Interview / La Caverne d'Ali Baba d'un typographe passionné

Lingotier dans l'atelier du typographe Jacques Renou à Groutel, dans les Pays de Loire (72).

Jacques Renou a commencé à sauver du matériel de la casse ou de la fonte lorsque de petits imprimeurs passaient à l'offset ou à la reprographie et qu'il leur fallait rapidement libérer de la place.

C’est dans le hameau de Groutel, à Champfleur dans la Sarthe, que s’est installé le typographe Jacques Renou. En 2006, il a créé l’association L’Atelier de Groutel.

Conscient que son activité de typographe dans le domaine de l’artisanat d’art et de la protection du patrimoine est limitée en termes de développement économique, Jacques Renou a cependant l’impression que cette niche devient plus active et que des quarantenaires s’ouvrent au letterpress.

Son atelier est une caverne d’Ali Baba pour les imprimeurs. Interview.

Comment avez-vous appris l’activité d’impression ?

Élève des beaux-arts de Paris en 1971-72, j’ai cherché les moyens de reproduire textes et images. J’ai commencé à fréquenter les imprimeurs typographes en participant à la création de revues/fanzines. Puis en faisant des stages avec Alain Roger, au début des années 80. J’ai commencé à sauver du matériel de la casse ou de la fonte, lorsque de petits imprimeurs passaient à l’offset ou à la reprographie et qu’il leur fallait rapidement libérer de la place.

L'atelier de Jacques Renou

Comment s’appelle votre maison d’édition ? Quel type d’ouvrages publiez-vous ? À quelle fréquence ?

La maison d’édition (associative) se nomme "L’Atelier de Groutel" du nom du hameau où il est implanté. Je publie des recueils (livres, portfolios, leporellos) de poésie contemporaine, environ 8 par an. En sus, j’édite des cartes postales créées avec des artistes linograveurs essentiellement (entre 6 et 10 par an). S’ajoutent des affichettes comme celle du prix polar Michel Lebrun de la ville du Mans.

Sur quelle machine d’impression travaillez-vous ? D’autres matériels ?

Je travaille sur des presses à épreuves Deberny Peignot, du format A4+ jusqu’à celle qui accepte le format 45X70 cm ; sur une presse à épreuve Didot fin 19e, sur une Korrex Stuttgart de 1957, sur une platine F.L. et sur une Ofmi Heidelberg de 1950. J’ai aussi une fondeuse Ludlow (en panne actuellement) et 3 rangs de matrices, une plieuse Camco, des presses de notaire, Freinet…

J’ai environ 200 tiroirs de caractères mobiles (environ 60 sont suffisamment garnis et en bon état), vignettes, filets et clichés. J’utilise aussi des coupoirs biseautier Derriey et Deberny-peignot, un thermorelieur Multitex, un massicot Idéal manuel de 47 cm de coupe, et un massicot construit par Boildieu en 1900 (je cherche à m’en séparer). Une presse KISS des années 60 utilisable pour faire de la dorure à chaud (format carte de visite, et 6 boîtes de caractères spécifiques). Et des lingotiers pour compléter cet équipement que j’ai mis 38 ans à constituer et que je continue à enrichir, notamment par des caractères mono neufs.

Platine Heidelberg

Combien de temps vous prend l’impression d’un ouvrage ? Quelles sont les différentes étapes ?

La composition, l’impression, le façonnage pliage, etc. d’un recueil de 60 pages en 90 exemplaires sous couverture à rabats me prend entre 130 et 160 heures, selon le nombre de couleurs et les illustrations linogravures ou plaques photopolymères.

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Pascal Bézamat - 4 mois
Superbe article. J'ai été compositeur typographe et minerviste de métier, pendant plusieurs années, au zénith du métier. Aujourd'hui, à 56 ans, je n'ai jamais compris pourquoi le métier n'était pas de nature compagnonnique. J'ai aussi une pensée pour tous les typographes qui ont combattus et qui sont morts pendant la Commune de Paris.
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Reportage : La Caverne d'Ali Baba d'un typographe passionné

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