Le ton monte autour de l'ancienne usine de pâte à papier Fibre Excellence Provence. Face aux risques constatés sur le site Seveso de Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, l'État confie sa mise en sécurité à l'Ademe. Une décision accompagnée de lourdes accusations contre les liquidateurs judiciaires, qui répliquent point par point.
Depuis l'arrêt de la production fin avril et la liquidation de la papeterie en juillet dernier, d'importants volumes de bois et de produits chimiques restent stockés sur ce site classé Seveso, à proximité du Rhône
Le 15 septembre, l'inspection des installations classées et l'Ademe ont inspecté les lieux. Elles y ont constaté la présence de bois, de produits dangereux et de déchets répartis sur l'ensemble du site. Parmi eux figurent des déchets dangereux liquides, principalement des liqueurs.
Le réseau de lutte contre les incendies et la station d'épuration doivent notamment être remis en service. Selon le ministère chargé de la Transition écologique, plusieurs arrêtés de mesures d'urgence, de mise en demeure puis de réquisition n'ont pas été exécutés par les liquidateurs.
L'État accuse les liquidateurs...
Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, a donc autorisé le préfet des Bouches-du-Rhône à faire appel à l'Ademe au titre d'une "urgence impérieuse", indique-t-il dans un communiqué. Un arrêté préfectoral de travaux d'office doit lui confier les opérations.
Et le ministère ne ménage pas les liquidateurs judiciaires. "Depuis des semaines, l'incurie des liquidateurs fait obstacle à la mise en œuvre des arrêtés de mesures d'urgence puis de mise en demeure et de réquisition", accuse Mathieu Lefèvre.
Le ministre prévient également que "le montant de la facture sera évidemment adressé aux liquidateurs".
Une présentation que ces derniers contestent fermement.
... qui répliquent : "Nous avions proposé l'Ademe"
Les co-liquidateurs affirment, dans un communiqué, avoir découvert la décision par voie de presse. Surtout, ils assurent avoir eux-mêmes proposé à la Dreal, plusieurs jours auparavant, de faire appel à l'Ademe, compte tenu de l'ampleur des opérations restant à mener et des moyens disponibles dans le cadre de la liquidation.
"Présenter aujourd'hui l'intervention de l'Ademe comme une réponse d'urgence de l'État à une prétendue 'incurie' des liquidateurs revient donc à inverser la chronologie des faits". Ils ajoutent : "Le ministère transforme ainsi une solution proposée par les liquidateurs eux-mêmes en élément à charge contre eux."
Depuis leur désignation, ils disent avoir organisé la mise à l'arrêt du site, maintenu une surveillance permanente, installé des moyens de première intervention contre l'incendie et engagé l'évacuation progressive des produits.
Ils refusent également d'endosser la responsabilité de la situation environnementale d'une usine qu'ils n'ont prise en charge qu'au moment de sa liquidation.
Une occupation du site le 17 septembre
Autre point de discorde : les événements du 17 septembre. Selon les liquidateurs, plusieurs dizaines de personnes ont pénétré sans autorisation dans l'usine. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, accompagnée de médias, est également entrée sur le site pour y tenir une conférence de presse.
Dans l'après-midi, d'anciens salariés auraient remis sous tension des équipements et redémarré certaines installations. Realtec, chargé d'opérations techniques, a alors retiré ses équipes, estimant ne plus pouvoir assurer leur sécurité.
"Ces faits ont été portés en temps réel à la connaissance de l'État", soulignent-ils. Selon eux, leur absence du communiqué ministériel "modifie profondément la compréhension de la situation et des responsabilités de chacun".
Le désaccord porte enfin sur le paiement des opérations confiées à l'Ademe. Les liquidateurs répondent qu'"aucune décision prise unilatéralement par l'État ne saurait, par la seule affirmation d'un communiqué ministériel, créer une dette personnelle à la charge des mandataires judiciaires".









