Règlement PPWR Européen : quels impacts pour les emballages à partir du 12 août 2026

Entré en vigueur le 11 février 2025, le règlement européen PPWR s'appliquera à partir du 12 août 2026. Il impose des objectifs de réemploi, de recyclabilité et de réduction des emballages, avec un cadre harmonisé pour l'ensemble des opérateurs européens. Pour les industriels, les distributeurs et les acteurs de la REP, l'enjeu est à la fois réglementaire, technique et économique.

Le Packaging and Packaging Waste Regulation, ou PPWR, modifie en profondeur la gestion des emballages en Europe. Derrière l'objectif environnemental affiché, il pose des questions très concrètes aux fabricants d'emballages, aux imprimeurs, aux conditionneurs et aux metteurs en marché.

Harmonisation réglementaire, fin des divergences nationales ?

Le passage d'une directive à un règlement européen n'est pas anodin. La directive de 1994, révisée en 2018, laissait aux États membres le soin de transposer les règles dans leur droit national. Résultat, des calendriers et des exigences variables d'un pays à l'autre. Pour un industriel opérant sur plusieurs marchés, cela signifiait des analyses juridiques multiples, des adaptations de gammes et des investissements spécifiques.

Le PPWR, applicable directement dans tous les États membres à partir du 12 août 2026, vise à uniformiser les exigences. L'intérêt de l'Europe est clair : un cadre commun, plus lisible mais cette harmonisation limite aussi les marges d'interprétation nationales.

Pour les imprimeurs d'emballages et les transformateurs, cela implique de revoir les spécifications techniques en anticipant un socle réglementaire unique. Les services R&D devront intégrer ces contraintes dès la conception, sous peine de devoir reformuler ou requalifier des produits à court terme.

Réemploi des emballages de transport, une logistique à repenser

Le PPWR fixe des objectifs de réemploi ambitieux pour les emballages professionnels de transport.

À horizon 2030, au moins 40 % des emballages de transport devront être réemployés, puis 70 % en 2040. Sont concernés les palettes, caisses plastiques, plateaux, fûts, bidons, grands récipients pour vrac, y compris certains formats souples utilisés pour la stabilisation des charges.

Et dans certains cas, l'objectif grimpe à 100 %. C'est le cas des flux internes entre sites d'un même opérateur, ou des livraisons entre professionnels au sein d'un même État membre.

Pour les logisticiens et les fabricants d'emballages industriels, cela suppose :

  • des systèmes de traçabilité et de rotation des emballages réutilisables
  • des matériaux capables de résister à plusieurs cycles
  • des procédures de nettoyage et de contrôle qualité conformes aux normes sanitaires et de sécurité

Les exemptions, notamment pour les marchandises dangereuses ou certains emballages sur mesure, ne couvrent qu'une partie des usages. Et les boîtes en carton sont exclues de ces objectifs de réemploi, ce qui interroge sur l'arbitrage entre fibre et plastique dans les stratégies d'écoconception.

Recyclabilité à 70 %, une contrainte de conception dès 2030

À partir de 2030, tous les emballages devront être recyclables. Plus précisément, ils devront atteindre un seuil minimal de 70 % de recyclabilité pour être mis sur le marché.

Cela ne se limite pas à la fin de vie. Le règlement impose des critères de conception pour le recyclage. Autrement dit, les choix de matériaux, d'encres, de colles, de vernis ou de complexes multicouches deviennent centraux.

Pour les imprimeurs et les fabricants d'emballages imprimés, plusieurs points techniques sont à surveiller :

  • compatibilité des encres avec les filières de recyclage
  • limitation des combinaisons de matériaux difficiles à séparer
  • réduction des éléments perturbateurs, comme certaines barrières ou additifs

Les progrès observés au niveau européen restent mesurés. Le taux de recyclage des emballages plastiques est passé de 55 % à 65 % entre 2005 et 2022. Pour le papier et le carton, il a progressé de 73 % à 83 % sur la même période. Mais le taux de circularité global de l'économie européenne atteint 11,8 % en 2023, soit une hausse limitée de 1,1 point en 13 ans.

Le PPWR cherche à accélérer cette dynamique. Reste à voir si les infrastructures de tri et de recyclage suivront le rythme.

Réduction à la source et limitation du vide, un impact direct sur le design

La réduction des emballages est un autre pilier du règlement. Dès 2027, le poids et le volume devront être limités au strict nécessaire pour assurer la fonction de l'emballage. Les dispositifs visant uniquement à augmenter le volume perçu du produit seront interdits.

À partir de 2030, certains formats plastiques à usage unique, notamment dans la restauration sur place, disparaîtront du marché. Les États membres devront également atteindre des objectifs de prévention des déchets d'emballages de 5 % en 2030, 10 % en 2035 et 15 % en 2040.

Le e-commerce est directement concerné. Les emballages de transport devront respecter un taux de vide maximal de 50 % à compter de 2030. Les matériaux de calage seront intégrés dans le calcul.

Pour les bureaux d'études et les designers packaging, cela change la donne. Il faudra optimiser les formats, adapter les découpes, repenser les standards logistiques. Et cela peut entrer en tension avec les impératifs marketing ou de protection produit.

Articulation avec la REP française, continuité ou rupture ?

En France, la future REP des emballages professionnels intègre déjà les définitions européennes.

Le PPWR ne modifie pas directement l'organisation entre emballages ménagers et professionnels. En revanche, il s'impose comme cadre supérieur. Les autorités nationales pourront fixer des objectifs plus ambitieux, mais devront rester cohérentes avec le règlement.

Et le calendrier est clair. Entré en vigueur le 11 février 2025, le règlement deviendra applicable le 12 août 2026. Les premières mesures structurantes interviendront en 2027, puis 2030 et 2040 pour les objectifs les plus élevés.

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