Après avoir fait rire le web pendant plus d'une décennie, Le Gorafi, site d'information parodique né en ligne, tente un geste qui ressemble à une blague… mais qui dit beaucoup de l'époque : sortir un journal papier. Un mensuel envoyé par la poste, 100 % inédit, "recyclable" et revendiqué, avec l'élégance qui caractérise le titre, comme "idéal pour vos toilettes".
Du fil Twitter à la boîte aux lettres
Le Gorafi s'est d'abord construit comme un objet typiquement digital : un ton calibré pour la viralité, une écriture courte, un humour d'actualité et une diffusion dopée aux partages. Le projet démarre pendant la campagne présidentielle de 2012, d'abord sur Twitter, puis sous forme de blog, avant de devenir un site à part entière en septembre de la même année.
Aujourd'hui, le pure player prend un autre chemin, avec un slogan un brin provocateur qui fera pâlir les associations Two Sides et Culture Papier : "Enfin des arbres abattus pour une bonne raison !"
Le Gorafi papier, le journal "anti-algorithme"
Derrière la blague, l'argumentaire est clair : faire du papier une sortie de secours face aux dépendances contemporaines.
Sébastien Liebus, cofondateur et directeur général du Gorafi, résume, sur LinkedIn, le lancement comme une conquête : "À l'heure où la presse s'interroge, où des milliardaires lessivent des rédactions, ou d'autres manipulent des algorithmes de réseaux sociaux, Le Gorafi va s'affranchir de tout cela et devenir (…) le premier média à lancer une édition papier depuis 1936."
Concrètement, il s'agit d'un mensuel de 16 pages au format berlinois, envoyé en boîte aux lettres, "grâce à un système révolutionnaire de distribution postale".
Le Gorafi promet du contenu 100 % inédit, avec ses fondamentaux (société, culture, politique, sport…), enrichis d'items qui miment les codes de la presse (fact checking, horoscope, météo, courrier des lecteurs, jeux, conseils boursiers, etc).
L'impression est assurée par le groupe La Dépêche, actionnaire depuis octobre 2024 de DC Company, éditeur notamment du Gorafi.
Rue 89 et Causeur : deux exemples de journaux de pure-player
Ce passage au papier n'est pas inédit et il ne faut pas remonter à 1936 : la presse en ligne en France a déjà tenté, à plusieurs reprises, de faire exister un objet imprimé avec des succès différents
Le cas Rue89 reste l'un des exemples emblématiques du passage au papier d'un pure player d'info : en 2010, le site annonce un mensuel papier (Revue 89), vendu en kiosque composé d'une sélection d'articles du web réédités, retravaillés. Mais après 17 numéros, le journal s'arrête.
À l'époque, l'idée est de prolonger le site dans un format à garder, en espérant capter un public qui aime lire autrement et trouver un relais économique.
À l'inverse, Causeur suit une trajectoire plus stable. Le média web lancé en 2007 sort une version papier mensuelle dès juin 2008. Le titre est toujours disponible aujourd'hui, preuve qu'un aller-retour entre web et imprimé peut tenir dans le temps. Souhaitons le même chemin au Gorafi.












