composer avec plus d'une centaine de réglementations européennes supplémentaires. La Cepi considère que cette superposition freine le développement industriel lié à la biomasse.
La collecte et le recyclage du papier restent par ailleurs fragmentés selon les États membres. Cette hétérogénéité complique l'optimisation des flux de matières secondaires, alors que le papier figure parmi les matériaux les plus recyclés en Europe.
Les industriels européens opèrent sous des normes environnementales et sociales parmi les plus exigeantes. La Cepi estime toutefois que ces standards ne se traduisent pas suffisamment dans la demande du marché. Les produits à base fossile importés bénéficient de coûts inférieurs, créant une distorsion de concurrence.
La confédération soutient l'introduction de préférence européenne pour sécuriser certaines chaînes de valeur jugées critiques.
Le document pointe aussi la complexité des instruments publics finançant la décarbonation industrielle. Les recettes du système européen d'échange de quotas d'émission ETS ne seraient pas redistribuées de manière suffisamment efficace, selon l'analyse.
La Cepi considère que l'ampleur potentielle des fonds générés par les États membres pourrait modifier la capacité d'investissement du secteur pour atteindre les objectifs climatiques de 2030.
Jori Ringman, directeur général de Cepi, rappelle que l'industrie européenne de la pâte et papier a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de plus de 50 % par rapport à 2005.
"Mais dans le contexte actuel caractérisé par des prix élevés de l'énergie, une faible demande, des coûts élevés et une guerre commerciale en cours, nous n'avons d'autre choix que de demander aux chefs d'État de l'UE réunis à Alden-Biesen de maintenir le volume actuel de quotas carbone alloués gratuitement ainsi que la liste des installations de pâte et papier éligibles pour la période 2021-2025, et de suspendre jusqu'en 2030 toute mesure susceptible d'augmenter le coût du carbone."
La position de la Cepi intervient alors que les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne se sont réunis le 12 février à Alden-Biesen en Belgique pour parler des solutions pour enrayer le déclin de la compétitivité européenne.










